Bilan de la Ligue Magnus

 

La page du championnat de France 2005/06 de Ligue Magnus

 

Drôle de début de saison en Ligue Magnus. Un vrai jeu de massacre. À la fin de l'exercice 2005, Clermont annonce son retrait. Les Sangliers Arvernes repartent en D3. Pour ne pas subir le même sort, Dunkerque préfère monter un dossier pour la D1. Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. Les Corsaires le savent et ils réfléchissent sur le long terme. Ils descendent d'un échelon.

Puis surgit le feuilleton de l'été. Les deux finalistes ont joué avec le feu. Ils se sont carbonisés. À Mulhouse comme à Tours, les caisses sont vides. Scorpions et Diables Noirs choisissent deux stratégies différentes. Tours fait le dos rond et laisse passer l'orage. Bob Millette et ses hommes profitent finalement d'une place libre en D2. À Mulhouse, Paul Heyberger rentre en résistance. C'est la Magnus ou la mort. Et il se heurte à l'AEHF. Le trou financier du HCM est tel que l'aventure alsacienne s'arrête. Au passage, les instances fédérales notent "une recherche systématique des moyens pouvant permettre de contourner la limitation de la masse salariale, avec, comme circonstance aggravante, l'accroissement du déséquilibre existant, en spéculant sur de pseudo-retours sur investissements". La situation des Scorpions était donc désespérée. C'est donc à quatorze et avec trois petits nouveaux que la saison démarre. Le Mont Blanc et Caen ont gagné leur accès sur la glace, et Chamonix sur dossier. Très tôt, Rouen fait figure de favori omnipotent. Qui pourra battre les Dragons ? Telle est la question qui hante les esprits au moment de la reprise. Amiens, Grenoble, Briançon, Morzine... Les outsiders présentent aussi quelques arguments intéressants. Au moins, il y aura du suspense pour les places d'honneur.

 

Premier : Rouen. La Seine est un long fleuve tranquille, surtout autour de l'Île Lacroix. Les Dragons viennent d'y vivre une saison idyllique. Comme dans les autres patinoires de France, d'ailleurs. Rouen a distribué quelques leçons de hockey et d'opportunisme offensif. Comme l'an passé, les Normands empochent le gain de la saison régulière. Puis ils ont su cette fois-ci aller jusqu'au bout et ramener une huitième Coupe Magnus en Normandie. L'attaque a survolé le championnat. Rouen place six de ses armes offensives dans les huit meilleurs compteurs de la ligue. Tous les défenseurs des glaces françaises cauchemardent à la simple évocation de la ligne Éric Fortier - Carl Mallette - Marc-André Thinel, 266 points à eux trois ! Et les rares fois où les compères canadiens baissaient d'un ton, les Dragons trouvaient toujours un Kimmo Salminen, un Pierre-Édouard Bellemare ou un Julien Desrosiers pour scorer. Derrière, Sami-Ville Salomaa s'est vite imposé comme l'un des tous meilleurs défenseurs de la Ligue, en plus de disposer d'un slap redoutable à la bleue. Avec à ses côtés Jan Mikel, Nicolas Besch et Vesa Ponto, entre autres, la défense rouennaise n'a pas craint grand-chose. Résultat, Ramon Sopko n'a pas eu à forcer son talent pour enchaîner les blanchissages. Il boucle la saison avec huit copies vierges. Bref, les Dragons terminent avec l'attaque la plus prolifique (153 buts inscrits) et la défense la plus solide (47 buts encaissés). Pourtant, l'invincible armada a parfois plié. Sans jamais rompre. Les Dragons ont dû jouer quatre prolongations. Ils se sont même fait peur contre des petits calibres, comme Chamonix et Gap. Mais personne n'a trouvé la faille pour les faire chuter. Après la saison régulière, simple formalité, les Dragons ont rapidement évacué Angers et Dijon pendant les playoffs. Restait la finale contre les frères ennemis amiénois. Là aussi, Rouen n'a pas tremblé en pliant la série en trois rencontres. Vite fait, bien fait. Côté administratif, le président Thierry Chaix a limité les polémiques avec les instances dirigeantes du hockey. Il n'y a eu cette année qu'une banale affaire de bilan rendu un peu trop tard à l'AEHF. La routine, quoi. Et pour l'histoire, on se souviendra que les Dragons ont empoché le gain du 100e derby contre Amiens, quelques semaines après le 4000e but du club en élite, inscrit par Olivier Coqueux lors de l'autre derby, contre Caen.

 

Deuxième : Amiens. À l'heure de son premier bilan en tant qu'entraîneur d'une équipe senior, Denis Perez peut être satisfait de son travail. Les Gothiques ont redoré leur image après une saison 2004/05 morose. Les objectifs financiers du HCAS ont été atteints au cur de l'hiver et le public garnit de plus en plus le Coliséum. Côté sportif, le nouveau président, Christophe Laboureau, annonce lors de sa prise de fonction qu'il veut voir ses joueurs en finale. Même si ces derniers, en interne, visent plus le dernier carré. Les désirs présidentiels se réalisent finalement. Amiens dispute en mars sa troisième finale en quatre ans. Tout va bien, donc. Sauf que derrière ces résultats, Amiens n'a pas toujours convaincu. La faute en incombe à une attaque souvent molle et pas toujours efficace. Et le Coliséum tremble encore de certaines gueulantes de coach Pépé. En début de saison, le groupe récupère peu à peu les blessés de l'été (Rozenthal, Gras...) et tourne bien. Antoine Mindjimba, malgré ses écarts de conduite, aligne les blanchissages (six sur l'ensemble de la saison régulière). Puis arrive le mois d'octobre. Amiens reçoit Dijon, sa bête noire. Les Ducs repartent en Bourgogne avec une victoire 4-0 et les Gothiques tombent de haut. S'ensuit une défaite à Rouen puis un nouveau revers à domicile contre Grenoble. Et quand les résultats s'améliorent et qu'un nouveau cycle de succès débute, le spectre des blessures revient hanter le glaçon picard. Miroslav Pazak et Peter Janik, notamment, quittent le groupe. Finalement, Amiens réussit à boucler sa saison régulière sur le podium, non sans perdre dans les deux dernières journées sa deuxième place au profit de Grenoble. Au passage, les Gothiques s'écroulent à Morzine, lors de l'ultime journée, où ils encaissent un incroyable 10-1. En playoffs, Amiens commence par sortir Épinal en trois rencontres. Un succès dans la douleur et avec des prolongations. Puis vient la grosse série contre Grenoble. Solides partout et grâce aux exploits d'Antoine Mindjimba, les Gothiques éliminent les BDL avec la manière. Finalement, Amiens cède en finale sans broncher, impuissant face à l'ogre rouennais. Pour mieux faire, les Gothiques doivent se déparer de cette disette offensive et d'un cruel manque de réalisme (6e attaque, seulement). Tout en conservant la solidité défensive digne du défenseur que fut Denis Perez (3e meilleure défense, 90,1 % d'infériorités numériques tuées).

 

Troisième : Grenoble. Les saisons se suivent et se ressemblent à Pôle Sud. Grenoble attaque le championnat avec des ambitions affichées et la volonté de rivaliser avec Rouen. Quelques semaines plus tard, les BDL se morfondent dans la seconde moitié du classement. Les ligaments du genou de Ludek Broz, la grosse recrue de l'intersaison, lâchent avant même la reprise. Son successeur, Brett Draney, tarde à trouver le bon rythme. Comme tout le groupe, en fait. Le mois d'octobre ressemble à un long calvaire. Grenoble chute contre les trois promus et n'obtient qu'un nul à Épinal. Il faut en fait une victoire salvatrice, et accrochée sur le fil, à Amiens pour relancer la machine. Dès lors, Grenoble retrouve une certaine stabilité défensive. Et au terme d'un long sprint, les coéquipiers de Laurent Meunier s'octroient la deuxième place. Mais le mal réapparaît en playoffs. En quarts, le Mont-Blanc est sorti dans la douleur. Grands favoris, les Brûleurs de Loups s'effondrent deux fois à domicile contre Amiens, en demies. L'élimination arrive au quatrième match, en Picardie. Et comme l'an passé, l'aventure s'arrête avant la finale. Les raisons de ce nouvel échec sont multiples. Le pari d'installer deux jeunes gardiens a beaucoup fait parler. Christophe Burnet a fini par supplanter Cédric Dietrich. Mais les trop nombreux rebonds laissés par le gardien international ont parfois coûtés quelques buts. La faiblesse classique en power-play reste toujours d'actualité dans l'Isère. On incrimine aussi l'âge de certains cadres de l'équipe (Benoît Bachelet, Josef Podlaha), l'apport controversé et limité de certains renforts étrangers, même s'ils ne viennent plus de Mestis, et le comportement trop individualiste de quelques autres. Grenoble n'a pas non plus été épargné par les blessures. Viktor Wallin, Jeff Bonnard, Kevin Hecquefeuille, Simon Bachelet... L'infirmerie a souvent affiché complet. Reste aussi le cas Gérald Guennelon. Soutenu par le club, et reconduit quelques minutes à peine après l'élimination de son équipe, l'ancien défenseur ne fait pas l'unanimité parmi les habitués de Pôle Sud. Ses méthodes, son coaching, ses stratégies... C'est souvent tout le système Guennelon qui en prend pour son grade. Pourtant, le bilan global de Grenoble reste décent. L'honneur est sauf, mais la saison est encore blanche.

 

Quatrième : Dijon. Saison historique à Dijon. Avec sa victoire en Coupe de France, contre Briançon, le club ouvre son palmarès au haut niveau. Briançon, justement, c'est un peu l'adversaire préféré des Ducs cette année. Les deux équipes ont lutté toute la saison pour obtenir la quatrième place, directement qualificative pour les quarts. Ce coup-ci, les hommes de Daniel Maric se sont inclinés. Une fois n'est pas coutume. En playoffs, c'est Dijon qui passe. En demi-finale, les Ducs se heurtent à l'épouvantail rouennais et la saison bourguignonne ne va pas plus loin. Pouvait-il en être autrement ? Quoi qu'il en soit, Dijon sort le casque haut. Dans cette série contre le futur champion, Dijon n'abdique souvent qu'en fin de rencontre et parvient à faire (un peu) douter Rouen. Le recrutement de Daniel Maric, finalement élu entraîneur de l'année, n'y est pas pour rien. Dans les cages, après une saison sans réel titulaire, Dijon a trouvé une certaine stabilité avec Vladimir Hiadlovsky, fantasque mais efficace gardien. Devant lui, Sébastien Rousselin s'est découvert des talents de buteur décisif. Le capitaine Milan Tekel distribue ses relances au millimètre et joue le rôle de quatrième attaquant. Devant, Dijon a profité de deux bonnes surprises venues de Slovaquie. Erik Bochna n'avait pas laissé un grand souvenir à Dunkerque. Son aventure dijonnaise est plus réussie. Quant à Miroslav Kristin, il termine la saison avec deux petits points de plus que son compatriote (36 pour l'un, 34 pour l'autre). Pour passer un cap supplémentaire, il faudra quand même que les Ducs se disciplinent un peu. Dijon reste l'équipe la plus pénalisée du championnat, la seule même à passer la barre symbolique des 1000 minutes de prison.

 

Cinquième : Briançon. Briançon connaît son bourreau. Et il s'appelle Dijon. Les Diables Rouges ont toujours du mal à se hisser parmi les prétendants sérieux à la Coupe Magnus. Il manque encore chez eux la petite étincelle capable de faire basculer une équipe dans la cour des grands, pour de bon. Cette étincelle, justement, ce pourrait être la Coupe de France. Sauf que comme l'an dernier, le trophée a encore glissé entre les gants des joueurs des Hautes-Alpes. Rouen n'y est pour rien cette fois-ci. Dijon s'en est chargé, en finale. Et comme le rôle de coupeur de têtes sied bien aux Ducs, ils ont remis ça en playoffs. Pourtant, comme la saison dernière, Luciano Basile a su conduire son groupe jusqu'à une belle quatrième place en saison régulière. Certes, les Diables Rouges ont parfois explosé, comme lors d'un sombre déplacement à Rouen (défaite 10-2). Mais les Alpins ont aussi su distribuer quelques roustes (6-1 face à Épinal ou 8-3 sur Chamonix). Mais la saison terminée, le bilan global des Diables Rouges ne convient pas à ses dirigeants. Et le club se dirige vers un grand ménage. Il faut dire que l'effectif a parfois été friable. Dans les buts, Frédérick Beaubien a correctement rempli sa mission, quand il n'était pas blessé. Son absence en quarts face à Dijon a forcément joué dans le résultat final de la série. En défense, Chris Lyness s'est révélé être une arme intéressante mais trop souvent jetée en prison. Là aussi, les pépins physiques n'ont pas épargné Briançon, de Gary Levêque à Waldemar Pelikovsky. Et que dire d'Edo Terglav ? Le redoutable buteur slovène, gravement touché, a stoppé sa saison dès le mois de janvier, un forfait que l'éclosion de Mickaël Perez aligné avec le maître passeur Martin Filip n'a pas pu compenser. Ces absences ont forcé Luciano Basile a modifié en profondeur son effectif avec les arrivées en cours de route de Miroslav Dvorak, Justin Kinnunen et Miroslav Mosnar.

 

Sixième : Angers. Les Ducs manquent de constance. Ils l'ont encore démontré cette saison. Angers démarre le championnat à bloc, la crosse entre les dents. Après quatre journées, François Dusseau dirige l'une des deux seules équipes, avec Villard-de-Lans, à avoir fait le plein de points. En réalité, les Ducs profitent au maximum d'un calendrier progressif. Ils reprennent en Magnus avec des affiches à leur portée. S'ensuit un gros passage à vide en novembre et le jeu devient moins convaincant en fin de saison. Heureusement, Angers retrouve des forces au moment d'aborder les playoffs. Les Ducs se payent même le luxe de bousculer Rouen en quarts. Les futurs champions font quand même respecter une certaine logique et explosent un minimum Angers, en tout cas sur les fins de match. Bref, le résultat final des Ducs est conforme au statut actuel des Angevins. Quant au souci de la continuité dans la performance, il provient sans doute dans un cruel manque de profondeur de banc. Dans les buts, Julien Figved a connu une saison pleine, sans trop de pépins physiques. Défendre au Haras, ou à l'extérieur, s'avère vite compliqué quand Simon Lacroix et Patrik Bärgman sont blessés. Angers a dû engager un renfort supplémentaire pour ses lignes arrières, l'international estonien Lauri Lahesalu. Enfin, l'attaque tourne presque exclusivement autour du duo Jonathan Bellemare - Guillaume Rodrigue. Le premier cité est, au passage, le seul non-Rouennais dans les cinq meilleurs compteurs de la ligue (4e avec 49 points). Les québécois doivent se sentir parfois un peu seuls, même si cette saison, le retour de Juho Jokinen sur la deuxième ligne après ses années mulhousiennes a permis une autre alternative offensive avec, il est vrai, un rendement largement inférieur.

 

Septième : Mont-Blanc. Pour son retour dans l'élite du hockey hexagonal, le Mont-Blanc a connu un départ poussif. Rien d'anormal pour un promu. L'Avalanche avait simplement besoin d'un minimum de temps pour trouver le bon rythme et ajuster son effectif (départ de Pasi Kangas, arrivée de Jani Pollari). Après quelques journées pour se mettre en jambes, donc, l'alliance Saint-Gervais/Megève est devenue une équipe accrocheuse et difficilement jouable. Certains gros ont d'ailleurs failli en faire les frais, à l'image de Grenoble, battu 3-0 à Pôle Sud, ou d'Amiens, difficilement vainqueur en mort subite sur sa glace picarde. Champion de D1 en 2005, le Mont-Blanc boucle logiquement cette saison de Magnus en tête des promus. Les joueurs d'Ari Salo se qualifient même sans souci majeur pour les playoffs où ils sortent au tour préliminaire Villard-de-Lans, malgré le mini-scandale des penaltys. Plutôt que de rentrer dans l'enfer des procédures de réclamation, le promu choisi de calmer le jeu et laisse la glace parler. Le Mont-Blanc gagne les deux rencontres suivantes et prive l'Isère d'un nouveau derby. Il s'en est même fallu de peu que l'Avalanche s'occupe de régler pour de bon le cas des équipes iséroises. Certes, Grenoble a sorti le club de Haute-Savoie en trois manches, mais les coéquipiers de l'infatigable Christian Pouget ne sont jamais laissés faire. En défense, outre Pouget, Peter Hrehorcak a réalisé une belle saison. Devant, Sébastien Subit s'est glissé dans le groupe tricolore retenu par Dave Henderson pour les Mondiaux amiénois. Deux bonnes nouvelles qui permettent d'occulter certaines déceptions, assez relatives il est vrai, concernant notamment Arnaud Goetz et Lilian Prunet.

 

Huitième : Épinal. Changement de tactique chez les Dauphins. Après une campagne 2004/05 ratée, on abandonne la filière de l'est. Épinal préfère, le temps d'une saison, piocher chez les recalés de la Ligue Magnus. Mazerolle et Simon arrivent de Clermont, Duda et Simko de Tours, et Jan Plch, à peine signé par les Scorpions, débarque de Mulhouse. Le tout est entraîné par un Suédois, Joakim Nilsson. Au final, la copie spinalienne note une certaine amélioration. Le spectre de la relégation n'a pas rôdé toute la saison à Poissompré. Et les Dauphins ont même eu (enfin) accès aux playoffs. Mieux, à la surprise presque générale, Épinal a sorti de la course au titre l'un des outsiders, Morzine-Avoriaz. La seule véritable sensation des séries éliminatoires, en fait. Certes, les Vosgiens ont finalement cédé en quarts contre Amiens. Mais ils l'ont fait après avoir beaucoup lutté. Ils poussent notamment les Gothiques en prolongation à deux reprises. En fait, l'équipe du président Claude Maurice était tout simplement plus solide que les années précédentes. Stanislas Petrik continue d'enchaîner les arrêts dans sa cage. La défense, largement renouvelée, a gagné en stabilité, sans non plus être incroyable. Devant, Jan Plch, le vétéran Roman Trebaticky et le petit Jussi Haapaasaari ont bien mieux travaillé que les incroyables recrues canadiennes d'il y a un an. Bref, Épinal est devenu un adversaire de qualité, que l'on ne craint pas forcément mais qui est capable de poser quelques problèmes. Voire de surprendre. Morzine l'a même appris à ses dépens...

 

Neuvième : Morzine-Avoriaz. Avec un recrutement clairement ambitieux, Morzine se place en début de saison parmi les principaux outsiders de la Ligue Magnus, seulement un an après sa découverte de l'élite. Mais il est souvent plus difficile de confirmer que de surprendre. Les Pingouins s'en sont aperçus tout au long de l'année. "Le petit club qui monte" a connu son premier coup d'arrêt. Manquant de régularité et parfois inefficace en attaque à domicile, Morzine n'a pas retrouvé l'étincelle de son baptême de 2004/05. Dans les buts, Johan Bäckö s'est montré de temps en temps fébrile. Devant, Matt Dzieduszycki ne s'est pas adapté et a vite demandé à repartir aux États-Unis. D'autres recrues, comme Niko Halttunen, n'ont pas répondu à tous les espoirs placés en eux. Johan Forsander, leader naturel de l'attaque, a lui aussi connu quelques passages à vide. Les Pingouins ne parviennent donc pas à terminer la saison régulière dans le groupe des quatre de tête et doivent ainsi passer par le tour préliminaire... qui leur sera fatal. Les joueurs de Stéphane Gros cèdent, sans gloire, face à Épinal. Pourtant, cette équipe se montre aussi capable de belles performances. Morzine est sans aucun doute l'équipe qui a laissé la meilleure impression contre l'inamovible leader rouennais. En septembre, les Pingouins arrachent le match nul aux Dragons (3-3), quelques jours après une rouste encaissée à domicile contre Villard-de-Lans (0-5). Et il y a cet incroyable victoire 10-1 contre Amiens lors de la dernière journée. Morzine, jeune pousse du haut niveau, est encore en apprentissage.

 

Dixième : Villard-de-Lans. Les Ours ont un héros, une idole. Il se nomme Maurice Rozenthal. Arrivé dans le Vercors sur le tard, après le retrait mulhousien, l'ailier international a vite été adopté par les supporters. Ses exploits sont des éléments d'explication de la belle saison des Ours, tant il a parfois tenu l'attaque à bout de bras. Mais Maurice Rozenthal, c'est aussi le gros grizzli qui cache les jeunes oursons. Dennis Murphy débarqué, c'est maintenant Stéphane Barin qui mène la barque, sur la glace comme sur le banc. Le défenseur de l'équipe de France a prouvé en une saison ses capacités en tant qu'entraîneur d'une équipe de Magnus, un an après un titre en D1 gagné avec le Mont-Blanc. Villard a aussi pu compter sur deux bons gardiens, avec Pascal Favarin et Nicolas Nogaretto, qui ont alterné devant la cage. Il faut aussi parler de ces jeunes joueurs, lancés dans le grand bain, menés par Luc Tardif junior et prêts à en découdre. Très bien classé en début de saison, Villard a connu une fin 2005 particulièrement difficile, et la blessure de Sean Connolly n'a rien arrangé dans la perspective des play-offs. Le Mont-Blanc l'emporte et met fin à l'aventure des hommes de Vercors. Mais un nouveau cycle est en marche à André-Ravix.

 

Onzième : Anglet. Toujours plus ou moins en crise et validé sous conditions, Anglet a pourtant réalisé le gros coups du début de saison en signant Eddy Ferhi. Le gardien dont tout le monde parle sans jamais l'avoir vraiment vu jouer débarque au Pays Basque dans les premiers jours du championnat. Sans défi intéressant aux États-Unis, il revient au pays avec comme objectif l'équipe de France. Rapidement, Ferhi prouve qu'il a largement le niveau de ses ambitions. Car la pièce maîtresse de l'Hormadi cette saison, c'est ce grand gaillard au style particulièrement sobre. Régulièrement, le gardien tient à bout de crosse et de mitaine une défense qui a la fâcheuse tendance à prendre l'eau. Tour le problème d'Anglet est ici résumé. À l'Hormadi, on manque de profondeur de banc et on fait avec les moyens du bord. Et il y a cet esprit maison, marque de fabrique des hommes de la Barre, forteresse difficilement prenable. À Anglet, on est combatif, ou rien. Avec les leaders Xavier Daramy et Michal Garbocz, l'Hormadi a encore réussi à poser quelques problèmes à ses adversaires. Car sur la saison complète, les Basques sont les seuls à avoir battu Rouen, aux penaltys et en Coupe de France, certes. Bref, Anglet est capable de tout, du pire comme du meilleur. Malheureusement pour eux, les Basques ne parviennent pas à se lâcher en playoffs et sont sortis en deux manches par Angers, lors du tour préliminaire.

 

Douzième : Caen. On ne change pas une recette qui fonctionne. Rodolphe Garnier le sait. Alors, le coach des Drakkars n'hésite pas une seule seconde quand il lui faut lancer ses jeunes hockeyeurs dans le grand bain de la Ligue Magnus pour le retour de Caen en élite, quatre ans après le dépôt de bilan des défunts Léopards. Il leur adjoint quand même des garçons d'expérience, avec Frédérick Brodin et Luc Chauvel, et quelques renforts étrangers (Jelen, Supuka, Cesnek...). La génération bénie a bien tenu le coup, Damien Fleury empochant même le titre d'espoir de l'année. Les jeunots n'ont pas fait de complexe et Caen a assuré son maintien à trois journées du terme de la saison régulière. Objectif rempli. Pour les playoffs, il ne s'agit alors plus que de se faire plaisir et de jouer du mieux possible. Le défi proposé par Dijon est encore trop gros pour les Normands. Les Ducs de Daniel Maric finissent alors leur saison en vrais boulets de canon et coulent les Drakkars sans encaisser le moindre but. Malgré l'élimination, Caen peut être satisfait de sa saison.

 

Treizième : Chamonix. Les Chamois ont commencé la saison en... changeant d'entraîneur ! Un moyen certain de mettre tout le monde sous pression pour le retour en Ligue Magnus... Après le feuilleton Pierre Pousse, finalement parti avec l'équipe de France au début de l'été, Chamonix confie les rênes de l'équipe élite à Marius Konstantinidis. Sauf que l'ancien joueur de Grenoble et d'Angers ne fait finalement plus l'affaire, la faute notamment à un recrutement pas vraiment au niveau d'une équipe élite. Résultat, c'est un trio inédit de coachs qui se met en place. Richard Aimonetto, Yannick Charlet et Pascal Margerit prennent la direction du groupe tout en continuant à jouer. C'est avec un effectif encore en chantier que les Chamois partent à Rouen pour le premier match de la saison... où ils encaissent un 9-0. Peu à peu, les Chamois remontent la pente et deviennent même une équipe dangereuse, à l'occasion, malgré la défection d'un étranger (Fedor) à deux jours de la date finale des transferts, les blessures de certains cadres (Granath, Pain, Veydarier...) et un effectif complété tardivement avec les arrivées des défenseurs Rastislav Böhme et Anders Torgersson. En fait, il a souvent manqué à Chamonix un petit quelque chose pour empocher plus de succès et finir la saison dans les douze premiers. Direction donc le tour de maintien, gagné dans la douleur contre Gap, puis le barrage de promotion-relégation, plus évident face à Dunkerque. Alors que bien du monde imaginait facilement les Chamois vite repartir en D1, ils ont finalement réussi à accrocher le maintien. Mais que la saison du club le plus titré du hockey français fut dure !

 

Quatorzième : Gap. Le président Georges Obninsky avait fixé à ses joueurs comme objectif une huitième place en fin de saison régulière. C'est manqué, et de loin. Les Rapaces ont vécu une saison douloureuse. Tout commence par quelques ratés et des erreurs de casting, notamment sur le choix de l'entraîneur. Les dirigeants gapençais font d'abord confiance à un technicien russe, Viktor Valutskikh. Problème, le bonhomme ne parle ni français, ni anglais. Et il n'a jamais encore dirigé d'équipe senior. Très vite, il apparaît que Valutskikh, sans aucune prise sur ses joueurs, ne correspond pas au profil recherché pour s'occuper des Rapaces en Ligue Magnus. Début septembre, le groupe accuse un terrible retard, tant physique que stratégique. Bref, pour éviter l'implosion à quelques jours seulement de la reprise du championnat, Gap fait appel au jeune retraité Patrick Turcotte. Le Franco-Canadien n'accepte finalement qu'un intérim, le temps pour son ancienne équipe de dénicher un nouvel entraîneur. Le choix définitif se fixe sur le Suédois Mikael Kvarnström. Il prend les rênes des Rapaces à l'automne. Première tâche du technicien scandinave : équilibrer son groupe. Exit donc Stefan Sarka, inefficace en attaque. Exit aussi, mais de son propre chef, Andrew Nahirniak. Le défenseur canadien (85 minutes de pénalité en 11 matchs seulement !) retraverse l'Atlantique, sans être parvenu à s'adapter à l'arbitrage local. Par contre, les Rapaces accueillent quatre nouveaux joueurs avec le gardien Kristoffer Martin, Tomas Mihalik et Oscar Jenström en défense, et l'attaquant Oscar Stenberg. Mais ces changements se sont vite révélés sans impact sur le rendement de l'équipe. Cherchant vainement un gardien fiable, les Rapaces ont continué d'enchaîner les déconvenues, à l'image de ce 14-0 reçu lors de l'ultime journée à Grenoble. Gap clôt la saison avec une attaque et une défense bonnes dernières de la ligue (55 buts marqués pour 150 encaissés), ne récoltant que deux succès sur l'année. Le club a aussi pêché par son indiscipline, récoltant 991 minutes de pénalité grâce aux exploits, entre autres, de Jonathan Dubois, Tomas Mihalik et Björn Odot-Andersson. Dommage, car les Haut-Alpins ont parfois montré quelques bonnes dispositions, résistant à domicile contre Rouen (défaite 2-3) et manquant de justesse le maintien dans un dernier face-à-face disputé contre Chamonix. Dommage aussi car les Rapaces ont aussi su dénicher quelques bons éléments, tel Jiri Rambousek, 31 points et remplaçant au all-star game.

Josselin Giret

 

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