Bilan de la division 1 française

 

Résultats du championnat de France 2005/06 de division 1

 

Premier : Strasbourg. Plus que jamais cette saison, il y avait l'Étoile Noire et tous les autres. Les Strasbourgeois évoluaient un ton au-dessus de la D1 dans tous les compartiments du jeu. Leur attaque, renforcée d'un nouveau buteur avec Jaro Jacko, comme si le meilleur marqueur Daniel Sevcik ne suffisait pas, était sans équivalent. La défense était mieux équilibrée avec l'arrivée de Wes Jarvis comme pilier de robustesse contrastant avec les montées de palet virevoltantes du petit arrière offensif Dave Grenier. Du côté des locaux, le junior Mathieu Reverdin, qui a complété sa formation à Genève, a déjà montré des choses prometteuses et mérite d'être vu en Magnus. Le seul point d'interrogation restant, le nouveau gardien Juraj Nemcak, a élevé son niveau en deuxième phase. Plus aucun risque, donc, de craquer dans la dernière ligne droite. Dans sa nouvelle patinoire, dont les tribunes micro-dimensionnées ont été immédiatement remplies, Strasbourg n'a plus été sujet à ses passages à vide. Les deux seules défaites en poule finale ont été concédées chez des concurrents directs pour la montée, mais la régularité était cette fois alsacienne.

Deuxième : Dunkerque. Que c'est embêtant d'avoir Karl Dewolf comme entraîneur-joueur quand on est un trésorier raisonnable ! Alors que la priorité des dirigeants est de consolider pour l'instant le club en division 1 et d'y assainir la dette, l'ex-international est un gagneur et ne connaît qu'un seul objectif : se battre jusqu'au bout pour la victoire. Pas question de faire semblant ou de biaiser. Même si certains écartaient d'office le HGD des prétendants sérieux en raison de son banc très court (il est vrai que 90% des buts de l'équipe ont été marqués par huit joueurs-clés), il a conquis la place de barragiste de façon totalement méritée... et totalement imprévue dans le planning ! La décision de jouer les barrages en deux jours à Chamonix pour économiser du temps et de l'argent a alors été ressentie comme une trahison par l'entourage du club. Les supporters ont été extrêmement déçus de ne pas avoir droit à l'ultime fête à domicile à laquelle ils se préparaient activement. L'étonnante saison s'est donc achevée sur une profonde incompréhension.

Troisième : Montpellier. Comme à Mulhouse, Pascal Ryser n'aura pas accompagné jusqu'au bout l'aventure d'un club dont il a suivi la croissance depuis la division 3. Comme en Alsace, son chemin s'est arrêté au beau milieu d'une saison de D1, la lassitude de fin de quinquennat prenant le dessus un soir de défaite contre Annecy. C'est donc avec un entraîneur suédois (Hasse Baumann) engagé en catastrophe que les Vipers ont terminé la saison, eux qui avaient déjà vu tant de joueurs partir, venir ou repartir pour des raisons diverses et variées. Le duo Froehlich/Martindale a heureusement pu servir de point d'ancrage. Que cette saison chaotique ait quand même été conclue par un podium en dit long sur le potentiel de Montpellier lorsque le groupe sera stabilisé.

Quatrième : Neuilly-sur-Marne. Kris Knoblauch était peut-être le joueur de D1 avec le plus gros potentiel. Mais même s'il marqué un but par match en prenant possession des enclaves, il n'a pas imprimé la marque sur la D1 comme il aurait pu le faire. Avec son collègue Justin Spencer, ils n'ont pas pu se mettre en condition de débuter des carrières professionnelles au sein d'un groupe dont le fonctionnement est encore celui d'une bande de potes. Quant au joker Jouni Koukkanen, vendu comme polyvalent et finalement placé à l'avant, il a obligé Jérôme Pourtanel à utiliser Jani Tuominen en défense, le point faible récurrent. À l'instar des essais de plexi qui ont échoué l'été dernier faute de supports adaptés (d'où les filets qui entourent maintenant la patinoire), la structure de Neuilly est encore fragile pour soutenir les objectifs de Magnus que les dirigeants expriment désormais ouvertement.

Cinquième : Le Vésinet. Le niveau de jeu de Jean-François Lacasse l'aurait destiné à avoir une chance en Magnus. Mais cet ingénieur en génie mécanique a une vie professionnelle et cherchait un club qui lui permettrait de s'entraîner pas trop régulièrement. Le Vésinet, avec ses deux créneaux par semaine à la patinoire de Colombes, était une destination toute trouvée. C'est ainsi que ce joueur intelligent et humble, qui patine juste et a vite compris le championnat, a formé une ligne incontournable avec Aurouze et Vannienwenhove. Ce trio a permis à ce club discret de terminer à une place à laquelle personne ne l'attendait. Dommage que le séjour de Lacasse en France ne se soit déroulé que le temps d'une parenthèse.

Sixième : Avignon. Il y a un beau titre qu'ont glané les Castors, celui d'être la dernière équipe à être allée gagner au Wacken (2-1), et la seule d'ailleurs à avoir ramené deux points d'un déplacement en Alsace cette saison. On ne lui a pas pardonné, et elle en a été sévèrement punie quand elle y est retournée : 12-1 ! Il y a aussi une distinction moins glorieuse qui a échu à l'OHCA, avoir remporté haut la main le classement des équipes les plus pénalisées. Il n'a pourtant pas une équipe méchante, même si elle a un jeu très accrocheur développé sur la petite glace de Montfavet. L'arme est à double tranchant : l'ancien défenseur caennais Peter Hruska a un rôle intéressant lorsqu'il utilise son physique à bon escient. Et sans leur culture du jeu rude, le duo diplômé de l'université de McGill, Leblanc-Thériault, n'aurait pas eu la même efficacité. Six joueurs ont dépassé la barre des 100 minutes, avec le record du championnat pour Paul Thériault (177'). Et il y en aurait sans doute eu sept si le toujours chaud Julien Rives était resté pour la seconde phase. Mais l'ex-duo toulonnais Rives/Casini a jeté l'éponge à mi-saison, lassé de faire le voyage depuis Marseille pour un rôle en quatrième ligne. La distance, qui ne permettait aux deux hommes que de faire deux entraînements sur les quatre hebdomadaires, était un handicap trop grand pour qu'ils occupent une place plus importante dans le groupe.

Septième : Annecy. Sur la glace dès la fin juillet, les Haut-Savoyards étaient parfaitement prêts pour la D1, et ceux qui s'attendaient à voir le promu souffrir en ont été pour leurs frais. Les qualités anneciennes étaient connues en D2, ce sont celles d'un groupe uni et expérimenté qui pratique un jeu collectif avec sa part de rudesse. Le plus a été la progression du gardien Cyril Bossier qui a étonné. Annecy avait le podium en vue, mais la fatigue et les blessures l'ont fait rétrograder en fin de saison. La juste place du SGA en division 1 ne fait guère plus de doute, en dépit de quelques péripéties, comme les débordements du match Annecy-Avignon qui ont fait passer le club en commission de discipline en raison du comportement en tribunes de certains jeunes agitateurs.

Huitième : Courbevoie. Le COC aurait voulu disposer de deux lignes d'égale valeur cette saison, mais les recrues n'ont pas eu la productivité nécessaire. Ludovic Duranceau vendange encore trop d'occasions, et l'ex-international slovaque Slavomir Ilavsky a eu du mal à se départir du rythme de sénateur que son âge avancé exige. C'est donc comme toujours le même inséparable duo, le passeur Timko et le buteur Sarnovsky, qui a emmené l'attaque de Courbevoie. Quand le danger est ainsi identifié et borné, il est plus facile à l'adversaire de s'adapter en conséquence. C'est pourquoi le potentiel offensif théorique n'a pas pu pleinement s'exprimer en poule finale.

Neuvième : Garges-lès-Gonesse. Ce qui est vrai pour Dunkerque l'est tout autant pour Garges : une équipe s'appuyant sur un nombre limité de leaders est d'autant plus forte dans ses unités spéciales, quand elle les fait jouer tous ensemble. Car après le trio Sikl-Skokan-Jaros, les Chiefs ont déniché un quatrième Tchèque de qualité, Tomas Hruby. Il fallait le trouver : l'an passé, il était le meilleur marqueur du club chinois de Harbin, bien devant le Tourangeau Kamil Stastny. Pour autant, il n'avait pas convaincu tout le monde dans la ligue asiatique, en tout cas pas le chroniqueur du quotidien japonais de référence Asahi Shimbun qui le qualifiait de "plus mauvais hockeyeur qui ait jamais reçu un salaire. C'est un pleureur, un tricheur, un frimeur, fait en verre. Ce type est en toute évidence un patineur artistique de vestiaire, contrarié qui plus est." Cette propension à la simulation a est contagieuse , car elle a été partagée par certains de ses collègues (en particulier David Miks, dont la blessure tôt dans la saison avait entraîné le recrutement de Hruby). On retiendra aussi de ce Tomas Hruby un excellent créateur, le type de joueur auquel laisser de l'espace est un péché fatal. On a longtemps cru Garges capable d'être l'équipe-surprise de la saison, mais le quasi-exploit de la Coupe de France, où Amiens a été poussé aux tirs au but, n'a pas été digéré. L'équipe s'est désunie et a connu un passage à vide brutal pendant quelques semaines, disant adieu à la qualification. Elle se contentera donc d'un deuxième succès de suite... en poule B.

Dixième : Amnéville. Techniquement, le MAHC tient plutôt le haut du pavé en division 1, a fortiori avec l'ajout des qualités de Lubomir Baranok. Les autres recrues William Mouly et Rastislav Kozik apportaient en plus une dimension physique nouvelle, même s'ils ont pris trop de pénalités. Les résultats de l'équipe n'ont pourtant pas été à la hauteur, et elle a mis bien trop longtemps à assurer son maintien, alors qu'elle n'aurait jamais dû percevoir une telle menace même lointaine. Le club lorrain s'est donc séparé à cinq journées de la fin de son entraîneur-joueur canadien Gilles Provost, qui n'avait plus d'autorité vis-à-vis de ses joueurs, pour donner les rênes à Jonathan Paredes. Le plus jeune entraîneur senior du hockey français (24 ans) a retourné la confiance qui lui a été donnée en donnant leur chance dans les juniors du club, qu'il a intégrés à l'effectif. Il a inauguré sa nouvelle carrière par quatre victoires en cinq journées. Mais la seule défaite, contre Garges, a coûté la première place en poule de maintien. Toujours cette difficulté mosellane à s'engager totalement dans une rencontre où l'enjeu monte, comme ce fut le cas dans le match-couperet pour la qualification à Courbevoie.

Onzième : Valence. En début de saison, les Lynx ne valaient que par leur attaquant canadien Mathieu Curadeau, dont ils semblaient attendre le leadership. Or, celui-ci est reparti au bout de deux mois au Québec, où il a accompli une excellente dernière saison de junior majeur dans un rôle physique et défensif chez les Olympiques de Hull entraînés par Benoît Groulx. Sans lui, il a bien fallu que les jeunes Valentinois prennent leurs responsabilités. Et ils l'ont fait. Au passage, ils ont fait un pied-de-nez involontaire à leurs voisins lyonnais en montrant qu'on peut terminer à une place très honorable en division 1 en comptant uniquement sur des joueurs français. La condition, c'est que ceux-ci forment un groupe jeune, homogène et travailleur, plein d'envie et d'engagement, qui a conquis son maintien avec son enthousiasme et sa solidarité.

Douzième : Cergy. Les Jokers, qui ont dû attendre la douzième journée pour obtenir leur première victoire, auraient pu vivre une saison délicate, mais ils ont su se protéger des affres du maintien, grâce là aussi à de la gnac et à du cur à l'ouvrage. La nuance est que Cergy évolue avec un esprit canadien assez marqué, très enthousiaste dans l'échec-avant. Cela a fini par porter ses fruits. Non pas que toutes les recrues aient convaincu dans tous les domaines : le défenseur canadien - souvent aligné en attaque - Alexandre Page, qui a signé à Peiting en Oberliga, ne sera pas spécialement regretté, pénible à vivre au quotidien par son caractère égocentrique.

Treizième : Viry-Châtillon. C'est un drôle de défi qu'ont relevé les Jets, devant gérer de semaine en semaine leur exil pour trouver de la glace ici ou là pour s'entraîner et pour jouer. Les horaires de match, généralement à 18h avant de devoir céder place aux séances publiques, ne permettaient plus à certains joueurs travaillant le samedi d'être présents, et la difficulté des conditions d'entraînement achevait d'amenuiser l'effectif. Seuls restaient les plus motivés, un groupe d'irréductibles rassemblés autour de leur entraîneur Sébastien Roujon. Même s'ils ont eux aussi attendu leur première victoire jusqu'en décembre, les Essonniens n'ont rien lâché et ont obtenu leur maintien au courage. Ils n'étaient pas encore au bout de leurs peines. Après avoir subi les délais du dossier de la reconstruction de leur patinoire, ils apprenaient juste avant le dernier match que leur subvention municipale était drastiquement réduite. Amers de constater qu'ils avaient consenti tous ses efforts pour si peu de reconnaissance, les dirigeants jetaient l'éponge... avant de revenir sur leur décision quelques semaines plus tard après mûre réflexion et encouragements amicaux. Ils reprenaient le club promis à l'abandon, trouvaient des financements privés et repartaient à l'aventure... Après cette énième résurrection miraculeuse, le slogan "Viry n'est pas mort" est toujours d'actualité.

Quatorzième : Limoges. Les 36 buts de Yannick Riendeau n'ont pas suffi à éviter une saison-galère au HCL. Le buteur canadien, très opportuniste et doué pour provoquer sa chance, n'a cependant pas été un leader, faute de maturité collective. Ses pénalités malvenues ont parfois coûté cher à son équipe. Or, les autres recrues ont déçu, à l'instar des frères Tomasik qui se sont logiquement montrés au niveau de renforts étrangers... de D3. Mais si l'on s'en tient seulement au talent disponible, les Taureaux de Feu avaient leur place en poule finale. Le scénario de ce maintien ric-rac obtenu après une grosse frayeur en janvier (blessure des deux gardiens et engagement salvateur de Tom Charton, le seul champion de France mulhousien resté au chômage, comme joker médical) n'aurait pas dû être possible. Le problème est que l'équipe de Limoges souffre de quelques caractères difficiles à gérer, et que les dirigeants tâtonnent pour trouver le bon dosage des pouvoirs et attributions à donner ou pas à leur entraîneur, d'où un nouvel échec, cette fois avec le Canadien Normand Desrosiers.

Quinzième : Lyon. Difficile de conceptualiser un tel ratage. Inconcevable, l'échec du champion de France Steve Michou à revenir en tant que leader charismatique de son club formateur et à porter un collectif. Imprévisible, la baisse de régime du virevoltant Pierre Carabalona. Inexplicable, la faillite persistante du jeu collectif. Cette relégation d'un club qui s'est donné tous les moyens de réussir échappe à tout concept. Bien sûr, la défection de Heikki Leime a confié un effectif entièrement tricolore à un entraîneur non francophone, ce qui posait déjà un problème initial. Mais tout le monde attendait le moment où, tôt ou tard, forcément, Lyon jouerait mieux. En vain. Les rares éclaircies n'ont pas duré. Il manquait sans doute un cadre étranger expérimenté pour stabiliser la défense, mais d'autres équipes ont fait sans, et avec plus de succès. Le problème du LHC, n'est-ce pas justement d'avoir refusé de croire à ce qui risquait de lui arriver ? Se persuader par autosuggestion que les résultats sur la glace traduiront "mécaniquement" les efforts faits dans le sponsoring n'est pas la bonne solution. Faute d'avoir affronté la réalité sportive en face, les Lions ont ouvert les yeux une fois en division 2, une hypothèse jusqu'alors trop irréelle, trop saugrenue pour pouvoir sérieusement l'envisager, même en se forçant.

Seizième : Asnières. Raccroché aux branches l'an passé, le AHC a cette fois glissé inexorablement vers la relégation. Dès le départ, le recrutement a été raté. Les deux Canadiens de senior AAA, recrutés sur ouï-dire, ont eu un rendement extrêmement faible et n'ont jamais voulu prendre leur part de responsabilité dans leur échec, rejetant toute la faute sur la gestion de l'équipe défaillante. Il est vrai que le rôle d'entraîneur-joueur ne convenait pas à Peter Zambori. Le Tchèque, sur qui Asnières fait reposer depuis des années sa production offensive, n'est pas un meneur d'hommes et n'a jamais su convaincre ses joueurs d'appliquer sa discipline et d'écouter ses règles. Il a donc été remplacé pour la poule de maintien par l'entraîneur du mineur Franck Barreteau. Asnières y croyait encore sur la foi de deux matches nuls, et le troisième d'affilée était envisageable contre Garges lorsque le jeune gardien slovaque Miroslav Recicar eut un coup de sang sur un but injustement validé selon lui. Sa suspension de trois matches mit un terme aux derniers espoirs asniérois.

Marc Branchu

 

 

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