Grenoble veut confirmer

 

La saison 2003/04 des Brûleurs de Loups restera dans l'histoire du club comme celle des deux finales perdues. Une formule qui contient forcément une part d'échec : Grenoble, paralysé par l'enjeu, n'a pu aller au bout du rêve face à Rouen et Amiens, ses deux grands rivaux nationaux, et a terminé la saison les mains vides, sans titre. Une issue d'autant plus frustrante que les Grenoblois s'étaient affirmés comme la meilleure équipe du Super 16 au cours de la saison régulière, et ce pour la première fois depuis 1998. Et c'est ce qui fait dire à Gérald Guennelon lui-même qu'il aurait signé des deux mains pour connaître une telle saison malgré la défaite au bout des deux finales. Guennelon, l'homme du renouveau grenoblois, qui pour sa première saison derrière le banc d'une équipe senior a stabilisé l'équipe et lui a donné un système de jeu : une grande révolution après les balbutiements de l'ère Fokine qui s'était terminée dans la douleur. Oui, malgré tout, Guennelon et Grenoble ont réussi leur saison alors qu'on ne les attendait pas forcément si haut.

Une saison qui a permis aux Brûleurs de Loups de renaître à l'ambition : Jean-Luc Blâche lui-même concède que le club aura désormais pour objectif de viser le titre chaque année. On est bien loin des discours prudents et des objectifs minimalistes entendus du côté des dirigeants depuis le retour en élite. Après quatre ans de stabilité et de régularité dans les résultats, le club grenoblois a franchi un cap et veut désormais tutoyer les sommets. Reste maintenant à se donner les moyens de ses ambitions, tout en gardant un contrôle strict des finances du club qui restent une préoccupation permanente depuis la remontée.

Plus de départs que prévu

La finale face à Amiens avait été très révélatrice des lacunes grenobloises : les Brûleurs, battus en patinage et en technique individuelle, n'ont pu imposer leur système de jeu défensif et ont été sans cesse débordés par les attaquants picards. À l'heure de bâtir la formation 2004/05, on pouvait donc attendre un recrutement plus ambitieux, axé sur des joueurs techniques pouvant apporter plus de profondeur à un effectif parfois limite qualitativement. Les premiers partants ont été logiquement les deux renforts médicaux de fin de saison, Jani Tuominen et Jukka-Pekka Holopainen. Recrutés dans l'urgence pour pallier les forfaits définitifs de Laurent Meunier et Jean-François Bonnard, ils n'ont été que l'ombre de ceux qu'ils remplaçaient et n'ont convaincu personne de les conserver une saison supplémentaire. Autre cible côté départs : la troisième ligne, si souvent décriée pendant la saison et auteur d'une prestation calamiteuse en finale. Sur ses cinq membres, un seul a été conservé : Laurent Deschaume qui a sauvé sa tête grâce une efficacité remarquée en poule Magnus. Xavier De Murcia, Roland Fougère et Andreï Shchevelev ont été priés d'aller voir ailleurs, les deux premiers trouvant d'ailleurs rapidement refuge du côté du Vercors. Quant à Stéphane Gachet, passablement secoué par l'agression dont il a été victime en demi-finale, il quitte Grenoble "d'un commun accord" pour rejoindre son club formateur. Enfin, dernier départ souhaité par le club : Fabrice Agnel, le gardien remplaçant dont les prestations devant la cage ont été plus que médiocres sur l'ensemble de la saison à l'exception d'un bon match face à Tours.

Guennelon et les dirigeants grenoblois pensaient alors pourvoir renforcer l'équipe en gardant le noyau intact. Mais c'était sans compter sur les envies de retour au pays du trio majeur finlandais : Tero Forsell, meilleur compteur du club la saison passée, Jesse Saarinen, défenseur infatigable et meilleure arme à la ligne bleue, et surtout le magicien Sami Kaartinen, l'arme fatale des Brûleurs de Loups lors des play-offs. Trois départs d'éléments clés qui laissent un vide énorme : voilà qui compliquait sérieusement la tâche des dirigeants en cette intersaison.

Un recrutement jeune et... finlandais

Comme on pouvait s'y attendre, ces derniers se sont tournés vers la Finlande pour pallier aux principaux départs. Une filière de recrutement qui ne fait pas l'unanimité parmi les supporters, les joueurs de Mestis n'ayant pas toujours le plus technique capable de faire la différence attendue chez un renfort étranger. Et pourtant force est de constater que cette filière fonctionne : rares sont les Finlandais à avoir déçu en Isère lors de ces dix dernières années. Et à force d'allers-retours entre la Finlande et l'Isère, la filière s'entretient : avec les anciens Grenoblois retournés dans leur pays comme Ari Salo et Arto Vuoti mais aussi avec ceux présents dans l'effectif qui recommandent à leurs compatriotes le confort de la vie au pied des Alpes... Résultat, les remplaçants de Forsell et Saarinen ont pu être rapidement identifiés dans le championnat Mestis. Il s'agit de Petri Lehtonen, annoncé comme le clone de Forsell en un peu plus rapide (dixit Forsell lui-même) et Päsi Järvinen, un petit gabarit très mobile muni d'un bon lancer et qui a déjà connu des expériences diverses en Italie, au Danemark et en Angleterre. En revanche, le staff grenoblois n'a pas eu besoin de références pour recruter le défenseur amiénois Tommi Hämäläinen qui, souffrant de son isolement en Picardie où il était le seul étranger, s'apprêtait à rentrer au pays. Enfin, il s'en est fallu de peu pour que le remplaçant de Kaartinen soit Tuomo Jääskeläinen, mais l'attaquant du JYP Jyväskylä, recommandé par Ari Salo, a dû renoncer au dernier moment pour raisons personnelles.

Le reste du recrutement, fidèle à la ligne de conduite du club, est jeune et tricolore. Gérald Guennelon a pu faire fonctionner son réseau de relations en recrutant son ex-coéquipier rémois, Yven Sadoun, en panne d'avenir à Brest. Il a aussi convaincu le jeune gardien d'Amnéville, Cédric Dietrich, qui lui avait tapé dans l'il lors de stages de l'équipe de France junior, de rejoindre les Brûleurs de Loups alors que ce dernier s'apprêtait à signer un nouveau bail avec Rouen. Voilà un bien beau challenge à relever pour le Lorrain avec en point de mire la succession de Patrick Rolland. Quant au néo-international Nicolas Favarin, il a finalement décidé de quitter le Vercors pour se donner les meilleures chances possibles de poursuivre sa carrière en bleu. Amiens et Grenoble faisaient les yeux doux au Villardien qui a choisi le trajet le plus court en descendant seulement dans la vallée pour rester en Isère. Enfin, alors que le remplacement de Kaartinen prend plus de temps que prévu, Grenoble crée LA surprise en allant chercher Kévin Hecquefeuille à Amiens. Un transfert qui a fait grincer beaucoup de dents en Picardie, tant parmi les dirigeants amiénois que parmi les supporters des Gothiques qui ont du mal à comprendre pourquoi leur club n'a pas fait l'effort de conserver son espoir le plus prometteur. Vu du Dauphiné, le pari consistant à remplacer le meilleur compteur des play-offs par le talentueux international junior semble osé. Mais la suite des événements pourrait bien donner raison à l'encadrement grenoblois.

Car au beau milieu du mois de juin, alors que l'effectif grenoblois paraît bouclé, Benjamin Agnel, un des piliers du club, annonce son départ pour la Norvège. Le club le laisse partir mais doit retrouver un remplaçant au plus vite. On pense d'abord évidemment à la Finlande mais c'est finalement un peu plus à l'ouest que se trouve l'oiseau rare en la personne Roger Jönsson, libéré par un AIK au bord du gouffre financier. Une dernière péripétie dans le recrutement grenoblois pour une fin en apothéose, tant le Suédois avec ses 140 matches d'Elitserien parait être le gros compteur tant attendu sur les bords de l'Isère.

Un ensemble homogène

Le cru 2004-05 semble, sur le papier du moins, indiscutablement meilleur que son prédécesseur. En attaque, Jönsson, Lehtonen, Sadoun, Hecquefeuille ainsi que Nicolas Antonoff, de retour d'une longue blessure après un début de saison prometteur, devraient remplacer avantageusement Kaartinen, Forsell, Agnel, De Murcia et Shchevelev. Guennelon va pouvoir aligner régulièrement quatre lignes d'attaque comme il le souhaitait car les jeunes Christophe Tartari (meilleur espoir 2004), Cyril Papa et Romain Bachelet ne sont désormais plus des "bleus" à ce niveau. Au vu des premiers matches amicaux, l'association Lehtonen-Jönsson ainsi que la ligne des "anciens" B.Bachelet-Meunier-Podlaha promettent beaucoup. Kévin Hecquefeuille, à l'aise dès ses débuts sous son nouvel uniforme, apportera à l'attaque grenobloise une touche technique très attendue. Il pourrait franchir un pallier cette année. Les gabarits d'Yven Sadoun et Nicolas Antonoff seront utiles lorsqu'il faudra jouer des coudes devant. Laurent Deschaume est appelé à jouer un rôle de mentor auprès des jeunes Papa et R. Bachelet tandis que Tartari devra confirmer son excellente saison 2003-04. Les options offensives sont nombreuses, mais à charge de Guennelon de trouver rapidement les bonnes associations car cette équipe a parfois montré des signes d'inefficacité en attaque lors de la préparation.

En défense, Järvinen n'a pas le physique de Saarinen mais il en a certainement les atouts offensifs. La présence à ses côtés du toujours solide Bonnard devrait lui permettre de trouver rapidement ses marques. La paire Favarin-Hämäläinen remplacera très avantageusement le tandem Gachet-Fougère sur la troisième ligne. La deuxième paire reste inchangée avec Baptiste Amar, le patron de la défense grenobloise, et Simon Bachelet qui espère retrouver une place en équipe de France. Il sera dès lors très difficile à Martin Millerioux et Timo Bayon de se tailler une place de titulaire, mais leurs progrès sont réels et ils auront certainement l'occasion de s'exprimer cette saison. Patrick Rolland a connu une seconde jeunesse l'an passé. Avec Guennelon, il a retrouvé la confiance et reste parmi les meilleurs gardiens du championnat. Cédric Dietrich aura tout à apprendre mais pourra difficilement faire pire que son prédécesseur.

Encore une fois, la défense parait être le point fort de Grenoble, ce qui est essentiel au vu du système de jeu préconisé par Gérald Guennelon. L'attaque constitue plus un point d'interrogation mais le talent ne manque pas. Cette année l'équipe ne semble pas avoir de faiblesse, comme avec la troisième ligne de l'an passé. Si la cohésion se fait rapidement, Guennelon sera peut-être conduit à mettre en place un système de jeu plus ambitieux offensivement. Avec un effectif renforcé, des joueurs revanchards à l'image de Bonnard, Meunier et Antonoff pas épargnés par les blessures la saison dernière, Grenoble paraît armé pour aller au bout cette année. Mais la concurrence sera rude avec le champion sortant Amiens, mais aussi Rouen et Mulhouse qui ont affolé le marché des transferts à l'intersaison. Le champion 2005 se situera probablement parmi ces quatre équipes. Puisse l'expérience des grands rendez-vous accumulée en 2003-04 être bénéfique aux Brûleurs de Loups au moment de conclure cette saison...

Christophe Laparra

 

Départs : Saarinen (TuTo Turku, Mestis, FIN), Holopainen, Tuominen (Milano Vipers, ITA), Shchevelev (Russie), Forsell (TuTo Turku, Mestis, FIN), De Murcia (Villard-de-Lans), Gachet (Mont-Blanc), Kaartinen (KalPa Kuopio, Mestis, FIN), Fougère (Villard-de-Lans), F. Agnel (Montpellier), B. Agnel (Bergen Flyers, NOR), K. Enselme (Morzine).

Arrivées : Järvinen (Hermes Kokkola, Mestis, FIN), Hämäläinen (Amiens), Lehtonen (Jukurit Mikkeli, Mestis, FIN), Y. Sadoun (Brest), N. Favarin (Villard-de-Lans), Dietrich (Amnéville), Hecquefeuille (Amiens), Jönsson (AIK Stockholm, Allsvenskan, SUE).

Effectif :

Gardiens : Patrick Rolland (35 ans), Cédric Dietrich (20 ans).

Défenseurs : Pasi Järvinen (FIN, 28 ans), Jean-François Bonnard (33 ans), Simon Bachelet (27 ans), Baptiste Amar (25 ans), Tommi Hämäläinen (FIN, 29 ans), Nicolas Favarin (24 ans), Timo Bayon (22 ans), Martin Millerioux (20 ans).

Attaquants : Roger Jönsson (SUE, 31 ans), Petri Lehtonen (FIN, 28 ans), Yven Sadoun (25 ans), Benoît Bachelet (30 ans), Laurent Meunier (25 ans), Josef Podlaha (TCH, 33 ans), Nicolas Antonoff (23 ans), Christophe Tartari (20 ans), Kévin Hecquefeuille (20 ans), Cyril Papa (20 ans), Laurent Deschaume (32 ans), Romain Bachelet (21 ans).

 

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