Russie 2004/05 : bilan

 

Résultats du championnat russe

 

La Superliga russe rêve de concurrencer la NHL, mais elle le fait souvent en cherchant la voie de l'imitation et de la comparaison, ce qui ne fait que mettre en lumière ses carences. Cette saison aura ainsi surtout révélé les multiples points faibles de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le buf.

Le retour de la plupart des vedettes nationales n'a pas entraîné de flagrant regain de popularité. La moyenne des affluences a même baissé, en partie à cause des matches de la lanterne rouge Perm qui n'intéressaient plus personne du fait de l'absence de relégation. Même à Kazan, il y avait parfois des places vides pour voir évoluer une collection de stars qui rendrait envieux n'importe quel fan de la planète. Faut-il s'en étonner ? Si les entreprises sportives nord-américaines vendent un spectacle où la mise en scène est aussi sinon plus importante que le contenu, les clubs russes n'ont souvent que le hockey lui-même à vendre, et lorsque ce jeu est d'une rare pauvreté, non pas à cause du talent des joueurs mais en raison de la frilosité des entraîneurs, la désaffection se comprend. On a beau mettre tous les grands noms que l'on veut, ce n'est pas en montrant un hockey si défensif que la Superliga conquerra un nouveau public. Par conséquent, sa base de connaisseurs ne suffira jamais à lui assurer les recettes d'une franchise NHL, sans même parler du prix des billets, incomparable. Les clubs resteront dépendants des investissements des conglomérats et des pouvoirs publics locaux, donc d'une volonté politique qui peut éventuellement être fragile.

Les joueurs qui ont connu les conditions de travail occidentales ont été choqués en constatant à quel point le hockey russe est resté en arrière. À deux ou trois exceptions près, les infrastructures sont vétustes, et certains hôtels de province n'ont quatre étoiles que sur le papier. C'est sur ce point que la Russie a les plus gros progrès à faire, et plusieurs autres grandes patinoires modernes sont d'ailleurs en projet. Mais il y a quelque chose qui ne changera jamais, c'est que les villes industrielles russes ne feront jamais rêver. Magnitogorsk ne sera jamais glamour ! Ceci dit, Pittsburgh non plus, et aucune capitale sidérurgique ne peut avoir cette prétention... Pour les joueurs pros, il est parfois difficile de profiter des attraits d'une ville, quand ils existent. C'est quand même un comble d'habiter à Saint-Pétersbourg et de ne même pas avoir le temps d'aller à l'Ermitage...

Car ce qui a le plus gêné les joueurs habitués à l'autonomie laissée outre-Atlantique, c'est la persistance du système de "basa", que seuls certains entraîneurs étrangers ou ayant évolué "à l'ouest" sont prêts à abandonner. Bien sûr, on ne passe plus des mois loin de sa famille comme au CSKA à l'époque soviétique, et les regroupements obligatoires à la base consistent principalement en un genre de "mise au vert" la veille du match. Sauf que, lorsqu'on joue tous les trois jours, on ne dort pas beaucoup de nuits chez soi avec ce genre de logique. Et que le terme de "mise au gris" serait plus approprié vu l'état des installations des clubs. Ak Bars a même vite déménagé dans la basa du club de foot local pour ne pas infliger à ses stars des conditions d'accueil d'un autre âge.

L'autre point qui a le plus gêné ceux qui découvraient ou re-découvraient le championnat russe, c'est le niveau de l'arbitrage, qui manque de constance et est parfois ouvertement accusé d'être acheté. La politique de répression de la PHL, qui est la seule ligue à suspendre aussi fréquemment un arbitre après une erreur importante, n'y change rien. Car la ligue a elle aussi quelques wagons de retard sur ses homologues occidentales. Sa communication est très limitée, et elle ne sait même pas publier des statistiques détaillées.

Quant à l'effort contre le dopage, il est insuffisant, alors que des rumeurs persistantes faisaient état que certaines pratiques douteuses auraient aussi été importées cette saison. Les contrôles n'ont commencé qu'à la dernière journée de la saison régulière. Il faut dire qu'auparavant, ils n'étaient effectués qu'à partir des demi-finales. Malgré leur faible nombre, ils ont déjà eu des résultats, puisque trois ans après Chupin et Kudermetov (dont le test positif avait eu pour toute conséquence le licenciement du médecin d'Ak Bars), c'est Maksim Kondratiev, le défenseur du Lada, qui s'est fait pincer (éphédrine). Ceci dit, peu de contrôles, c'est déjà mieux que pas du tout, et pour l'instant, c'est donc le seul domaine où la Superliga soit en avance sur la NHL...

 

Premier : Dynamo Moscou. Après quatre ans de domination provinciale, une équipe de la capitale est redevenu champion, et c'est toujours la même. Le Dynamo est le club moscovite qui a le mieux su gérer la transition post-soviétique. Alors qu'on dit souvent que les prestigieuses écoles de hockey moscovites sont sinistrées, il continue pour sa part à former de véritables artistes. La classe technique de Maksim Afinogenov et l'enthousiasme juvénile d'Aleksandr Ovechkin sont un régal pour les yeux, dont on ne peut être que redevable au Dynamo.

Après avoir nettement dominé la saison régulière, le Dynamo Moscou, bien qu'il ait l'équipe la plus solide et la plus constante, n'était pas à l'abri d'un faux-pas en play-offs. Après tout, il avait bien réussi à prolonger son incroyable série d'échecs européens en perdant contre Zvolen en Coupe Continentale... Mais, avec à la fois un système défensif bien en place et une pléiade d'individualités capables de faire la différence, il avait tous les atouts de son côté. De plus, Vitali Eremeïev, le gardien du Kazakhstan, a réalisé une saison magistrale.

Les Moscovites ont abordé les play-offs sans vraie première ligne, mais le trio Kharitonov-Datsyuk-Mirnov s'est imposé en cours de route. Pavel Datsyuk a ainsi été distingué comme l'indiscutable joueur russe de l'année, le plus complet dans son jeu. Andreï Markov, en club comme en sélection, a lui aussi démontré qu'il était le meilleur défenseur russe actuel. Bref, le Dynamo a fait les bons choix, et les dirigeants de la fédération l'ont reconnu en appointant son entraîneur Vladimir Krikunov comme sélectionneur national, un poste qui était vacant à quelques semaines des Mondiaux. Reste à savoir si le titre pourra rester à Moscou car les départs seront nombreux cet été. L'attaquant tchèque Pavel Rosa, qui a longtemps mené le classement des marqueurs, a prolongé pour deux années supplémentaires et devrait être le pilier du nouveau défi : devenir - enfin - champion d'Europe.

 

Deuxième : Lada Togliatti. Dans le cas "le hockey sur glace contre Piotr Vorobiev", la parole est au ministère public... "Votre honneur, vous savez le soin tout particulier que j'attache au choix des mots justes. Vous comprendrez donc que je ne parle pas à la légère en affirmant ceci : cet homme n'est ni plus ni moins qu'un assassin. Sa victime, c'est feu le hockey russe, celui qui suscitait l'admiration du monde entier et qui faisait la part belle au mouvement, à la créativité et à l'inspiration offensive. Avec son système qui cherche à annihiler la notion de risque, cet homme a aseptisé le jeu, jusqu'à rendre ce terme même de jeu impropre étymologiquement. Et comme chez tous les tueurs de sang-froid, le sens moral est si absent chez lui qu'il tire une fierté non dissimulée de ses crimes. Mais chacun sait qu'il est plus facile de détruire que de construire, et il n'y a aucune raison d'éprouver la moindre fascination pour ses calculs machiavéliques ou pour ses forfaits perpétrés soi-disant avec une précision scientifique. Car le crime parfait n'existe pas, et son bilan le prouve. Il veut se faire passer pour la voix de la raison, celui qui possèderait les clés de la victoire. Mais qu'a-t-il gagné, cet exploiteur de la misère ? Rien ! C'est un brigand à la petite semaine, qui n'aura jamais l'audace de réussir le grand coup. Il est bouffi d'arrogance et prétend faire la leçon aux partisans du hockey offensif, mais eux au moins ont le sens de l'intérêt général de notre sport, qui est d'offrir un spectacle agréable. Et il leur en faut, du courage, pour résister à la tentation de la facilité qu'incarne plus que quiconque le jeu attentiste de Piotr Vorobiev. Même le Lada comprendra un jour combien il est nuisible. Car pour tout butin, il n'a ramené à Togliatti que des places d'honneur. Vu la façon dont elles ont été acquises, on devrait plutôt dire des places de honte..."

La parole est à la défense... "Que reproche-t-on au juste à mon client ? D'être un honnête employé dévoué ? Voilà qui serait le comble... C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Mon client ne fait que remplir la mission qui lui a été confiée. C'est un professionnel, un vrai. Lui a-t-on demandé de faire plaisir aux spectateurs ? Non, et la patinoire de Togliatti est de toute façon trop petite pour accueillir un public friand de grand spectacle. Les vrais initiés, eux, savent de toute façon apprécier le travail bien fait. Mon client n'a de comptes à rendre qu'à ses employeurs. Et ceux-ci sont satisfaits de ses résultats. La compétence est-elle un crime ? Je ne le crois pas. C'est un manager qui sait tirer le meilleur de ses hommes. Quand il a des individualités de la qualité de Viktor Kozlov et Dainius Zubrus, il les laisse prendre des initiatives. Mais doit-il laisser le moindre sous-fifre mettre en danger toute l'entreprise en prenant des risques inconsidérés ? Ses collègues ne rêvent en cachette que d'une chose, mettre en place un système défensif aussi performant. Mon client doit-il s'excuser d'avoir réussi mieux que les autres ? Ce sont eux qui devraient se remettre en question, pas lui. Car il maîtrise parfaitement son métier, y compris les pratiques managériales employées dans le reste de l'Europe. Il connaît les tendances et n'a de leçon à recevoir de personne sur son ouverture d'esprit. L'argument du courage est tout aussi grotesque. Croyez-vous qu'il n'en a pas pour subir les critiques inlassables des profanes ? Quant à son apport au bien commun, il n'a pas à s'en justifier. Mais demandez aux attaquants qu'il a formés, Aleksandr Semin ou bien le Grigorenko d'avant l'accident, ce qu'ils lui doivent. On ne reconnaît pas assez ses mérites. Et à Yaroslavl, c'est lui qui avait effectué le travail du fond pour transformer le Lokomotiv en machine à gagner. Ensuite, c'est un étranger qui en a retiré les lauriers à sa place. Ce sont des hommes comme lui dont notre pays a besoin. Au lieu de le fustiger, on devrait lui décerner l'ordre national du mérite."

Accusé Piotr Vorobiev, levez-vous ! Le lecteur de ces lignes a délibéré et va rendre son verdict...

 

Troisième : Lokomotiv Yaroslavl. Ses entraîneurs successifs ont laissé leur patte au Loko, et Kari Heikkilä a suivi cette tradition en lui donnant de nouveau un style identifiable. Son influence a été sensible car son équipe est devenue, tout en gardant une touche russe, une formation typiquement finlandaise. C'est-à-dire une équipe très homogène où les quatre lignes fonctionnaient de la même façon et présentaient des automatismes parfaits, avec des joueurs parfaitement fondus dans cet équilibre général. Même l'unique star recrutée en fin de saison, Alekseï Yashin, s'est intégrée sans problème dans ce collectif bien régenté qui fonde son succès sur une exigence collective et une condition physique sans faille.

Néanmoins, ce système très directif ne s'est pas imposé sans heurts. Heikkilä a marqué son territoire, quitte à être plus royaliste que le roi en dépassant les entraîneurs russes en sévérité. En rentrant en conflit avec le chouchou du public Andreï Kovalenko, meilleur joueur du championnat lors des titres de 2002 et 2003, puis en le forçant à partir à Omsk pour ne pas végéter en réserve, le Finlandais a pris un gros risque, celui de s'aliéner le public. Et l'autre idole locale, l'international Vladimir Antipov, a déclaré après la demi-finale qui ne souhaitait plus travailler avec Heikkilä. Des propos qui ont été repris dans tous les médias locaux, et qui ont eu pour conséquence qu'il a été retiré de l'effectif qui a remporté la troisième place, un podium de plus pour un Loko toujours bien posé sur ses rails.

 

Quatrième : Avangard Omsk. Malgré les pétrodollars de Roman Abramovich, le champion en titre a été plus sobre dans le recrutement que la plupart de ses concurrents, et cela ne l'a pas empêché d'être champion d'Europe et de redonner le parfum de la victoire à la Russie. L'Avangard Omsk a joué la stabilité, avec sa ligne Zatonsky-Prokopiev-Sushinsky qui a encore été la meilleure du championnat, et s'est contenté de récupérer les indésirables d'autres clubs, comme Kovalenko et Nazarov. Il a tout de même fini par prendre deux joueurs pour se renforcer. L'un est Norm Maracle, le Canadien qui a pris sa revanche sur sa défaite dans le duel de portiers de la finale de l'année dernière face à Maksim Sokolov en venant piquer au n1 de la sélection russe sa place de titulaire dans son propre club. L'autre est la star Jaromir Jagr, qui a forcément attiré l'attention, mais n'a pas suffi en play-offs. Omsk avait construit son succès sur son collectif offensif et n'a pas pu le répéter en misant trop sur un seul joueur.

Certes, l'Avangard a remporté un incroyable quart de finale contre Magnitogorsk après avoir perdu les deux premières manches, exactement comme en finale l'an passé. Mais il a fini par craquer en demi-finale, broyé par le rouleau-compresseur du Dynamo, en particulier avec une historique déroute 11-0 dont il ne s'est jamais remis. Omsk a fini sur les rotules. Il faut se rappeler que l'entraîneur Valeri Belousov a tourné essentiellement à trois lignes pendant presque toute la saison. D'abord par choix, parce que le début de saison sans les internationaux puis la blessure de Maksim Sushinsky (devenu quand même meilleur marqueur du championnat) avaient handicapé l'Avangard qui se sentait alors obligé de cravacher pour se qualifier pour les play-offs, comme déjà la saison dernière. Et ensuite à cause d'une profondeur de banc limitée. Car entre-temps, l'infirmerie s'était remplie, notamment avec l'essentiel défenseur Oleg Tverdovsky. Une seconde saison de suite aussi astreignante avait épuisé la majorité de l'équipe.

 

Cinquième : Metallurg Magnitogorsk. Après le nouvel échec contre Omsk, l'entraîneur Marek Sykora en a tiré les conséquences en donnant sa démission. Sur le plan du jeu et de la qualité de l'équipe, il n'y a pas à être déçu, mais cette expérience tchèque qui s'achève (avant qu'une autre ne commence, inédite car canadienne) n'aura pas amené les résultats escomptés. En plus, l'hépatite contractée par Patrik Elias aura été l'occasion pour la presse nord-américaine de décrire la Russie comme un pays du tiers-monde aux conditions sanitaires déplorables. C'était le dernier malheur de la saison, après ceux survenus à Sergueï Gonchar. Après avoir perdu connaissance sur une charge du fougueux Ovechkin, qu'il n'avait pas vu venir et dont il a pris l'épaule en pleine tête dans un choc effrayant, il a été re-blessé en quart de finale par Kirill Koltsov. Mais s'il a pardonné à l'espoir du Dynamo, dont la mise en échec était effectuée correctement et sans intention de nuire, il n'en va pas de même avec le défenseur d'Omsk qui ne s'est même pas excusé et pour lequel il a eu ces mots cinglants : "Apparemment, en Russie, tous ne sont pas encore devenus professionnels".

Une grande erreur de la saison, reconnue par Sykora, a été le retour d'Andreï Razin. L'ancienne vedette qui avait quitté Magnitogorsk de manière houleuse en 2001 est revenue en novembre après un échec à Omsk. L'invitation d'un joueur d'expérience à ce poste de centre où dominaient deux espoirs, Evgueni Malkin et surtout la véritable révélation de la saison Alekseï Kaïgorodov, paraissait une bonne idée. Malheureusement, il s'avère que le jeu très précis mais lent de Razin est de moins en moins adapté au rythme du hockey moderne. Appartient-il à une espèce en voie de disparition, celle de ces joueurs de l'est dont les seules qualités techniques, même exceptionnelles, ne suffisent plus pour s'imposer dans le hockey international ?

 

Sixième : Ak Bars Kazan. La victoire programmée à l'avance, cela ne marche pas. Vladimir Vujtek n'a pas supporté le poids psychologique liée à cette obligation impérieuse, et il a démissionné après un mois de championnat pour rentrer dans son pays. Son diagnostic d'alors ("Il m'a semblé que dans cette équipe il y avait quelques virtuoses, mais qu'il n'y avait personne pour porter le piano") a été la leçon de toute la saison de Kazan. Et cette phrase s'appliquera d'ailleurs aussi au Sparta Prague que Vujtek éliminera avec son Vitkovice en quart de finale de l'Extraliga tchèque. Le seul entraîneur qui pouvait assumer la pression de ce poste d'entraîneur d'Ak Bars, quitte à le soustraire à sa tâche de sélectionneur national, c'était Zinetula Bilyaletdinov, qui avait l'avantage d'être tatar et dont l'implication ne souffrait donc pas le moindre doute.

Au lieu de retenir les conclusions de Vujtek, les dirigeants ont continué à recruter des pianistes prodiges, jusqu'à la caricature. Les stars affluaient à chaque période de transferts, pour parfois repartir seulement deux mois plus tard, comme Nikolaï Antropov, le joueur de NHL du Kazakhstan. La surenchère n'a fait qu'empirer les choses. Car les seules recrues dignes des attentes ont été celles qui étaient là dès la première journée, Alekseï Morozov et le gardien canadien Fred Brathwaite. Le petit prince Ilya Kovalchuk s'est plaint de l'entraîneur à cause de son faible temps de jeu, et avec cet état d'esprit il ne sera jamais un grand joueur. Il restera condamné à être une starlette d'équipes qui peuvent se permettre de tourner autour d'un ou deux joueurs, comme chez les juniors ou avec les Atlanta Thrashers, mais son ego sera rédhibitoire pour qu'il partage les responsabilités au sein de formations réellement ambitieuses. Il n'a pas été le seul à se planter. Dany Heatley a été bien présent, mais les vainqueurs de la Coupe Stanley n'ont pas justifié le retour sur investissement : Nikolaï Khabibulin n'a pas vraiment pu déboulonner le titulaire Brathwaite ; Brad Richards a touché 600 000 dollars pour ne jouer que sept matches avant de réveiller une blessure au quadriceps née l'an dernier ; Vincent Lecavalier (comme le capitaine de la sélection russe Alekseï Kovalev) a été inconstant malgré quelques beaux buts. Quant à l'unique déménageur de pianos, à qui on hésiterait toutefois à confier un instrument de musique fragile, Darius Kasparaitis, il s'est montré inutile sur une grande glace, où il ne peut pas "sentir la respiration de son ennemi" selon ses propres mots. Il a même été écarté de l'effectif pendant plusieurs rencontres, officiellement pour un rhume. Bilyaletdinov a souvent modifié ses lignes mais n'a jamais trouvé la bonne formule pour faire jouer les virtuoses à quatre mains.

Que reste-t-il à Kazan maintenant que s'est envolé le rêve millénariste de titre ? Le manager général Viktor Levitsky, qui travaillait au club depuis 1984 avec deux petites interruptions, a endossé le rôle du coupable en remettant sa démission puisqu'il a failli à sa mission. Celui qui a longtemps été le capitaine d'Ak Bars, le défenseur Dmitri Balmin, a demandé à partir à Nijnekamsk puisqu'il ne trouvait plus de place dans l'effectif dont il était un pilier depuis 1987. Après son départ, il ne restera plus le moindre joueur formé au club si Arkhipov retourne en NHL. Voilà le bilan de la folie des grandeurs tatare : un gigantesque gaspillage financier et un immense gâchis humain.

 

Septième : Metallurg Novokuznetsk. Au vu de son bilan médiocre (10 matches, 0 point, 20 minutes de pénalité), on a vite laissé partir Andreï Nazarov. Il a été ensuite recruté par Omsk où il s'est fait surtout remarquer en quittant le banc lors d'une rencontre à Yaroslavl pour provoquer une bagarre générale et battre tous les records de pénalité pour un match en Russie (322 minutes). Avec lui, c'était l'unique joueur de NHL de l'effectif qui partait, mais aussi la seule anomalie de l'équipe. Le Metallurg Novokuznetsk pouvait alors coller à nouveau à son image de hockey propre et esthétique. Un beau jeu annihilé sans le moindre scrupule en quart de finale par l'impitoyable Lada Togliatti de Piotr Vorobiev.

N'allez pourtant pas vous imaginer que tout soit si rose à Novokuznetsk. Selon les joueurs, c'est là que l'arbitrage est le plus partial en faveur des locaux. Le public y est chaud, et on a même vu un spectateur faire irruption sur la glace (sans faire de dégâts sinon une amende pour le club). Certaines pratiques des dirigeants sont contestables, et on y fait par exemple payer aux journalistes leur accréditation (1500 roubles, une somme faible mais un principe douteux). Et l'entraîneur Nikolaï Soloviev, qui a su allier deux ans de suite qualité de jeu et qualification en play-offs, est parti pour Saint-Pétersbourg en même temps que le directeur sportif Oleg Gross. Un délit de fuite avec préméditation, selon les dirigeants du Metallurg. Ceux-ci ont tenté d'empêche ce départ en promettant à Soloviev de doubler le budget la saison prochaine pour le porter à onze millions d'euros, soit les mêmes moyens qu'on lui avait promis au SKA, mais il était trop tard. L'entraîneur fatigué d'attendre n'y croyait plus.

 

Huitième : Neftekhimik Nijnekamsk. Difficile de savoir si le "petit frère" de Kazan, qui fait presque aussi bien avec beaucoup moins de moyens, aura un jour le droit d'avoir des plans d'avenir. Pendant que les autorités tatares dotent Ak Bars d'un budget pharaonique et s'apprêtent à lui construire une enceinte ultramoderne, Nijnekamsk doit se contenter de sa petite salle de deux mille places, construite en à peine cinq mois il y a dix ans au début du plan de développement des patinoires au Tatarstan. Pas de quoi se permettre de grandes ambitions à long terme. Le Neftekhimik est traité comme quantité négligeable par les grands clubs, et son ex-entraîneur Vladimir Krikunov, passé au Dynamo, a manqué de classe en déclarant juste avant le quart de finale qui allait l'opposer à son ancienne équipe qu'il convoitait son meilleur marqueur, le jeune international biélorusse Mikhaïl Grabovsky.

Même s'il évoluait parfois sur un autre trio, celui-ci formait le plus souvent la première ligne avec Maksim Kraev et la révélation de l'année Alekseï Simakov, le plus petit joueur du championnat avec 1m67. Et voilà qu'on annonce qu'Ak Bars, toujours aussi glouton dans sa frénésie de recrutement et peut-être vexé des résultats du voisin, veut récupérer l'entière première ligne de Nijnekamsk, qui n'a pas son mot à dire puisque servir Kazan est un impératif patriotique. À ce moment-là, le Neftekhimik vient de battre un record de la Superliga en enchaînant quatre matches sans victoire. On se dit que, cette fois, il ne pourra pas faire l'intrus en play-offs. Et pourtant... Simakov est finalement le seul attaquant à partir, mais il est accompagné de l'arrière Guennadi Razin. En compensation, Ak Bars prête Platonov et Drozdetsky. Le Neftekhimik se débrouille très bien avec les joueurs dont les panthères ne veulent plus. Aleksandr Drozdetsky revit avec cinq buts dans les trois dernières journées, plus que pendant trois quarts de saison à Kazan. Grâce à une bonne défense, grâce au gardien vétéran Sergueï Zvyagin qui est devenu international russe à 34 ans (!), Nijnekamsk a accédé pour la seconde fois consécutive aux séries finales. Si les huit qualifiés sont les mêmes que l'an dernier, cela ne doit rien au hasard.

 

Neuvième : Khimik Voskresensk. Le temps d'adaptation lors du retour dans l'élite étant passé, le Khimik pouvait passer pour un légitime candidat aux play-offs cette année. Mais, sans égaler leur record de la saison dernière, les dirigeants se sont encore perdus dans de multiples changements pas toujours judicieux. Le ratage le plus sévère a eu lieu dans les cages. Comme Peteris Skudra avait réalisé un début de saison assez faible, ils ont été recruter Manny Legace. Le gardien des Detroit Red Wings a sauté sur le contrat sans s'être proprement entraîné et est vite reparti de Russie avec des statistiques pitoyables (77% d'arrêts). Mais Voskresensk a surtout été en panne de buteur. Andrei Potaïchuk, si prolifique en SM-liiga, a été viré pour mieux être rappelé quelques jours plus tard quand Marinichev est devenu entraîneur, mais il a toujours aussi rarement trouvé le chemin des filets. Sergueï Brylin, ce joueur qui avait laissé un souvenir très discret au CSKA et qui rentré au pays dix ans plus tard en étant le premier joueur de Superliga à avoir remporté trois Coupes Stanley (avec New Jersey), n'a pas fait beaucoup mieux. Bref, le meilleur joueur et meilleur marqueur du Khimik a encore été le vieux Valeri Kamensky.

Un seul autre joueur - lui aussi pur produit du club - aurait pu le concurrencer. Il s'agit de Vyacheslav Kozlov. Mais il a cédé aux mirages tatars en février après avoir fait annuler son contrat. Il s'est servi d'une clause qui paraît archaïque dans un environnement professionnel et qui est pourtant assez fréquente dans les contrats en Russie : le droit de quitter le club en cas de changements dans le staff technique. En l'occurrence, l'entraîneur Yurzinov jr et le manager Yakovenko avaient effectivement été licenciés... en octobre. Mais la clause a été utilisée avec une mauvaise foi non dissimulée. Car c'est en février que Kozlov a manifesté l'envie de s'en aller, et pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec l'identité des membres de l'encadrement. Il a tout simplement été appâté par les promesses d'or de Kazan, qui a alors versé une somme d'argent au Khimik pour que celui-ci ne dénonce pas ce départ comme illégal. Même le meilleur joueur formé à Voskresensk de l'histoire, Igor Larionov s'est dit choqué par le comportement de Kozlov, son ex-coéquipier à Detroit, dont il a qualifié la fuite de "coup de poignard dans le dos" de Voskresensk, alors en course pour les play-offs. On ne peut pas dire pourtant que Larionov soit très tendre en général avec les clubs russes, dont il estime qu'ils jettent de l'argent par les fenêtres en donnant des millions à des joueurs pendant que les entraîneurs formateurs sont payés quelques kopeks. Il qualifie d'absurdité économique le système de la Superliga où les clubs sont le jouet de quelques magnats politiques ou financiers, qui brûlent de l'argent sans que le hockey ne génère de recettes correspondantes.

 

Dixième : CSKA Moscou. Les années se suivent et se ressemblent au CSKA, encore une fois trop juste pour atteindre les play-offs. Le gardien tchèque Jiri Trvaj n'a pas fait oublier son compatriote Dusan Salficky. Le n2 Aleksandr Fomichev, revenu hors de forme d'une coupe du monde suivie depuis les tribunes, non plus. Malgré deux lignes offensives de haute qualité, les Moscovites étaient trop faibles défensivement pour atteindre leurs objectifs. Et le fait qu'Aleksandr Frolov ait été revendu au Dynamo alors que l'élimination des play-offs n'était pas encore consommée est un signe de défiance. Même les dirigeants n'y croyaient plus.

Autant dire que Vyacheslav Bykov a passé une saison difficile. Il a été critiqué de toutes parts. Par ses joueurs tout d'abord, avec le centre Andreï Nikolishin qui déclare qu'il est nécessaire de se concentrer un peu plus sur le jeu défensif au lieu d'être fasciné uniquement par l'attaque. Par ses collègues ensuite, puisque Piotr Vorobiev s'est moqué de ce jeune freluquet dans le métier qui prêche un naïf discours offensif et perd des rencontres alors qu'il mène au score, ce qui est interdit à tout entraîneur moderne. Et enfin par son maître et prédécesseur, car Viktor Tikhonov a perfidement affirmé que seuls le Dynamo, Kazan et Omsk avaient un effectif supérieur à celui du CSKA. Il n'est pas facile dans le hockey russe d'être un jeune entraîneur avec des idées fraîches...

 

Onzième : Severstal Cherepovets. Le lièvre avait commencé le championnat en grande pompe, victoire après victoire. Mais le lièvre était vieux, usé et fatigué. Il avait le poil terne et la queue basse. Et surtout, il avait perdu l'envie de ses vertes années. Cette équipe de trentenaires s'est donc laissée mourir, abandonnant à son sort son gardien tchèque Dusan Salficky. L'atmosphère de maison de retraite a tellement lassé les dirigeants du club qu'ils ont opéré un changement de cap radical. Pour la saison prochaine, ils ont engagé comme entraîneur Vladimir Plyushchev, célèbre adepte du jeunisme à tout crin.

Ce n'était pas une raison pour traiter avec aussi peu de considération Sergueï Mikhalev, qui n'a pas eu le droit à des adieux décents après tout ce qu'il a fait pour le club, lui qu'on est allé rechercher il y a un an. Tout ce qu'il demandait, c'était de rencontrer l'ensemble du staff afin de faire un petit bilan de son travail à Cherepovets et d'analyser les raisons de son échec dans cette dernière saison. Mais sa requête a été rejetée.

 

Douzième : SKA Saint-Pétersbourg. Le meilleur marqueur de l'histoire soviétique, Boris Mikhaïlov, est aujourd'hui devenu l'entraîneur d'une des équipes les plus défensives de la Superliga. Elle donne rarement l'occasion d'être remarquée, et un seul joueur s'y est distinguée, le gardien Andreï Mezin. L'international biélorusse, qui semblait quasiment fini après notamment une saison comme n3 à Kazan, s'est imposé comme titulaire face à Snow puis - lorsque ce dernier est rentré outre-Atlantique pour raisons privées - face à Korhonen. Il est revenu à son meilleur niveau, celui des JO de Salt Lake City. Et après d'excellents championnats du monde, voilà qu'il reçoit des propositions de contrat de toute l'Europe.

Pour le reste, le SKA a comme d'habitude mené une vie bien tranquille, pour ne pas dire ennuyeuse, dans le ventre mou du classement. Le départ d'Aleksandr Khavanov a bien provoqué quelques remous, puisque, dégoûté par la vie en "basa", il a déclaré qu'il ne rejouerait plus jamais dans le championnat russe (quelques semaines plus tard, il signait au Dynamo...). Et il a eu un autre joueur de lock-out qui a brièvement mis de l'animation. Il s'agit du maître du palet Michael Nylander, dont tout le monde s'est demandé ce qu'il venait faire à Saint-Pétersbourg, le fait que son frère y avait joué il y a quelques années n'étant pas une excuse. Il n'est pas resté longtemps. Après avoir découvert le peu d'ambition du SKA, il s'est finalement empressé de signer - comme toute star digne de ce nom - à Kazan... En errant de club en club en Finlande et en Russie, tout ça pour ne pas payer d'impôts en rentrant dans son pays, Nylander s'est discrédité cette saison. Adieu l'artiste, puisqu'il n'est même plus appelé en sélection.

 

Trezième : Salavat Yulaev Ufa. Rafaël Baïdavletov, le premier ministre de la République autonome de Bashkirie, s'est proclamé président du club fin septembre. Il faut peut-être voir là une raison pour laquelle le club s'est assez peu fait remarquer par rapport à la saison précédente où il avait été soupçonné de contrecarrer les intérêts de la sélection nationale. En bon homme politique, il a sans doute veillé à polir l'image du club et a lui donner une parfaite respectabilité. Le seul classement qu'Ufa a mené en tête, c'est d'ailleurs celui des meilleures conditions d'accueil dans un sondage effectué auprès des joueurs. Les deux hôtels de luxe de la ville ont fait la différence.

Pour le reste, la saison s'est déroulée sans évènements notables. Bien sûr, il y a bien eu du mouvement pendant les périodes de transferts, mais c'est le contraire qui aurait paru louche. Parmi les arrivées à signaler, celle d'Igor Grigorenko. Prêté par Togliatti où il ne trouvait plus sa place car il n'avait pas retrouvé son niveau d'avant l'accident, il a été le meilleur joueur du Salavat Yulaev. Si le fait d'avoir aidé à relancer la carrière brisée de l'ancien espoir est certainement bénéfique pour montrer que la Bashkirie aide le hockey russe, continuer à faire confiance à des gardiens russes aurait aussi pu l'être. Mais Ufa a cédé à son tour à la mode en engageant le premier portier étranger de l'histoire du club, Joni Puurula, un Finlandais pas franchement convaincant. Car le manque de gardiens de bon niveau de la Russie ne va faire qu'empirer s'ils ne sont plus titulaires en Superliga... Mais ce qui a surtout manqué au Salavat Yulaev, c'est un ou des buteurs. Car elle a la troisième équipe du championnat au niveau du nombre de tirs cadrés, mais la quatrième plus mauvaise pour ce qui est des buts marqués. Cette saison décevante a donc abouti au recrutement d'un nouvel entraîneur en février. Sergueï Gersonsky est arrivé d'Omsk où il était directeur sportif et où ses quelques mois comme coach s'étaient plutôt mal passés.

 

Quatorzième : Sibir Novossibirsk. La suppression de la relégation était censée permettre au club de travailler sur le long terme au lieu de privilégier les résultats immédiats en permettant aux staffs d'éviter la pression du licenciement. Jugez-en plutôt. Le manager Golubovich a viré son vieil ami entraîneur Semenov après quatre matches, mais au bout d'un mois c'est lui-même qui a été mis dehors. Le défenseur international Karpovtsev a quant à lui fait ses valises puisqu'il était venu pour un entraîneur et qu'il devait évoluer sous les ordres d'un autre. Celui-ci, Sergueï Nikolaïev, a démissionné début février en raison de problèmes de santé dans sa famille, et Vladimir Yurzinov junior est arrivé. Pour ce qui est des joueurs, le Sibir s'est rapidement débarrassés de ses joueurs les plus payés, Antipin et les Koreshkov (les frères ont été réembauchés dès le lendemain par le Severstal, où il ne sont restés guère plus d'un mois avant d'être de nouveau virés).

Dans la troisième ville de Russie par sa population, le Sibir a le désavantage d'avoir la concurrence de presque tous les sports collectifs, maintenant que le club de football local a retrouvé l'élite. Pour l'instant, il réussit à maintenir la meilleure moyenne de spectateurs, derrière Yaroslavl, même si l'ambiance était beaucoup moins passionnée que les saisons précédentes

 

Quinzième : Spartak Moscou. Les supporters spartakistes ont copieusement sifflé Ilya Kovalchuk à chacune de ses venues à Sokolniki, parce qu'il avait préféré l'argent tatar au retour dans le club qui l'a révélé (même s'il a été initialement formé à Tver). Mais ils ont découvert que, des enfants gâtés, il y en a beaucoup dans le hockey russe. Par exemple Fedor Fedorov, que le club a été obligé de lâcher au Metallurg Magnitogorsk parce que le pauvre petit a tellement l'habitude des play-offs que ne pas les jouer risquerait de nuire à son rythme et à son développement de carrière, selon les arguments de son père. Heureusement, celui-ci n'a pas exigé que son fils cadet soit envoyé chez un demi-finaliste quand Magnitka s'est fait éliminer en quart de finale...

Comme la relégation a été supprimée, le Spartak ne risquait rien, mais il voulait quand même éviter les deux dernières places parce qu'il a sa fierté. Il n'y est pas parvenu. Et l'entraîneur Sergueï Shepelev, qui avait refusé un poste d'adjoint en sélection pour se consacrer exclusivement à son club, s'est fait virer à la fin de saison. Maintenant, on promet un rajeunissement, car il y a des joueurs de qualité dans l'équipe-réserve. Espérons que ce soit vrai, car avec son effectif actuel, le Spartak n'ira nulle part.

 

Seizième : Molot-Prikamie Perm. L'entraîneur Valeri Postnikov ne semble pas considérer que la discrétion est une vertu chez un promu, puisque, dès les premières rencontres dans l'élite, il a qualifié trois arbitres de "loups-garous en tenue rayée". Pour renforcer ces soupçons, la première victoire de Perm, à la onzième journée, était aussi le premier match de Superliga inclus dans le système d'échange d'arbitres de l'IIHF, et c'est donc un Slovaque, Rudolf Lauff, qui dirigeait la partie. Cependant, s'emporter contre le corps arbitral n'est pas bon pour la santé. Postnikov a perdu connaissance après une hémorragie interne et a dû être hospitalisé. Oleg Savchuk a alors dû le remplacer au pied levé, ce qui lui a valu d'obtenir finalement un contrat de deux ans.

Mais si c'était l'arbitrage qui expliquait la position du Molot, ça se saurait. Perm est tout simplement largué en Superliga, et on ne sait pas quand il en aura le niveau. Son effectif est insuffisant, et ses moyens sont limités. Les joueurs se sont même mis en grève fin décembre en raison de salaires impayés, et c'est l'équipe junior qui a été alignée durant trois journées. Les trois défaites ont été un peu plus lourdes qu'à l'accoutumée, sinon on n'aurait presque pas vu la différence.

 

 

Et en Vysshaya Liga...

Ce sont deux drôles de promus qui monteront en Superliga l'an prochain. Le HK MVD Tver est un club nouvellement créé par la police dans la ville natale d'Ilya Kovalchuk, afin d'incarner l'ordre et le bon droit. Il officie pour l'instant dans une petite patinoire de deux mille places, mais ne manque pas d'argent. Il a ainsi engagé l'entraîneur Guennadi Tsygurov, qui n'en est pas à sa première montée et construit toujours une bonne base défensive, solidifiée en fin de saison par l'arrivée du gardien Viktor Chistov. Certains ont toutefois l'impression que le soutien de la police ne s'arrête pas à un simple sponsoring. En se rendant à Tver pour la demi-finale capitale pour la montée, l'Amur Khabarovsk a été surpris par la durée des contrôles à l'aéroport, et a vu son bus ensuite arrêté sur la route pour vérifier s'il ne transportait pas d'explosifs. Ce n'est qu'en appelant leur député afin qu'il intervienne pour arrêter cet étrange zèle policier que les joueurs d'Extrême-Orient ont pu repartir...

Le Vityaz Podolsk Chekhov est un club plus normal, si ce n'est qu'il a la particularité de jouer ses matches à domicile en alternance à Chekhov et à Podolsk, deux villes de la région de Moscou. Celle-ci soutient le club comme elle le fait avec le Khimik Voskresensk, et deux joueurs ont d'ailleurs dû être cédés en cours de saison à l'équipe de Superliga sur demande des autorités régionales. Les moyens ont là aussi été mis pour monter, en engageant deux joueurs de NHL libérés par le lock-out, le défenseur Daniil Markov et surtout l'attaquant Alekseï Zhamnov. Celui-ci a été le principal artisan de la promotion en transformant deux tirs au but lors de la cinquième manche décisive de la demi-finale à Nijni-Novgorod.

La poule ouest était bien la plus forte, et c'est d'elle que sont sortis les deux promus. Seulement, ce n'étaient pas les équipes dominantes de la saison régulière. Le Torpedo Nijni Novgorod, qui était le co-favori avec le HK MVD, a en effet raté de très peu le retour dans l'élite. La décision de son entraîneur Mikhaïl Varnakov de remplacer son gardien finlandais Mika Pietilä par Koroshun en plein milieu de l'ultime séance de tirs au but a été une erreur. En face, Tsygurov a continué à faire confiance à l'international letton Sergejs Naumovs, qui a pris sa revanche sur Melyakov, alors que Pietilä n'aura pas eu de seconde chance face à Zhamnov.

Les prétendants à la montée de la poule ouest étaient trop loin du compte. L'échec de l'Amur Khabarovsk soulage grandement les présidents de Superliga qui n'apprécient pas les sept heures de décalage horaire pour s'y rendre. Quant aux clubs de Chelyabinsk, ils ont tous deux échoué en quarts de finale. Le Mechel avait pourtant mis les gros moyens cette année, puisque la compagnie sidérurgique lui avait accordé le plus gros budget du groupe. Il avait récupéré Antipin et les frères Koreshkov, fameux internationaux du Kazakhstan, et le gardien canadien Mike Fountain, mais cela n'a pas suffi. L'ex-directeur sportif Trufanov, qui a quitté le club après avoir failli à sa mission, croit avoir trouvé la source du problème : selon lui, un groupe de joueurs qu'il a nommément cités (Gomolyako, Talonov, Didenko, Liubimov) et même l'entraîneur Evgueni Zinoviev serait très contents de ne pas monter car ils pressentiraient qu'ils ne seraient pas conservés en cas d'accession. Le Traktor n'a pas fait mieux malgré l'arrivée en janvier d'Anatoli Bogdanov, qui a passé dix ans en Finlande et a dirigé un temps l'équipe d'Ukraine.

Les clubs de l'est auront-ils moins de concurrence à l'ouest l'an prochain ? Certes, les deux Neftyanik tatars ont de moins en moins d'argent et comptent sur des équipes inexpérimentées. Mais les Krylia Sovietov Moscou renaissent à l'ambition. Après une crise marquée par des menaces de grève des joueurs qui ne recevaient plus leurs salaires, ils ont trouvé un mécène, M. Safin, prêt à investir pour redonner au club sa gloire passée. On a aussi noté une bonne remontée du Kristall Saratov après un début de championnat difficile. L'équipe jouait bien mais ne gagnait pas sous la direction de Tsygurov, qui a préféré partir chez l'ambitieux HK MVD. Il est vrai qu'à Saratov, les retards de paiement sont courants, comme un peu partout en Vysshaya Liga. Le hockey sur glace restera un peu bridé dans cette ville "méridionale" tant qu'il n'y aura qu'une seule patinoire artificielle pour près d'un million d'habitants (le député local, un certain Vladislav Tretiak, en a promis une seconde). Ceci dit, la brièveté de l'hiver - selon les normes russes - n'y empêche pas l'existence d'une équipe de bandy de haut niveau !

Marc Branchu

 

 

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