Allemagne 2006/07 : présentation

 

C'est fait. La DEL a fermé les portes de sortie et éliminé la relégation. Dans le même temps, une porte a été entrouverte pour la promotion, mais avec un droit d'entrée plus que doublé (800 000 euros) et des conditions d'infrastructure à respecter : un barème de 9000 points, avec un point pour une place debout, deux pour une place assise, quatre pour une place VIP et mille pour les moyens de production télé.

Une barrière insurmontable ? Pas si sûr. Les clubs de 2. Bundesliga n'ont pas abandonné leurs ambitions (le contraire signifierait leur mort à petit feu), et plusieurs d'entre eux paraissent capables de franchir le pas immédiatement (Kassel, Wolfsburg) ou dans deux ans avec une nouvelle patinoire (Bietigheim, Bremerhaven, voire Dresde) ou quand les anciennes dettes seront assainies (Regensburg). En effet, ils pourraient se permettre de payer le nouveau tarif et, en contrepartie, de dépenser moins pour constituer leur équipe puisqu'ils n'auraient plus l'obligation de se maintenir.

Un nouveau problème pourrait alors se poser : la DEL a fait savoir qu'elle pourrait accueillir jusqu'à seize équipes, mais que se passera-t-il quand le seuil sera atteint ? Son président Gernot Tripcke évacue la question et fait comme si elle n'existait pas. Après tout, explique-t-il, une sortie est toujours possible sous la forme d'un dépôt de bilan. À croire presque qu'il souhaiterait le retour des faillites comme mode de régulation à la place de l'ascenseur sportif, alors que l'assainissement financier de ses deux premières divisions (on ne parle pas du cas problématique de l'Oberliga) est un acquis récent important du hockey vis-à-vis de son concurrent pour la place de deuxième sport collectif, le handball...

Si jamais la question venait à se re-poser de manière aiguë et ré-engendrer une crise, cela tomberait au pire moment pour la fédération, qui a accepté le compromis actuel et signé le nouveau contrat de coopération avec la DEL jusqu'en 2011 avec une seule idée en tête : être tranquille d'ici 2010, date où elle se prépare à organiser les Championnats du monde à domicile.

En attendant, la DEL a adopté les "pré-play-offs" qui font un tel flop en Finlande, pour les équipes classées entre la septième et la dixième place, et elle a aussi eu la présence d'esprit d'avancer du 15 février au 30 décembre la date limite pour les transferts internes, afin d'éviter que les mal classés fassent les soldes en janvier maintenant que le danger de relégation est écarté. Dans le même temps, le processus de professionnalisation des arbitres se poursuit. Après le recrutement externe (l'Américain Rick Looker), on a cette fois appliqué la "promotion interne" du plus ancien des arbitres en place, Franz Awizus, qui a obtenu de se mettre en congé de la police. Le prochain pourrait suivre en janvier.

La grande problématique estivale a été la difficulté rencontrée par les clubs allemands pour constituer leurs effectifs car eux aussi commencent à être touchés par le pillage de la NHL. Avec les nouvelles règles, celle-ci cherche d'autres types de joueurs, meilleurs patineurs, et se sert en Europe, rendant la tâche difficile aux managers de DEL sur les profils habituellement recherchés. L'Allemagne avait signé sans aucune difficulté l'accord IIHF/NHL l'an dernier, et elle ne pensait guère devoir se préoccuper de ce problème. Mais aujourd'hui, elle aussi se retrouve affectée et s'offusque qu'on puisse ainsi entériner le droit d'engager des joueurs encore sous contrat sans demander leurs avis aux clubs. Les thèses russes commencent donc à rencontrer un écho dans des pays qu'on n'aurait pas soupçonnés comme étant des alliés potentiels.

 

À quoi reconnaît-on un club qui fait peur ? À ce qu'il est considéré comme favori sans quasiment avoir recruté. Après deux titres consécutifs, les Eisbären Berlin sont plus que jamais l'équipe à battre. Comme on peut être sûr que leurs nombreux juniors vont encore progresser, ils n'ont pas besoin de grand-chose pour convaincre qu'ils seront toujours aussi forts. Et si jamais ils ne l'étaient pas, ils auraient largement la marge de manœuvre suffisante pour le redevenir. Ils repartent avec presque la même attaque, même s'ils n'ont encore pas remplacé le partant Pederson. Et ils vont à nouveau commencer la saison avec uniquement leurs jeunes gardiens si difficiles à orthographier (Dshunussow, Ziffzer et Stefaniszin). L'an passé, ils avaient tenu un peu plus d'un mois avant que l'on recrute Pöpperle. Leur challenge sera de convaincre qu'on peut se passer d'un titulaire un peu plus longtemps.

Les seules recrues, les Berlinois les ont engagées en défense, après les départs en NHL de Walser et DuPont. Il s'agit d'un retour en DEL pour le défenseur offensif Andy Roach, qui portait les couleurs de Mannheim lorsqu'il était devenu en deux penaltys le héros d'une médaille de bronze mondiale des États-Unis. Pour le jeune Cole Jarrett, en revanche, il s'agit de la confirmation de la politique berlinoise : si le club peut servir de tremplin à une jeune Tchèque (Pöpperle), pourquoi ne pourrait-il pas l'être aussi pour un jeune Canadien ? À 23 ans, Cole Jarrett n'a sûrement pas abandonné ses espoirs de NHL, d'autant qu'il a été appelé pour un match l'an dernier avec les Islanders. S'il rejoint son frère cadet Patrick Jarrett, déjà attaquant chez les Eisbären, c'est parce qu'il est convaincu que le club entraîné par Pierre Pagé est désormais une adresse qui compte, sur les deux rives de l'Atlantique.

 

La saison a commencé par une marche aux allures de pèlerinage. Les supporters ont parcouru ensemble à pied les quatre kilomètres qui séparent la patinoire de la Brehmstraße (1935-2006) du tout nouveau Dome de 13400 places. Un bon entraînement puisque la liaison ferroviaire vers le bâtiment situé dans une zone industrielle perdue ne sera construite que l'an prochain... Rassurez-vous, des navettes sont prévues en attendant. Pour Düsseldorf, cette transition est un évènement considérable. Quatre mille places debout sont prévues dans la nouvelle enceinte pour conserver l'ambiance rouge et jaune, mais il faudra sans doute aussi attirer un public plus large en complément des fidèles. C'est à ce prix que l'on repassera la barre des dix mille spectateurs de moyenne, comme c'était le cas au début des années 90 lors de la grande époque du DEG. Le chiffre de 7500 indiqué dans le budget prévisionnel est vraiment l'affluence minimale pour rentrer dans ses frais, pas l'objectif secret bien plus ambitieux.

Car Düsseldorf est redevenu en un an une authentique référence de la DEL, et un candidat très sérieux au titre. En plus de la KVK (Kreutzer-Vikingstad-Kathan), les arrivées des deux gros joueurs d'AHL Rob Collins et Charlie Stephens devraient permettre de construire une deuxième ligne forte. Trefilov retraité, le DEG dispose maintenant d'un vrai gardien n°1 puisque Jamie Storr, l'ancien petit chouchou des Los Angeles Kings, en a eu assez de se faire balader en AHL et a finalement répondu à une offre allemande.

La deuxième phase du rajeunissement de la défense a eu lieu avec les départs de Pellegrims et Jakobsen, et les quatre nouveaux arrières ont tous un passé en NHL. L'un d'eux était même un titulaire dans la grande ligue l'an passé, Sean Brown, le type de joueur longtemps indispensable dont le déficit de patinage est maintenant devenu un handicap dans une NHL. Mais cela tombe bien, car Düsseldorf voulait justement renforcer la dimension physique de sa défense. C'est pourquoi on a sans doute mis le paquet pour attirer le spectaculaire Jean-Luc Grand-Pierre (ex-Duisburg), pour qui presque tous les clubs de la ligue ont participé aux enchères. Que Düsseldorf ait été le dernier à rester en lice en dit long sur ses moyens financiers. Le sponsor principal, le n°1 allemand de la distribution Metro, vient d'annoncer des bénéfices-record au premier semestre, et avec sa nouvelle patinoire, vous pouvez être sûr que le DEG se prépare de nouvelles glorieuses années...

 

Une bonne nouvelle tout d'abord : en terminant à la même place que l'an passé, dixième, Mannheim serait qualifié pour les pré-play-offs... Non, cela n'amuse décidément personne. Cette saison noire, ce cataclysme indigne du statut du club, on va s'empresser de la mettre entre parenthèses. La nouvelle patinoire était un évènement tellement attendu depuis vingt ans... Quand on se fait une telle joie d'une grande première, il faut forcément que tout se passe mal. Bon, les Adler ont serré les dents, ils ont essuyé les plâtres, et maintenant ils vont passer aux choses sérieuses. Ils sont toujours le club le plus riche du pays et ils veulent redevenir la capitale du hockey. Ils ont le meilleur duo de gardiens "allemands" avec Robert Müller, finalement revenu d'un Krefeld au déclin indéniable, et... le naturalisé Ilpo Kauhanen en doublure de luxe.

Pourtant, le scénario connaît déjà quelques similitudes avec l'an passé : deux arrières - Peter Ratchuk et Yannick Tremblay ont filé en NHL. La défense a donc été entièrement refaite. Les Adler se sont appuyés sur des joueurs animés comme eux d'une volonté de rebondir. Pascal Trépanier, meilleur défenseur de DEL il y a deux saisons, a une revanche à prendre sur son échec relatif en LNA à Berne. Le double national Sven Butenschön revient dans son pays natal autrement que pour une saison de lock-out peu réussie, après une saison où il n'a encore été appelé en NHL que pour quelques parties. Et en attaque, s'il en est un qui a la hargne, c'est sûrement Tomas Martinec. De retour à Mannheim deux ans après avoir été échangé contre Greilinger, il doit prouver - entre autres au nouveau sélectionneur Uwe Krupp - que son style de jeu ultra-teigneux n'est pas complètement dépassé avec les nouvelles règles.

Les recrues du puissant Mannheim donnent généralement le pouls des capacités de recrutement de la DEL sur le marché nord-américain. Maintenant que la NHL se met en quête des joueurs au style "européen", les clubs allemands vont-ils devoir se rabattre sur des joueurs typés "nord-américains" d'une valeur incertaine sur grande glace, comme c'est le cas avec le shooter Steve Forbes (30 ans, 324 matches de NHL et champion AHL 2006 avec Hershey) ? L'exemple du jeune et rapide Nathan Robinson, 24 ans, prouve le contraire. Mannheim a aussi dégoté en AHL un joueur de confiance pour densifier l'effectif (Jason Jespers), et a aussi enfoncé quelques-uns de ses concurrents en dépouillant Cologne du rapide Eduard Lewandowski et Nuremberg du créatif François Méthot. Impressionnant, surtout que ce n'est sûrement pas fini. Mannheim part de plus loin, mais est au moins autant un candidat au titre que les deux finalistes sortants.

 

Alors que les rumeurs annonçait des grandes noms à la Larry Huras, Cologne a surpris au printemps dernier en confiant la succession de Hans Zach - qui reste la figure la plus connue du hockey allemand qu'on l'aime ou qu'on le déteste - à Doug Mason, le Canadien au cœur néerlandais qui arrive du petit club d'Iserlohn. C'est quasiment l'exact opposé de Zach : par sa philosophie de jeu, adepte d'un hockey actif et non passif, et par sa relative discrétion. Certains se demandent déjà s'il survivra à un environnement plus exigeant, mais il ne faut pas exagérer : Cologne n'est pas Zurich (Zach le sait bien pour avoir connu les deux), la presse de boulevard y est tout autant implantée mais elle n'a pas la même influence.

C'est même à se demander si le KEC n'est pas en train de ronronner, laissant la pression sur d'autres épaules. Maintenant que sa patinoire ne le distingue plus par rapport à ses rivaux (sauf Berlin pour quelque temps encore), a-t-il encore le potentiel pour être en pointe ? L'équipe est solide, mais sans paillettes. Cologne peine à recruter le centre manquant et n'a pas conservé beaucoup de marge pour des jokers...

On espère la défense mieux équilibrée, si l'ex-arrière de NHL Jason Marshall n'est pas trop lent pour les nouvelles règles. L'attaque reçoit le renfort de Daniel Rudslätt, un joueur suédois expérimenté et travailleur, et elle garde surtout pour un an encore le talent d'exception Philipp Gogulla. Dans les cages, malgré le départ de la révélation Thomas Greiss en Amérique, Oliver Jonas ne retrouvera pas sa place perdue de n°1. Le titulaire sera Adam Hauser, qui devra se remettre de son début cauchemardesque en NHL l'an passé à Los Angeles, où il avait encaissé six buts en remplaçant Garon au cours d'un match-catastrophe contre Buffalo (1-10). L'Américain a de solides qualités mais on dit son mental friable, l'ancien gardien de l'équipe d'Allemagne devra essayer d'en profiter.

 

Un défenseur offensif tirant de la droite, clé de voûte du jeu de puissance. C'est sans doute LE profil le plus recherché sur le marché par les managers de la DEL, celui pour lequel certains seraient prêts à se damner. Ne dit-on pas que c'est à leur goût du clinquant que l'on reconnaît les nouveaux riches. Hé bien, Ingolstadt se permet d'en avoir deux, de ces perles rares. En plus de la référence en la matière, Jakub Ficenec, les Bavarois ont recruté un autre spécialiste reconnu de la ligue, Jeff Tory. Tout cela sachant qu'il y a aussi dans l'effectif un troisième profil du même genre, Jason Holland, dont pas mal de clubs se contenteraient bien. Voilà qui promet donc de déménager à la ligne bleue, mais qui va s'occuper des tâches ingrates défensives ? Une recrue arrive pour cela avec une grosse pancarte (ce qui est un peu curieux pour ce genre de rôle), l'international Michael Bakos, mais il faudra aussi que Chris Schmidt, ce Canadien qui n'a pas convaincu à Düsseldorf, y prouve son utilité. Faisons quand même confiance à l'entraîneur Ron Kennedy, ses hommes oublient rarement de défendre.

Il n'empêche qu'il y a un détail qui choque dans le recrutement d'Ingolstadt : si l'on excepte un universitaire canadien recruté uniquement sous condition qu'il obtienne un passeport allemand (Brad Tutschek) et la recrue de dernière minute Daniel Tkaczuk (ex-Milan), pas un seul joueur ne provient de l'étranger. Le plus jeune manager de DEL, Stefan Wagner, qui n'a plus besoin de prouver ses compétences, s'est cette fois montré plus prudent, ce qui implique évidemment de payer plus cher des joueurs bien connus. Il y avait pourtant une recrue d'outre-Atlantique qui aurait été accueillie avec grand plaisir : Felix Schütz, l'invité-surprise du dernier Mondial amiénois. Le junior dispose d'un contrat avec Ingolstadt, valable au cas où il jouerait en Allemagne... Seulement voilà, il a choisi de rester dans le circuit junior majeur canadien. Certes, la ville des bords du Danube commence à devenir une destination sérieusement envisagée par les joueurs allemands (la révélation tardive Michael Waginger arrive de Duisburg), mais elle n'a pas encore l'attractivité des grands noms du championnat.

Par conséquent, Ingolstadt s'appuie encore sur un nombre un peu trop limité de leaders pour se prétendre tout à fait l'égal des meilleurs. Le potentiel offensif est parfaitement délimité autour de Cameron Mann et Doug Ast, à moins que Rob Valicevic prouve qu'il a encore des qualités de buteur vraiment au-dessus de la moyenne à 35 ans, ce qu'il n'a pas pu exprimer pleinement l'an passé. Mais surtout, Ingolstadt est vraiment très dépendant d'un seul homme : son gardien Jimmy Waite, désormais âgé de 37 ans.

 

Les clubs allemands s'en plaignent assez : la NHL ne respecte pas les contrats. Mais alors, aucun contrat. Francfort en a fait doublement l'expérience. D'abord, la recrue Éric Perrin a finalement été happée au passage par Tampa Bay (les Lions se sont alors rabattus sur Chris Taylor). Puis, après l'attaquant, ce fut au tour du... responsable de l'équipement ! Brad Harrison, qui avait demandé et obtenu une prolongation de contrat au printemps, a prévenu juste avant la reprise qu'il signait chez les Toronto Maple Leafs. Et non, pour les responsables matériel, il n'existe pas d'accord IIHF/NHL et pas de compensation financière !

Dans l'ensemble, néanmoins, Francfort a conservé la plupart de ses cadres, en espérant que s'abattent moins de malheurs sur eux que la saison dernière. L'idole Patrick Lebeau, qui n'a rien perdu de l'affection des supporters malgré ses pépins de santé de la saison dernière, a obtenu deux nouveaux compagnons de ligne, Chris Taylor, un des meilleurs passeurs d'AHL qui aura la tâche de l'alimenter en palets, et Jeff Ulmer, un joueur sous-coté de DEL qui peut faire un bon complément. Et surtout, les Lions ont dynamisé leur défense lente et statique avec deux Slovaques, Petr Smrek et Peter Podhradský, qui sont tous deux des membres irréguliers de l'équipe nationale avec laquelle ils ont obtenu plusieurs médailles.

À l'heure où le marché nord-américain n'est pas simple, Francfort a donc su se réorienter et rompre avec des habitudes bien ancrées. Et il a aussi concentré ses efforts sur les Allemands, y compris sur les joueurs naturalisés comme Shane Peacock, "l'Indien" de Hambourg, ou Radek Krestan, deuxième meilleur marqueur de 2e Bundesliga avec Bremerhaven. Si le duo slovaque tient ses promesses - ce que n'avait pas vraiment fait Smrek il y a deux ans chez le promu Wolfsburg - Francfort a sûrement trouvé le moyen de revenir dans le clan des favoris.

 

La même idée trotte dans la tête de Hambourg. La base défensive est traditionnellement solide, mais Patrice Boileau, moyennement convaincant à Francfort, aura un rôle ardu à assumer comme seul arrière offensif. Après le désistement de Marty Wilford, un Canadien marié à une Américaine qui n'a finalement pas voulu venir par crainte de perdre sa carte verte, les Freezers ont réalisé un coup apparent en enregistrant l'arrivée de Cory Cross, un homme aux 706 matches de NHL. Sauf que Cross sort d'une dure saison : son patinage étant jugé inapte à la "nouvelle NHL", il a subi des attaques très dures des médias et du public d'Edmonton avant d'être échangé à Pittsburgh. Il faut espérer que le vétéran n'ait pas perdu son abnégation qui est sa principale qualité.

L'attaque compte aussi une recrue-phare, Brad Smyth. Le meilleur joueur d'AHL 1996 y est depuis une décennie un des meilleurs marqueurs, et sa période délicate d'adaptation au hockey européen, il l'a déjà vécue lors de ses premiers mois au Kärpät Oulu il y a trois ans. Bien moins prestigieux mais plus sûr, l'ex-espoir oublié Vitalij Aab pourrait être la bonne affaire de recrutement : il a mis un but de moyenne par match en préparation !

Christoph Brandner pourrait être aussi attendu, mais il a vécu trois années de galères depuis son départ de DEL avec le statut de joueur de l'année et le titre de champion. Compte tenu ses problèmes chroniques de dos, le club a même inclus une clause de sortie dans son contrat... C'est d'ailleurs l'âge moyen des troupes qui est le principal obstacle à voir Hambourg en haut de classement. On a peur de la fragilité du duo de gardiens Rousson/Karg, même s'ils sont pour l'instant en bonne forme, avides de démontrer qu'on a eu raison de les conserver.

 

C'est le dernier pas vers la respectabilité qu'ont franchi les Scorpions de Hanovre en engageant l'illustre Hans Zach comme entraîneur. Un Zach toujours ronchon qui ne partage pas l'euphorie ambiante sur la qualité des jeunes joueurs allemands, chez qui il voit toujours des déficits techniques de base. Il arrive justement dans un des clubs, où, de son propre aveu, il ne sait même pas si on peut oser parler d'un début d'effort de formation... Cela changera peut-être un peu avec la nomination de la légende du club Len Soccio comme directeur du hockey mineur.

Pour sa part, Hans Zach a commencé par donner sa confiance à un gardien auquel il ne tressait des lauriers qu'à distance jusqu'ici. À chaque fois que Cologne rencontrait Düsseldorf, il ne ratait en effet pas une occasion de répéter combien Alexander Jung était meilleur que Trefilov et ne méritait pas d'être si souvent n°2. Ce n'était visiblement une volonté de semer la zizanie chez le rival, Zach croit en Jung et lui a donc confié les clés de la maison de Hanovre, avec l'ex-international Christian Künast comme doublure. Ils bénéficieront d'une défense qui gagne en métier avec les renforts de Stéphane Robitaille (36 ans) et Brad Schlegel (38 ans). Après sa belle saison conclue en coup de tonnerre au Mondial d'Amiens, Sascha Goc restera le pilier de ses lignes arrières.

Hanovre doit par contre faire face à une saignée imprévue en attaque. Marty Murray, Mike Green et Brad Tapper ont tous filé en NHL malgré des contrats en cours, alors qu'on ne pensait qu'ils éveilleraient un tel intérêt. Par conséquent, un poids important pèse sur les épaules de la recrue Eric Nickulas, arrivé avec la recommandation de Marco Sturm qui a joué quelques matches sur la même ligne que lui l'an passé chez les Boston Bruins. Avec quatre centres sur le départ, il faut espérer que les remplaçants seront à la hauteur. Le plus attendu est l'ancien chouchou de Pori, l'homme aux buts de génie Rob Hisey (vidéo 1, durant une exhibition en OHL, et vidéo 2, en match avec Ässät)

 

C'est un été très agité qu'a vécu Nuremberg, dont les dettes se creusent chaque année. Il a d'abord longtemps été question d'une fusion avec le club local de basket, un projet de plus en plus douteux quand on s'est rendu compte que ledit club n'était pas forcément en meilleure situation financière, et que les supposés gains d'échelle à avoir un marketing commun n'étaient pas si évidents. Le président Herbert Frey a donc rangé dans les cartons ses projets et passé les mains à un actionnaire minoritaire, Reinhard Sinkel, qui a tout du repreneur providentiel. Sinkel s'est souvenu de ses vacances de Noël passées à Garmisch quand il était petit, quand il filait voir les matches du SC Riessersee, et il a aussi repris le club formateur bavarois, qui a signé du même coup un contrat de coopération avec Nuremberg.

Ce qui a le plus fait causer, c'est le changement de dénomination, puisque le club est désormais baptisé "Sinupret Ice Tigers" du nom de son sponsor, un remède contre le rhume. Une première qui crée un précédent et qui pourrait faire tache d'huile, ce que craignent beaucoup de supporters dans le pays. La carotte des recettes complémentaires issues de la vente du nom pourrait être alléchante pour d'autres dirigeants, même si en définitive elle rapporte moins à Nuremberg que le sponsor maillot principal.

L'effectif confié à Benoît Laporte - dont le contrat a été prolongé jusqu'en 2009 juste avant le début du championnat - est bien plus stable que l'environnement. Toute la base défensive a été conservée, y compris le gardien Jean-François Labbé dont on attend plus de constance. Seule l'attaque a changé, avec des mouvements internes à la DEL. Le plus riche Mannheim est venu se servir (avec Méthot et Martinec), et pour compenser, Nuremberg a pioché comme d'habitude chez le moins riche, Augsbourg, en embauchant les 19% de réussite aux tirs de l'efficace buteur Scott King.

 

L'équipe pour qui l'accès en play-offs de dix équipes est la meilleure nouvelle, c'est certainement Iserlohn. L'habitué du ventre mou peut cette fois réellement envisager de prolonger sa saison, et il a les moyens de le faire. Désormais des noms qui comptent commencent à prendre la direction du Sauerland, même si ce sont souvent des joueurs que de gros clubs ont laissé partir sans regrets (Traynor, Adduono, Sulkovsky).

Avec Robert Hock, c'est quand même un des plus talentueux joueurs allemands qui arrive. Le centre avait compris qu'il devrait quitter Hanovre dès l'annonce de l'engagement de Zach, mais s'il a fui l'entraîneur, il n'a pas fui certains propos acerbes. Interviewé par l'hebdomadaire Eishockey News, Zach en a rajouté une couche sur le jeu physique jugé inexistant de son ancien joueur qui n'a selon lui jamais fait gagner ses équipes. Des commentaires qui ont eu le don d'irriter Hock : il n'espérait certes pas que l'ex-sélectionneur avait changé d'avis à son sujet, mais il pensait du moins avoir conclu un pacte de non-agression avec lui. Les deux hommes se sont quand même serré la main lorsqu'ils se sont croisés ensuite en match amical... Et Iserlohn ne devrait pas manquer de présence physique, car c'est l'atout principal de la dernière recrue Jens Karlsson.

Le principal problème des Roosters est la succession de Doug Mason, dont le système de jeu était devenu très au point, comme le prouvaient les pourcentages de réussite en jeu de puissance, en constante augmentation chaque saison. Geoff Ward, qui effectuait dernièrement un travail de superviseur chez les Edmonton Oilers, devra prendre garde à ne pas casser ce fond de jeu équilibré en ruant dans les brancards sans essayer de comprendre l'environnement européen. Car c'est ainsi que sa première expérience allemande, à Bad Nauheim il y a quelques années, avait complètement échoué.

 

La réussite ou non de Krefeld sera un indicateur majeur d'un éventuel changement de profil de la DEL du fait des nouvelles règles. Hormis les grandes stars internationales comme Dopita et Reichel, les joueurs de l'est y sont souvent regardés avec dédain et méfiance, car on les croit souvent trop friables pour de se frotter à un jeu plus canadien. Le leader des Pinguine, Aleksandr Selivanov, est ainsi le symbole de tous les clichés collant à la peau du joueur russe individualiste, même s'il semble vouloir s'acheter une conscience défensive cette saison. C'est toute l'équipe qui a pris une influence slave, à commencer par Jiri Ehrenberger, entraîneur allemand né tchèque qui quitte son poste d'adjoint pour prendre la responsabilité suprême.

Après la vraie-fausse-vraie retraite du capitaine Chris Herperger - finalement rentré au Canada deux jours après avoir posé pour la photo d'équipe - il ne reste plus que trois Nord-Américains dans l'effectif. Ce style est-européen se traduit par une attaque composée de joueurs très techniques, comme la recrue tchèque Jan Alinc (joker de Cologne l'an passé), l'international letton Herberts Vasiljevs ou même "l'Allemand de la Volga" Boris Blank. Le meilleur défenseur de l'Extraliga slovaque, Dusan Milo, ajoute aussi du talent à l'arrière en arrivant aux côtés de son compatriote Pavlikovsky.

Le pari de Krefeld est osé, d'autant que deux points sensibles se font jour. D'une part, la succession de Robert Müller, la figure marquante de l'équipe : le gardien vétéran suisse Reto Pavoni, cloué au pilori à Genève la saison dernière, ne pourra pas se rater. D'autre part, la faible profondeur de l'attaque : Ehrenberger a bien essayé de disséminer les espoirs locaux sur différentes lignes, mais leur niveau est encore trop faible et l'expérience n'a pas duré. Le KEV devrait probablement évoluer à trois blocs seulement.

 

Paulin Bordeleau tient à la mission qu'il avait annoncée la saison passée devant une assistance incrédule, propulser Augsbourg vers le haut du tableau pour jouer le titre. Bordeleau a donc scruté l'AHL en long, en large et en travers pour en sortir une liste de 56 noms de recrues intéressantes. Des noms souvent aussi jolis qu'inabordables pour Augsbourg. Pour certains, le staff ne s'est même pas fatigué à les contacter, car ils étaient destinés à la NHL ou à la LNA. Il n'empêche pas que la liste n'a pas été inutile, puisqu'il en est sorti deux renforts réels, le patinage de Travis Brigley et le jeu physique de Craig Darby, la star de ce recrutement au vu de son cursus.

S'il a donné double satisfaction à Bordeleau en attaque, le staff a gardé la main sur la défense en se tournant vers le Danemark, pour engager à des prix plus raisonnables le capitaine de l'équipe nationale danoise Jesper Damgaard - à la longue expérience en Elitserien suédoise - et le Canadien Kevin Bolibruck (Herning). Augsbourg a par ailleurs cherché à conserver au moins une base défensive sur plusieurs années en signant des contrats pluriannuels avec son gardien suédois Rolf Wanhainen et son arrière letton toujours présent Arvids Rekis. Une manœuvre inédite et importante : avec un petit budget à disposition, s'il continue à changer tout l'effectif chaque été, il est en effet certain que jamais Augsbourg ne s'approchera des hautes ambitions édictées par Bordeleau.

 

L'abolition de la relégation a vite fait effet à Duisburg. Après deux saisons où il a fallu conquérir la montée puis le maintien, les Füchse ont diminué leur budget d'un demi-million d'euros (il en reste donc trois) pour ce championnat sans risque. Et ils n'ont pas hésité à explorer des pistes audacieuses. Le recrutement de Levente Szuper n'est pas considéré comme un pari osé, les Allemands ayant vu son niveau au Mondial d'Amiens. Il en va tout autrement du rapprochement opéré avec l'Avangard Omsk.

Les démarches avec le géant sibérien avaient pour but de se faire prêter quelques joueurs, mais la décision de Tretiak d'instaurer un plafond salarial en Superliga a tout remis en cause. L'Avangard a dû changer son fusil d'épaule en cours de route, annuler son recrutement et compléter plutôt son équipe avec ses jeunes... ceux-là même que Duisburg voulait récupérer. Du coup, il a fallu racler les fonds de tiroir (pardonnez-moi l'expression de Domenech) pour donner satisfaction aux Allemands. Ont été envoyés à l'essai dans la Ruhr des réservistes bien trop peu endurcis pour la DEL. Résultat des courses, ils ont été renvoyés chez eux et la préparation de l'équipe a été désorganisée par ces tests à répétition. Le seul Russe prévu comme recrue définitive était Andrei Sapozhnikov. Il a la particularité de faire partie des derniers Russes champions du monde de 1993, mais sa contribution à ce titre avait été très faible et il n'a d'ailleurs pas fait long feu en équipe nationale. L'EVD s'est posé tant de questions après la préparation qu'il n'a même pas voulu risquer de le mettre sous licence dès le début de saison. Plusieurs semaines d'entraînement spécifique, ponctuées d'entretiens personnels, sont prévues pour se faire une idée plus précise sur le défenseur de 35 ans.

La piste russe ayant délivré un maigre butin, Duisburg a dû passer au "plan B" : compléter son effectif avec des Nord-Américains. Par exemple Matt Dzieduszycki. Malgré son alias tout trouvé "Dieuduski", il n'était pas à son aise à Morzine, mais après être rentré en ECHL et avoir battu le record de buts et de points en saison des Las Vegas Wranglers, il retrouve son ancien coéquipier chez les Pingouins, Johan Forsander. Ils devront essayer de soulager la première ligne slovaque Bartek-Gron-Huna, composée de deux joueurs talentueux pas réputés pour leur investissement collectif et d'un heureusement plus travailleur. C'est surtout la fragilité défensive de Duisburg qui inquiète : les premières impressions de la tardive recrue Jean-François Fortin sont très peu engageantes, il faut voir si l'ancien des Washington Capitals pourra s'adapter.

 

Avec ses 45000 habitants, le promu Straubing est la plus petite ville de la DEL. Pour autant, il n'a rien de l'image classique du club formateur bavarois. Sa tradition dans le domaine est plutôt limitée. Depuis la fin de carrière de l'ex-international Andreas Lupzig, il n'y a plus d'homme formé au club dans l'effectif, hormis le troisième gardien et le... manager Jürgen Pfundtner ! Par contre, la montée du club a attiré les joueurs originaires de l'autre ville importante de Basse-Bavière (région d'origine du pape), Landshut, haut lieu de la formation allemande. C'est ainsi que Günter Oswald et les frères Abstreiter pourront amener leur grand vécu en DEL en revenant près de chez eux. Malheureusement, la rupture des ligaments croisés de l'ex-international Tobias Abstreiter en août a bien mal commencé la saison.

Cela a causé un déficit au poste de centre et le club a alors donné une seconde chance à Aaron Fox, écarté quelques jours plus tôt. Malheureusement, les conclusions ont été les mêmes que la première fois : inapte au rythme de la DEL. À part cet Américain, Straubing a conservé tous les étrangers ayant obtenu la montée, le gardien Mike Bales, le défenseur Calvin Elfring et le trio offensif Trew-Dunham-Gallant. L'indispensable expérience a été recherchée en Suède, avec l'ex-international suédois Per Eklund, le défenseur offensif Peter Casparsson et le sobre arrière défensif Christoffer Norgren. L'ailier canadien Cam Severson, qui a encore participé à quelques matches de NHL la saison passée, apportera son âpreté au combat.

Straubing n'a rien à perdre et a d'ores et déjà gagné son pari : en obtenant sa licence après avoir largement réaménagé sa patinoire, le club a démontré sa volonté indéfectible de monter, et le retentissement médiatique de l'accession en DEL est important, surtout avec le "joueur allemand du siècle" Erich Kühnhackl comme entraîneur.

 

 

 

La 2e Bundesliga

Dans l'antichambre, on se prépare à accueillir le dernier (jusqu'à nouvel ordre) relégué de DEL. Et c'est un enrichissement certain puisque Kassel a vite assemblé un effectif impressionnant destiné à remonter. Certes, en deuxième Bundesliga, le quota d'étrangers a été réduit de six à cinq sur une même feuille de match (mais les limitations de contrats ont été abolies et les clubs pourront à nouveau en changer tant qu'ils veulent). Cela ne gêne pas vraiment les Huskies qui comptent pas moins de sept naturalisés, certains tout récents comme le défenseur belge Mike Pellegrims. Tous les arrières ont joué l'an passé en DEL, et les attaquants Ryan Kraft, Hugo Boisvert et Shawn McNeill y ont accumulé 128 points à eux trois. Sauf que tout le crédit accumulé dans ce recrutement s'est transformé en scepticisme quand Kassel a été le dernier à obtenir sa licence. Le club est passé à deux doigts de la sortie, miné par la guerre que lui a livré son ex-président Simon Kimm, le directeur de la patinoire qui a mis des bâtons dans les roues à l'équipe actuelle. Après un été passé sur les nerfs, Kassel a-t-il la sérénité pour remonter ? A priori, il a en tout cas l'effectif pour, même si beaucoup lui prédisent un point faible au poste de gardien. Markus Hätinen, le Finlandais naturalisé, ne vient pas de DEL, comme presque tous ses coéquipiers, mais d'Oberliga...

C'est le précédent relégué Wolfsburg qui s'annonce comme le principal concurrent de Kassel. Il vient en effet d'emménager dans sa nouvelle patinoire, celle qui lui avait valu son exclusion de la DEL parce qu'elle n'était toujours pas sortie de terre. Maintenant, elle n'a plus rien de virtuel, et elle suffit à susciter l'euphorie. Cependant, à quelques retouches près (une défense qui paraît renforcée avec le Slovène Elvis Beslagic et l'Américain Mike Pudlick), l'équipe est la même que celle qui avait été annoncée très haut l'an passé... et qui avait fini huitième. Entre-temps, elle a tout de même pu se réadapter à ce niveau.

Le troisième gros budget Bietigheim-Bissingen est comme toujours dans le cercle des favoris, mais il court toujours après sa première finale. Sa force cette fois pourrait être sa stabilité : il a certes perdu le meilleur marqueur du championnat Eric Schneider, mais il doit être remplacé par David Gosselin, dont on attend qu'il étincèle autant en play-offs que l'année où Francfort était devenu champion d'Allemagne. Et il faudra toujours compter avec Regensburg, qui a renouvelé sa défense en engageant notamment l'ex-international allemand Shayne Wright, désormais guéri de son "burn-out".

Marc Branchu

 

 

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