Allemagne 2005/06 : bilan

 

La saison s'est terminée avec succès pour le hockey allemand, avec la remontée triomphale de la sélection nationale dans l'élite mondiale, obtenue avec une équipe rajeunie et pleine de promesses. Le talent de ces jeunes joueurs n'échappe d'ailleurs plus aux recruteurs de NHL, et les Allemands, qui y étaient déjà huit cette saison, devraient y être de plus en plus nombreux dans les prochaines années.

Absente des débats à Riga, l'Allemagne a pourtant eu un représentant en finale du championnat du monde, son arbitre Richard Schütz. Un honneur qui compte aussi pour être considéré parmi les grands pays de hockey. La DEL a bien fait d'appliquer les nouvelles règles contre l'accrochage (même si les tribunes ont souvent grogné) à partir de janvier, après s'y être refusée en novembre. Si Schütz a récolté des louanges en Lettonie en laissant respirer le jeu, c'est aussi parce qu'il a profité des excès de son collègue Rick Looker, qui privilégie toujours la lettre à l'esprit et qui a excédé tout un pays lors de Lettonie-Canada.

Auparavant, l'Américain avait déjà été impliqué dans une polémique en DEL, qui l'a engagé comme arbitre professionnel cette saison : dans la cinquième manche de la demi-finale Düsseldorf-Cologne, il a très sévèrement expulsé Eduard Lewandowski pour une crosse haute involontaire au visage de Patrick Reimer dans les dernières minutes, ce qui a permis au DEG d'égaliser puis de prendre l'avantage. Quelques mois plus tard, la polémique n'est toujours pas éteinte. Si tout le monde, inspecteur des arbitres compris, s'accordait à dire que la sanction était exagérée, son influence n'a peut-être pas été si capitale. Si Looker avait simplement sifflé 2'+2', ce qui n'aurait peut-être pas déclenché un tel scandale, Cologne serait également resté en infériorité le temps que son adversaire passe devant. Avec ou sans ce dénouement, le derby rhénan en demi-finale a été sans conteste le clou de la saison. La finale, vite pliée par les mauvais rebonds lâchés par le vieux gardien russe Trefilov, sera par contre vite oubliée.

 

 

Les clubs de DEL

 

Premier : Eisbären de Berlin. Ce deuxième titre, moins symbolique et fort émotionnellement que le premier, est la confirmation de la prise de pouvoir du hockey berlinois, club puissant et structuré à tous les niveaux de la pyramide, comme s'en assure Pierre Pagé qui vit pour le hockey 24h/24 et s'intéresse à tout.

Toute la saison a été construite avec un seul objectif, le titre, quitte à sacrifier au passage la coupe en envoyant une jeune équipe et en dénigrant la compétition. L'équipe a été mise en place pour donner sa pleine mesure en play-offs, après avoir pris la tête du championnat au meilleur moment, à seulement trois journées de la fin de la saison régulière. Les premiers mois de compétition ont été gérés sans empressement, en assurant des résultats corrects, sans plus, avec deux gardiens allemands inexpérimentés.

On attendait qu'un homme de métier soit recruté dans les cages, mais les Eisbären ont pris tout le monde à contre-pied en engageant un Tchèque de 21 ans à peine, Tomas Pöpperle. Plutôt que d'opter pour une valeur sûre, le manager Peter John Lee a choisi de miser sur un potentiel, un parti réussi car Pöpperle progresse très régulièrement. Il est le symbole de la nouvelle politique des Eisbären, qui déclarent ne plus redouter de perdre des joueurs pour la NHL. Au lieu de considérer cette perspective avec crainte, le staff voit maintenant cela comme un renforcement de la crédibilité du club, qui peut être un tremplin pour des talents. Il ne s'opposera donc pas à la volonté de retour en NHL des défenseurs Derrick Walser et Micki DuPont, qui ont été appelés par le Team Canada juste avant les championnats du monde. DuPont, presque décevant par moments, a connu une moins bonne saison que son camarade, mais c'est pourtant lui qui a été sélectionné pour les Mondiaux. Promis à un simple rôle de réserviste, Walser, le MVP des play-offs de DEL, a préféré rentrer au pays et négocier son avenir.

Le défenseur offensif Walser est une des illustrations du style de jeu ambitieux des Eisbären, qui ont un parfait meneur de jeu en la personne de Scott Walker. Leur attaque a gagné en homogénéité et en cohérence grâce à la bonne intégration des jeunes Allemands : l'énergie et la fougue de Florian Busch aux Jeux Olympiques a été l'élément déclencheur du rajeunissement décidé par Krupp en équipe nationale.

Comme on ne prête qu'aux riches, la position dominante des Eisbären devrait encore renforcer leur attractivité et leur réputation de club idéal pour développer son talent. La politique du club est clairement construite en ce sens.

 

Deuxième : Düsseldorf. Le DEG, le club de plaine qui avait détrôné les Bavarois à la fin des années soixante, a longtemps été le porte-étendard du hockey allemand, celui qui représentait mieux que personne cet âge d'or d'il y a quinze ans, quand la patinoire de la Brehmstraße vibrait dans une ambiance inégalable pour célébrer les triomphes de Düsseldorf. Fort de sa richesse humaine et de ses supporters admirables, ce club qui se pensait souverain avait pourtant perdu de sa superbe en quelques années. Il n'avait pas survécu au chaos engendré par la création de la DEL, ni à ses propres errements, une caisse noire qui aurait pu le faire plonger à jamais.

Aujourd'hui, les tricots de laine aux couleurs rouges et jaunes des fidèles du DEG paraissent anachroniques dans les patinoires modernes où il ne fait plus froid. Ils semblent appartenir à une panoplie rétro, dépassée et hors du temps. Cette dernière saison à la Brehmstraße, avant de s'installer dans un dôme de treize mille places, signifiait-elle la fin d'un monde ? Au contraire, elle a marqué la renaissance de Düsseldorf, le parfait trait d'union entre les victoires du passé et celles à venir. La victoire en coupe, puis la qualification en finale de championnat obtenue aux dépens de Cologne, l'adversaire de toujours, ont réveillé la flamme du DEG, maintenant convaincu que les heures glorieuses peuvent se conjuguer aussi au futur. Avec la promotion des moins de 18 ans du club en DNL, un objectif essentiel a été atteint en ce sens.

L'avenir appartient par exemple au défenseur Alexander Sulzer, devenu déjà indispensable en équipe d'Allemagne à 21 ans. Il a fait équipe avec Marian Bazany, le naturalisé parfaitement adapté au niveau de la DEL. Mais le succès de Düsseldorf repose surtout sur un trio offensif qui a dominé la saison de bout en bout : le "KVK". Enfin épargné par les blessures, le centre norvégien Tore Vikingstad s'est imposé comme le maître du jeu avec sa qualité de passe, son efficacité dans la conquête du palet et son endurance. Le joueur de l'année a permis à ses deux ailiers allemands, le capitaine-modèle Daniel Kreutzer et le buteur retrouvé Klaus Kathan, de connaître la meilleure saison de leur carrière. Cela n'a pas empêché Kathan, finisseur qui dépend des conditions psychologiques dans lesquels il est placé, d'être mis à l'écart de la sélection nationale à laquelle ont été réinjectées des forces vives.

 

Troisième : Cologne. À défaut du titre toujours pas au rendez-vous, la dernière des quatre années du contrat de Hans Zach s'est conclue par une distinction inattendue : meilleure attaque du championnat ! Qu'est-il donc arrivé à l'ancien sélectionneur et à ses tactiques défensives ? Peut-être tout simplement a-t-il eu des joueurs de talent à sa disposition pour faire la différence. Le chouchou du public Alex Hicks, longtemps blessé pour la dernière saison de sa carrière, a dû laisser d'autres tourner à sa place en première ligne.

Mais le duo restant s'est bien débrouillé sans lui : le meneur de jeu Dave McLlwain refuse toujours obstinément de vieillir à 39 ans, et Ivan Ciernik, parfaitement dimensionné pour la DEL grâce à son apprentissage nord-américain qui complète la précision technique de sa formation dans l'école de l'est, a fini par gagner sa place en équipe nationale de Slovaquie grâce à son impressionnante puissance de patinage. Eduard Lewandowski a perdu la sienne dans la sélection allemande avec laquelle il est gâcheur d'occasions, mais quand il joue dans la Kölnarena, on dirait un buteur-né.

Ces trois attaquants ont dominé statistiquement, et c'est encore plus vrai de deux défenseurs : le "blueliner" Stéphane Julien et le vétéran Mirko Lüdemann - qui a dû recevoir plus de compliments de Zach dans sa carrière que tous les autres joueurs allemands réunis - ont plané au-dessus de la DEL avec des fiches de +35 et de +31, alors que la plupart de leurs collègues défensifs ont des bilans négatifs ! Cela illustre un relatif déséquilibre de l'effectif des Haie et explique une certaine irrégularité durant la saison. À deux reprises, les dirigeants ont fait ouvertement planer la menace de mettre fin avant terme au contrat de Zach, mais à chaque fois Cologne a gagné lors de l'ultimatum.

Les blessures à l'épaule de Jean-Yves Roy et Sebastian Furchner rendaient la tâche encore plus difficile en play-offs, mais Cologne, qui a les moyens dans ces cas-là de trouver des jokers s'adaptant vite (le Tchèque Jan Alinc par exemple), est arrivé à deux doigts de la finale. William Lindsay, recruté en octobre, a fait toute sa carrière en NHL comme attaquant défensif, mais il a joué les buteurs de sang-froid pour mériter le surnom de "Kill Bill" en poussant Düsseldorf au match décisif avec une égalisation à la dernière minute puis un but en prolongation lors de la quatrième manche. Mais dans ces play-offs, les joueurs de Cologne ont eu trop souvent les nerfs qui lâchent, à l'image du coup de tête de Boos prématurément suspendu. L'indiscipline a atteint son comble lors de l'ultime match de la saison, où Cologne a été la seule équipe cette année à dépasser les cent minutes de pénalité. Un seuil atteint à cause de cette fameuse crosse haute de Lewandowski dont on reparlera encore dans dix ans...

 

Quatrième : Hanovre. Dommage que les championnats ne soient pas découpés en année civile, car les Scorpions ont connu un cru 2005 exceptionnel, aussi bien au printemps qu'à l'automne. Ils ont rapidement pris la tête de la DEL, emmenés par Robert Hock et Andreas Morczinietz, qui font partie des joueurs allemands les plus techniques mais sont jugés trop justes pour le jeu international. Hanovre s'est trouvé un autre leader germanique, Sascha Goc, qui s'est mué en défenseur offensif et a prouvé à Mannheim que c'était un gâchis de ne pas l'avoir utilisé en jeu de puissance.

Cette domination n'a cependant pas duré. Les Scorpions sont rentrés dans le rang, et ils n'ont toujours pas trouvé l'homme qui les soutiendra vraiment dans les cages. Annoncé comme un des meilleurs gardiens de DEL sur la foi de sa carrière en NHL, Trevor Kidd a au contraire été l'un des plus médiocres. La septième place en saison régulière paraissait bien faible au regard des espoirs suscités par les premiers mois, mais il ne faut jamais désespérer. Annoncé comme la déception de l'année, Steve Guolla s'est réveillé au bon moment en play-offs, et les Scorpions ont surpris Ingolstadt pour se qualifier pour la seconde demi-finale de leur histoire. À nouveau, leur heure de gloire a attiré le public (plus de dix mille spectateurs), mais elle s'est vite terminée face à Berlin. Est-ce un feu de paille ? Ou ce club va-t-il s'établir à haut niveau avec ce qui lui manque le plus, la constance ?

 

Cinquième : Ingolstadt. Quatre mois et demi sans interruption en tête de la DEL n'ont pas gommé le déficit de notoriété d'Ingolstadt par rapport aux autres cadors du championnat. Cette équipe a bâti son succès sur une solide défense, où a régné la paire composée du canonnier Jakub Ficenec et du robuste Ken Sutton. Mais les joueurs y sont toujours insensiblement dans l'ombre par rapport aux centres médiatiques allemands.

Il faut dire que ses vedettes ont eu du mal à confirmer en play-offs. Parti sur une productivité exceptionnelle, le buteur Doug Ast n'a cessé de décliner. Même Jimmy Waite, élu à nouveau gardien de l'année, n'a pu lever les soupçons de ceux qui se souviennent que ce titre ne désigne, compte tenu de son timing, "que" le meilleur gardien de la saison régulière.

Et comme les grands clubs bientôt tous dotés de très belles patinoires ne vont pas se rater chaque saison, peut-être regrettera-t-on dans quelques années à Ingolstadt cette époque transitoire où l'on jouait les premiers rôles sans tout à fait mesurer sa chance...

 

Sixième : Nuremberg. Le plus dur en arrivant dans une équipe habituée à échouer en quart de finale, c'est de guérir le manque de confiance qui s'est insidieusement installé. Benoît Laporte a identifié deux fractures qui ont déstabilisé une équipe déjà fragile psychologiquement. La première, la finale de coupe perdue après avoir eu le match en mains. La seconde, un dîner de charité juste avant les play-offs où trois joueurs (le gardien Jean-François Labbé et les attaquants slovaques Alexander Polaczek et Robert Döme) n'ont pas respecté les consignes données en consommant de l'alcool.

Cette "trahison" vis-à-vis du groupe a été très mal ressentie dans un vestiaire si facilement en proie au doute, et déjà accablé plus qu'il ne l'aurait dû par les blessures de deux titulaires. Ce sont Günter Oswald et Florian Keller, habituels pensionnaires de la quatrième ligne, qui ont été les meilleurs marqueurs en play-offs. C'est un signe que l'effectif était homogène, mais aussi que les leaders ont failli.

 

Septième : Hambourg. La ville hanséatique est décidément la proie des jeteurs de sort en tout genre. Adeptes du vaudou ou de la magie noire, ils abattent les pires tourments sur son équipe de hockey. La malédiction des capitaines de la saison dernière n'était rien en comparaison avec l'incroyable scoumoune qu'ont connu les gardiens de Hambourg à l'automne 2005. Le fidèle titulaire du poste, Boris Rousson, s'est rompu les ligaments croisés et devait tirer une croix prématurément sur sa saison. Puis le n2 et le n3 se sont blessés à moins d'une semaine d'intervalle, et les Freezers ont dû se faire prêter provisoirement deux gardiens par l'autre club d'Anschutz, les Eisbären, et en engager un autre pêché en Regionalliga (Roland Schröder). Bien évidemment, ils se sont aussi mis en quête d'un nouveau titulaire, et ont ainsi recruté le vétéran tchèque Roman Cechmanek, qui a commencé par... se blesser au genou. Il s'en est heureusement remis !

Avec l'ancien champion du monde, Hambourg disposait de son unique vedette. Car l'effectif est sans grand panache à l'exception de la première ligne francophone. L'excellence de Benoît Gratton dans les mises au jeu a repoussé Beaucage à l'aile, mais l'ancien joueur de Genève et Lugano a aussi explosé le classement des pénalités, contrastant avec la propreté technique de son autre ailier François Fortier.

Le reste de l'équipe ne fait pas franchement fantasmer, d'où l'érosion des affluences. Et encore, le public local n'est pas le plus à plaindre, car les Freezers ont eu les meilleurs résultats à domicile. C'est à l'extérieur, avec la pire attaque du championnat, qu'ils ont fait piètre impression. Même sans Dave King, Hambourg est finalement assez vite revenu à un style défensif et conservateur. Le recrutement comme joker du Suédois de 36 ans Niklas Hede, qui en était à sa cinquième saison en 2e Bundesliga mais venait juste d'obtenir un passeport allemand, a été un sujet de sarcasmes et d'agacement dans la DEL. Le club se fait une image de gagne-petit sans projet de fond.

 

Huitième : Krefeld. Jamais en un quart de siècle un entraîneur n'avait quitté le KEV autrement qu'en étant mis à la porte. Teal Fowler a décidé de rompre avec la tradition. Avoir survécu jusqu'à la fin janvier à toutes les menaces de licenciement lui paraissait déjà un exploit suffisant, et il annonça qu'il partirait à l'issue de la saison pour redevenir adjoint de Poss, avec qui il avait débuté à Iserlohn. Le discret Américain n'avait-il donc pas le caractère pour être entraîneur-chef ? Pourtant, ce fut une expérience réussie. Très apprécié du public, Fowler a atteint les play-offs, en terminant par quatre victoires, et son équipe a mené la vie dure aux Eisbären de Berlin en quart de finale.

Krefeld va voir partir à Mannheim son entraîneur et son gardien Robert Müller, qui avait le sentiment de plafonner. Par contre, l'équipe va encore devoir supporter le caractère d'Aleksandr Selivanov, seul joueur à avoir marqué 30 buts en saison régulière de DEL cette saison. En octobre, les dirigeants ont essayé d'allécher le Russe de 35 ans avec une belle carotte : une prolongation de contrat de trois ans s'il réussissait à marquer 55 points ! Évidemment, il a atteint l'objectif... et disparu de la circulation en play-offs. Cela ne va pas arranger sa réputation d'individualiste et les relations tendues avec certains de ses coéquipiers (il en est venu aux mains avec Guillet dans les vestiaires). Le joueur le plus méritant à Krefeld n'est sans doute pas Selivanov, mais plutôt par exemple Richard Pavlikovsky, qui était bien seul pour tenir une défense très limitée après le syndrome du burn-out de l'international allemand Shayne Wright.

 

Neuvième : Francfort. Il fallait bien que ça arrive. Après plusieurs années où Patrick Lebeau survolait la DEL techniquement, il arriverait un jour où le Canadien n'en aurait plus les moyens physiques. Et ce jour-là, Francfort s'est retrouvé bien démuni, en complète panne de buteur, avec la moins bonne attaque du championnat. Lebeau ne s'est jamais vraiment remis d'une double fracture de la mâchoire (la même blessure poissarde que Michael Hackert, vite revenu déçu d'AHL), et la première ligne a trop rarement joué au complet car Young et Norris se sont aussi blessés. Brièvement échappés en tête du classement début octobre, les Lions ont terminé la saison par une élimination précoce après une série de sept défaites.

Il n'y a que le jeu en infériorité numérique qui ait fonctionné chez les Lions, grâce à l'expérience du vétéran du championnat japonais Chris Bright et du retraité de NHL James Patrick, qui a été critiqué pour tout le reste de son jeu, trop lent. Patrick Boileau n'a pas fait oublier Ratchuk parti à Mannheim : non seulement son travail défensif a été faible, mais sa relance aussi, et il n'a commencé à marquer enfin de la bleue qu'en fin de saison. Les conclusions ont donc été tirées : il va falloir rajeunir pour redonner du peps à cette équipe.

 

Dixième : Mannheim. Parmi les cinq attaquants majeurs, trois (Corbet, Edgerton et le déjà décevant Bohonos) ont été longtemps blessés, et le quatrième, Steve Kelly, a été viré après une dispute avec son entraîneur Stéphane Richer. Immédiatement, les Frankfurt Lions se sont mis sur les rangs pour récupérer Kelly (trop content que pour une fois un transfert aille dans ce sens-là...), expliquant à qui voulait l'entendre que leur ancien joueur Richer ne supportait pas la critique et qu'ils avaient toute confiance en Kelly. Il est vrai que le caractère difficile a dès lors paru assagi et remis dans le droit chemin... N'y a-t-il qu'à Mannheim que les joueurs ont des problèmes ? L'ancien syndrome de Francfort s'est-il transporté chez le grand rival ?

Quand le plus gros budget du championnat termine à une misérable dixième place, il y a matière à douter. Cependant, sa réputation n'est pas fondamentalement écornée. Joueurs et entraîneurs continuent de faire de Mannheim une destination privilégiée, et le public suit toujours avec plus de dix mille spectateurs de moyenne pour cette première saison dans la nouvelle SAP Arena. Ce championnat raté, même pas sauvé par les play-offs comme le précédent, reste donc malgré tout perçu comme une erreur de parcours passagère. Et le club a immédiatement réagi avec une grande campagne d'affichage dans toute la ville, intitulée "Jetzt erst recht" ("Maintenant c'est pour de vrai"). Les Adler sont déjà tournés vers la prochaine saison.

 

Onzième : Iserlohn. Les Roosters n'ont pas pu dépasser leur condition habituelle et se mêler à la lutte pour les play-offs. Pourtant, les nouvelles consignes arbitrales auraient dû être à leur avantage, puisqu'ils avaient le meilleur jeu de puissance du championnat (emmené par Mark Greig et Mats Trygg) et un style offensif - ils marquent en moyenne quatre buts par match à domicile - qui s'appuyait sur la vitesse d'Intranuovo. Mais elles sont arrivées à un moment où Iserlohn, après une série de défaites en décembre, ne se battait plus que pour défendre son maintien.

La défense n'a pas pu évoluer à son plein rendement à cause des problèmes personnels de Kirk Furey (décès de son père) et surtout des douleurs aux adducteurs de Martin Knold, qui a finalement dû se résoudre à une opération à la fin février. Le gardien Dimitri Kotschnew a très mal pris le manque de confiance des dirigeants, qui, parce qu'il avait connu une petite baisse de régime, ont recruté Rich Parent sans même l'avertir. Or, après plusieurs mois sans jouer, Parent n'a pas pu retrouver un niveau satisfaisant.

L'attaque a certes bénéficié de la jeunesse retrouvée de Ralph Intranuovo à 32 ans. En revanche, avec un an de plus, l'ancien joueur de l'année de DEL Brad Purdie n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été (9 buts), et il a même commis des pertes de palet aux conséquences lourdes.

Après cette troisième saison dans le ventre mou du classement, l'entraîneur Doug Mason a fait connaître son départ lors du dernier match. Quelques semaines plus tard arrivait la confirmation de ce dont tout le monde se doutait : il sera le successeur de Zach à Cologne.

 

Douzième : Augsbourg. Comme on pouvait le craindre, le risque de remplacer Benoît Laporte par un entraîneur éloigné du haut niveau s'est révélé trop grand. Randy Edmonds a plaidé la patience, il a expliqué qu'on ne divorçait pas avec sa femme à la moindre dépense inconsidérée, mais même les comparaisons les plus désespérées n'ont pas sauvé son cas. Fatale pour lui, une série de six matches sans marquer le moindre point, bientôt étendue à huit pendant l'intérim de Moeser.

Autant dire que le nouvel entraîneur Paulin Bordeleau arrivait dans une situation très délicate. Pour son premier match contre Hambourg, la victoire s'échappa à onze secondes de la fin. En comptant les tirs au but et la coupe, la série de défaites consécutives s'était allongée à 14 ! Nul ne croyait plus cette équipe capable d'éviter les barrages de relégation : elle avait treize points de retard sur le douzième !

L'influence de Randy Edmonds n'avait pas été négative, car les joueurs qu'il a fait venir de Suède ont plutôt bien réussi, surtout le gardien Rolf Wanhainen qui a été très précieux. Les problèmes venaient plutôt des joueurs pris au dernier moment en AHL, quand le marché nord-américain se décante à la fin de l'été. Le défenseur Jayme Filipowicz a ainsi eu un impact dérisoire. L'attaquant Brendan Yarema a quant à lui pu faire illusion en soignant ses stats avec ses 23 buts... mais il faut dire qu'il a été l'attaquant qui a le plus tiré au but en DEL derrière Selivanov (une référence d'individualisme...). L'autre visage de Yarema, c'est qu'il a fréquemment mis son équipe dans l'embarras, en particulier par ses pénalités.

Ces recrutements pas toujours réussis réduisaient encore la marge de manuvre de Paulin Bordeleau : il ne restait qu'une seule licence d'étranger à attribuer, et pas le droit à l'erreur. L'ancien partenaire de Philippe Bozon à Megève a misé sur le défenseur offensif Marc Savard... et l'ex-Lausannois ne l'a pas déçu. À l'issue d'une remontée fantastique, Augsbourg obtenait son maintien et une garantie pour l'avenir.

 

Treizième : Duisburg. Les Füchse ont connu un sort assez similaire au précédent promu Wolfsburg : une entrée en matière tout à fait encourageante en DEL, et puis une difficulté à tenir le rythme et une marge de sécurité pour le maintien (douze points) dilapidée en fin de championnat. La rançon d'un effectif un peu juste dès que les blessures s'en mêlent. La complexité pour un promu est de ne pas gaspiller la moindre licence. Or l'entraîneur Didi Hegen n'a pas hésité à trancher dans le vif et à se débarrasser en janvier de son centre n1 Steve Brulé, agacé qu'il ne patine qu'à moitié. L'ancienne recrue-phare a alors été engagé par Kassel... et s'est donc retrouvé face à Duisburg en barrage de relégation ! L'occasion de prendre sa revanche ?

Non, car l'EVD était prêt. En début de saison, certains doutaient de ses gardiens, mais si Koslow n'a pas tenu la pression, Christian Rohde a été décisif lors de la série pour le maintien, qui s'est déroulée à merveille.

L'attaquant Michael Waginger, qui comme Michael Wolf (Iserlohn) s'est développé dans les divisions inférieures et n'a eu besoin que de quelques mois de DEL pour intégrer l'équipe nationale, est parvenu en fin de saison à réussir ce qui lui manque parfois, concrétiser ses occasions.

Stéphane Robitaille, avec son style sobre et plein d'assurance, a encore été la clé de voûte de la défense, voire de l'équipe tout entière. Car le joueur venu de Rouen était le seul arrière au jeu vraiment complet. Ses collègues avaient tous des points faibles. Le chouchou du public Jean-Luc Grand-Pierre, spectaculaire par sa vitesse et surtout ses mises en échec, présentait par exemple des lacunes techniques.

 

Quatorzième : Kassel. Cette fois, il n'y a pas eu de branche à laquelle se raccrocher. Les Huskies, sauvés l'été dernier par la relégation de Wolfsburg, sont les derniers relégués sportifs de la DEL. Tout espoir de remontée future n'est pas perdu, car une possibilité a été laissée dans le nouveau contrat de coopération fédération/DEL signé en décembre, mais le retour en DEL ne pourra se faire que dans des conditions plus drastiques (dont un droit d'entrée révisé à la hausse à 800 000 euros).

Kassel a forcément pâti du retard pris pendant l'été. L'équipe a été constituée assez tard, et pourtant on a fait une bonne affaire : Jason Ulmer a même été élu comme la meilleure recrue de la DEL. Ce joueur relativement anonyme en AHL et obtenu assez bon marché a formé une très bonne première ligne avec Ryan Kraft et Martin Hlinka. Mais une ligne ne suffit pas à constituer une équipe.

La fracture s'est révélée en janvier, lorsque le nouveau boss Rainer Lippe a décidé de licencier Bernhard Engelbrecht, victime des habituelles difficultés des entraîneurs allemands à imposer leur autorité à certains étrangers. Le capitaine Tobias Abstreiter, originaire de Landshut comme Engelbrecht, a alors annoncé qu'il quitterait l'équipe, car il s'estimait trahi par Lippe qui lui avait promis qu'il ne s'immiscerait pas dans l'aspect sportif. Abstreiter, l'âme de l'équipe depuis huit ans, l'homme qui avait tenu la barre du rafiot à la dérive en juillet dernier ! Sentiments contrastés chez les supporters de Kassel... Une semaine plus tard, Abstreiter revenait sur sa décision. Mais en pratique, le nouvel entraîneur Stéphane Richer n'a jamais vraiment eu l'appui de certains joueurs comme Steffen Ziesche, qui regrettaient Engelbrecht et restaient persuadés que Richer n'était pas l'homme de la situation. Le sera-t-il pour faire remonter une équipe qui sera bâtie dans ce but ?

 

 

Les clubs de 2e Bundesliga

 

Premier : Straubing. Cette saison historique ne fut pas toujours de tout repos. Le vétéran Andreas Lupzig, qui devait être le capitaine de l'équipe à 37 ans, s'est encore rompu les ligaments croisés dans un match de pré-saison contre Essen et a dû mettre un terme à sa carrière. Les Tigers ont alors engagé l'ancien grand espoir du hockey allemand Thomas Greilinger, mais entre une opération du genou et des problèmes de dos, il n'a pas joué un match de la saison. L'autre recrue attendue, c'était Peter Draisaitl, auréolé du titre d'entraîneur de l'année avec Bremerhaven : bilan, il s'est fait virer en cours de championnat...

Et pourtant, Straubing a poursuivi sa progression en obtenant la montée sur la glace, maîtrisant les play-offs grâce notamment à son gardien Mike Bales. Une nouvelle étape dans le développement du club, qui n'était pas encore au bout de ses peines, puisque la DEL a fixé de nouvelles exigences pour les promus, un "plan des 9000 points" (1 point pour une place debout, 2 pour une place assise, 1000 pour des écrans accrochés au toit, etc). Sitôt la finale achevée, les dirigeants se sont activement mis au travail pour atteindre la barre fatidique et ne laisser d'autre choix à la DEL que d'accueillir le nouveau club.

 

Deuxième : Bremerhaven. En 2002, le titre obtenu à la surprise générale avait failli couler le club, qui avait refusé la montée et s'était trouvé relégué un an plus tard. Aujourd'hui, la situation n'a plus rien à voir. Bremerhaven est dorénavant solidement géré, et sa montée en puissance ne doit rien au hasard. La demi-finale de l'an passé a été plus que confirmée.

La succession de Draisaitl était annoncée difficile, mais l'entraîneur letton Igors Pavlovs a parfaitement trouvé ses marques. Il n'a laissé personne remettre en cause la discipline qu'il souhaitait imposer, et il n'a pas hésité à renvoyer pour l'exemple Daniel del Monte, star offensive si paresseuse à l'entraînement. Avec quatre lignes au travail, Bremerhaven a dominé la saison régulière et a échoué de peu en finale. Peu après, le conseil municipal a voté la construction d'une nouvelle patinoire : la mutation est en cours pour bâtir un vrai club de haut niveau dans le port de la Mer du Nord.

 

Troisième : Schwenningen. Lugano est devenu cette saison le premier club européen à remporter une série après avoir perdu les trois premières manches. Cinq jours plus tard à peine, cet exploit était imité par Schwenningen contre Bietigheim. Un incroyable renversement de situation dû surtout à l'expérience de la ligne de Moger, de Junker et surtout du centre Wayne Hynes, qui a pourtant connu des hauts et des bas durant la saison dans son poids comme dans son jeu. C'est une autre ligne plus technique (Brezina-Whitecotton-Frosch) qui a survolé la saison régulière. Les Wild Wings avaient évidemment la meilleure attaque du championnat, mais leur défense n'a rien pu faire en demi-finale contre Straubing.

Le nouveau directeur sportif Petr Kopta aura eu besoin de consommer quatre entraîneurs (dont lui-même en intérim après en avoir viré un entre deux tiers-temps) pour arriver à ce résultat sportif satisfaisant. Financièrement, en revanche, le club a toujours du mal à discipliner sa gestion.

 

Quatrième : Dresde. Il y a quelques années, l'ancien directeur de la DEL Bernd Schäfer III (le prédécesseur encore plus controversé de Tripcke) avait pour stratégie de ne faire la DEL qu'avec des grandes villes, et il citait volontiers Stuttgart et Dresde comme des implantations de choix. Aujourd'hui, le club de Stuttgart vient de connaître une énième banqueroute (en Oberliga) et la nouvelle salle multi-fonctions de la ville semble plus loin d'y accueillir un club de haut niveau que jamais. Par contre, Dresde pourrait petit à petit devenir un candidat sérieux à la DEL, car s'il devenait champion dans les prochaines années, son dossier de montée bénéficierait sans doute d'un a priori favorable.

Les Eislöwen ont en tout cas réussi leurs débuts en 2e Bundesliga. Longtemps leaders du championnat, ils ont calé sur la fin mais sont allés en demi-finale. Cependant, leur réussite illustre aussi un retour en arrière problématique pour cette division : ils ont joué toute la saison à trois lignes, voire deux et demi, et ont devancé des équipes à quatre lignes. Il faudra logiquement attendre un peu pour être sûr que leur succès repose sur une progression de fond et non pas sur quelques étrangers de passage bien choisis.

 

Cinquième : Landshut. Les Cannibals sont justement une de ces équipes qui disposent d'un réservoir important. Le nouvel entraîneur Daniel Naud n'a pas joué à quatre lignes assez longtemps au goût des supporters, mais il s'appuyait sur trois blocs équilibrés pratiquant tous un jeu rythmé et attractif. Et ces lignes de titulaires comprenaient déjà des espoirs du club, en premier lieu Maximilian Brandl. Meilleur marqueur de la DNL la saison précédente, il a confirmé son talent précoce de buteur lors de sa première saison senior débutée à dix-sept ans. Les Kühnhackl, Truntschka ou Sturm ont peut-être un successeur, et la tradition formatrice de Landshut se poursuit.

Malheureusement, la deuxième place de la saison régulière n'a pas pu se concrétiser en play-offs. Le club de Basse-Bavière semblait souverain à domicile, mais privé sur blessure du défenseur canadien Chris Bélanger, il a perdu les deux dernières manches contre Dresde.

 

Sixième : Bietigheim-Bissingen. Caramba ! Encore raté... On a l'habitude chez les Steelers, toujours parmi les favoris et toujours loin du compte à l'arrivée. On ne peut pas dire que l'effectif n'était pas fort, il l'était plus que jamais, et la recrue Eric Schneider (ex-Crimmitschau) a fait un carton en devenant le meilleur buteur du championnat. Il a d'ailleurs été embauché par Hanovre en DEL. C'est dire si, dans la liste chaque année plus longue des échecs, celui de cette année, après avoir mené trois manches à zéro contre Schwenningen, restera le plus retentissant.

 

Septième : Regensburg. Du fait de son aisance technique, le défenseur d'origine tchèque Martin Ancicka est le joueur dominant de la 2e Bundesliga depuis longtemps. L'an dernier, il a obtenu un sésame supplémentaire, le passeport allemand. Très convoité, il a disputé une dernière saison avec Regensburg, et jouer au niveau inférieur ne l'a pas empêché d'être sélectionné aux championnats du monde. Ancicka rejoindra Mannheim, et il n'est pas le seul à partir. Les deux anciens joueurs de légende, l'entraîneur Erich Kühnhackl et le manager Jiri Lala, l'imitent.

Mais avant de s'en aller, Kühnhackl a délivré un message à ses dirigeants : le club ne pourra avoir un avenir en DEL - dont il a éliminé trois représentants en coupe - que s'il monte avec des finances saines et vierges de dettes. Quand on termine en déficit une saison de Bundesliga, on est déjà à la limite de ses possibilités. Il est nécessaire de consolider d'abord les acquis. Le potentiel est présent, surtout celui des spectateurs toujours aussi nombreux.

 

Huitième : Wolfsburg. Se faire mettre à la porte de la DEL pour un défaut de patinoire alors qu'on avait bâti une équipe compétitive, ce n'est pas facile à digérer. Reprendre pied en 2e Bundesliga a été compliqué. Wolfsburg a tout de même atteint les play-offs, l'objectif minimal nécessaire pour donner confiance aux sponsors et aux collectivités locales. C'était le signal qu'il fallait pour lancer le vrai démarrage du chantier. Les travaux de la nouvelle patinoire ont commencé, réellement, et plus seulement pour la photo.

 

Neuvième : Munich. L'entrée en deuxième Bundesliga aurait pu mieux se passer pour le promu. Le début de la saison a été difficile, et la dernière recrue Kris Goodjohn, qui tournait à un point par match en ECHL, n'a pas marqué le moindre but en six rencontres et a vite été écarté. Il manquait d'ailleurs un buteur à l'équipe bavaroise.

Cependant, la poule de maintien, assurée avec six victoires pour commencer, est passée comme une lettre à la poste. Le gardien Leonhard Wild, qui avait dû alterner toute la saison avec Vollmer, a alors brillé comme titulaire de plein droit. Si la place à ce niveau a été conservée, l'impact n'a pas du tout été celui escompté : la moyenne de spectateurs n'est pas montée d'un poil par rapport à l'Oberliga et reste toujours en dessous de la barre des quinze cents spectateurs.

 

Dixième : Kaufbeuren. Il faut bien avouer qu'on craignait le pire pour les hommes de Peter Ustorf. Ne pas remplacer le gardien Cinibulk (parti à Landshut) et faire confiance à ses deux doublures qui n'avaient presque pas joué, c'était un pari bien audacieux pour une équipe aux moyens déjà limités. Pourtant, le peu inexpérimenté Jochen Reimer (20 ans, jeune frère de l'espoir Patrick Reimer qu'il devrait rejoindre à Düsseldorf) a très bien tenu son rôle.

La remise à zéro des compteurs pour la poule de relégation, qui avait servi l'ESVK l'an dernier mais qui aurait pu se retourner contre lui, ne l'a pas non plus gêné, et le travailleur complet Nick Deschênes y a donné sa pleine mesure. Mais il ne restera pas, et le meilleur Allemand non plus : après avoir encore augmenté sa production offensive avec des partenaires de ligne différents, Martin Schweiger a attiré l'attention de la DEL via Duisburg.

 

Onzième : Weißwasser. Pendant que l'ex-Dynamo de Berlin installe sa domination sur le hockey allemand, l'autre ancien club de haut niveau "autorisé" de RDA vit des moments difficiles. À croire que le "dépeuplement de l'est" a déjà atteint les tribunes. Et il est en passe de toucher l'effectif...

Le meilleur marqueur Lars Müller, revenu l'an dernier après des pérégrinations aux quatre coins du pays, va de nouveau quitter son club formateur, malgré une mobilisation des supporters qui avaient recensé sur Internet 91 raisons pour qu'il reste (il porte le maillot n91). De son côté, Müller cite une seule raison pour son départ, la crainte de revivre une saison-galère. Pour l'ES Weißwasser, qui s'est fait refiler le déficit d'exploitation de la patinoire par la ville, les temps sont rudes, malgré le maintien qui entretient l'illusion.

 

Douzième : Essen. Les Moskitos ont encore été très actifs à l'intersaison, et ils se sont encore complètement plantés, à des années-lumière de leurs ambitions. Responsable tout trouvé, le responsable du recrutement Toni Krinner a été déchargé d'abord de son poste d'entraîneur puis de celui de directeur sportif (il est parti à Wolfsburg), remplacé par le Finlandais Jari Paisanen. Sa mission : sauver un club qui occupait la lanterne rouge au classement avec une défense catastrophique.

Il faut dire que les ligaments croisés du nouveau gardien très attendu Patrick Couture ont lâché à la troisième journée. Son remplaçant Éric Raymond a connu trop de mauvais soirs, et il a été remercié avant même la fin de saison car il ne jouait plus. C'est le jeune gardien Daniar Dshunussow, prêté par Berlin, qui a assuré la poule de relégation, conclue par un maintien in extremis.

 

Treizième : Fribourg-en-Brisgau. Une révolution culturelle a été entreprise à l'intersaison à Fribourg. Ce club, amateur depuis des années d'un hockey créatif à forte influence d'Europe de l'est, avait réorienté son recrutement, en partie par manque de moyens. Les recrues étaient des joueurs "stables", de ce mot autrefois honni dans la culture des supporters locaux et désignant des hockeyeurs joueur sans génie mais relativement constants dans leur travail défensif. Un moment, on crut que cette nouvelle voie serait un succès, car Fribourg avait effectivement une très bonne défense.

Mais lorsque l'on comprit que cela ne suffirait pas pour atteindre les play-offs, tout se détériora. Le meilleur marqueur Aaron Fox décida d'aller voir ailleurs, parti à Straubing après un long feuilleton. Le nouvel entraîneur Peter Obresa, dont le style autoritaire passait de moins en moins, fut viré. Or, le public avait fui depuis longtemps ce hockey contre nature, et les recettes aux guichets avaient plongé. Fribourg n'avait donc les moyens de recruter aucun sauveur, ni comme joueur ni comme coach (le directeur sportif Thomas Dolak passa derrière le banc). Et les recrues "stables" faisaient preuve de faiblesse mentale et d'indiscipline en poule de relégation. Trois ans après la DEL, Fribourg est tombé en Oberliga. Il changera de nouveau son fusil d'épaule, et après l'expérience nord-américaine ratée, ce sont les Lettons qui sont appelés à la rescousse pour remonter...

 

Quatorzième : Bad Tölz. Il a fallu subir de nombreux départs l'été dernier, y compris de joueurs formés au club, mais le public a gardé toute confiance en une équipe emmenée par un entraîneur du cru (Axel Kammerer, puisque Michael Komma était retenu en Autriche) et pratiquant un style physique comme on l'aime dans les Alpes bavaroises. Un style symbolisé par l'international polonais Adam Borzecki mais aussi par le junior Korbinian Holzer, qui a été l'Allemand drafté le plus haut par la NHL en fin de saison.

Ce club qui faisait partie des meubles dans cette 2e Bundesliga semblait capable de se maintenir une fois de plus. La poule de relégation commença d'ailleurs par deux victoires, avant que tout aille de travers. Alors que la plupart des blessés étaient enfin rentrés, l'international britannique Jeff Hoad laissait tomber ses partenaires parce que sa formation pour devenir policier au Canada devait commencer. Bad Tölz a donc vécu une relégation très frustrante.

 

 

Oberliga

Le club saxon de Crimmitschau a fait honneur à son statut de favori et a retrouvé la ferveur populaire en play-offs pour faire son retour en 2e Bundesliga après seulement un an de purgatoire, grâce à la constance de son gardien Markus Hätinen. C'est Landsberg qui l'accompagnera, après avoir réussi l'exploit d'enchaîner deux montées consécutives grâce à un bon flair dans le choix de ses étrangers nord-américains et à la coopération avec Augsbourg qui a prêté le gardien Dennis Endras, décisif. Car c'est aux tirs au but de la cinquième et dernière manche que le EC Hanovre a dû s'avouer vaincu, un véritable crève-cur pour son public qui assure une ambiance toujours sans égal. Il aurait tant voulu monter et quitter cette Oberliga "bâtarde".

Tout le monde sait que cette troisième division en poule unique est une hérésie, mais personne n'a la solution. La division se délite peu à peu au fil des dépôts de bilan, et plus personne ne veut y monter tant qu'elle ne sera pas divisée en poules géographiques. Mais il reste trop peu de clubs pour pouvoir mettre en place une répartition par groupes, et les fédérations régionales, maintenant qu'elles ont organisé es championnats performants de leur côté, n'ont pas envie de les mettre en péril en faisant partir des clubs vers cette Oberliga incertaine, coincée entre deux chaises.

Marc Branchu

 

 

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