Suisse 2003/04 : bilan

 

Résultats du championnat suisse

 

Premier : Berne. Pendant que la plupart de ses rivaux creusaient des dettes, le SCB avait été le seul club à boucler la saison précédente avec un bilan positif. Le chemin parcouru depuis six ans pour combler le trou de l'époque n'a pas été effectué en vain par le club dirigé par Marc Lüthi. À tout point de vue, Berne avait cette année l'équipe la plus solide. Son style rugueux a été symbolisé par les mises en échec du très physique Yves Sarault, mais l'agressivité offensive et défensive a été la constante du jeu bernois, partagée par tout le collectif, dont Sébastien Bordeleau, maillon absolument essentiel de l'équipe au centre de la deuxième ligne et très dur à battre dans les engagements.

Pourtant, ce retour attendu au sommet du championnat, sept ans après, laisse sans doute un goût étrange à certains. L'entraîneur Kent Ruhnke avait fait savoir dès début décembre que ce serait sa dernière saison, car il ne sentait pas le respect de ses dirigeants. Comme déjà à Zurich, il part donc sur un titre de champion. Le Canadien à passeport suisse Christian Dubé s'est défait de sa réputation de loser qui l'agaçait en remportant enfin la LNA. Le vétéran ukrainien Valeri Chiriaev, engagé comme pigiste et payé au match pour pallier la blessure de Juhlin, a rempli son rôle de modèle auprès des plus jeunes, mais il a dû céder sa place à l'expérience des mille rencontres de NHL du joker Sylvain Lefèbvre et a suivi les play-offs depuis les tribunes. Par ailleurs, les relations ont parfois été orageuses entre les dirigeants et le plus nombreux public d'Europe, qui a en plus été déshonoré par un imbécile qui a brandi lors d'un match contre Zoug une pancarte proclamant "merci Leimbacher", du nom du forcené qui avait tué quatorze personnes dans le parlement de Zoug début 2001. Le coupable a été interdit de patinoire dans tout le pays.

 

Deuxième : Lugano. Larry Huras, dont la réputation est certainement plus affirmée dans le coaching que dans le développement et l'intégration des jeunes joueurs, est un homme qui sait pousser son équipe au maximum de ses possibilités pour la couvrir d'or. Malheureusement, son palmarès déjà fourni ne s'est pas enrichi de la moindre ligne. Après une surprenante élimination face à Gomel dans la compétition qui lui avait si bien réussi d'habitude, la Coupe Continentale, Huras a vu son équipe s'incliner en prolongation du cinquième match d'une finale qualifiée avec un rien de grandiloquence de "série du siècle" par le magazine suisse Top Hockey.

La créativité et l'élégance de Petteri Nummelin et Ville Peltonen, assurément deux des meilleurs joueurs évoluant en Europe, ont encore fait le régal des patinoires suisses. Le troisième étranger Mike Maneluk, clairement plus canadien dans son jeu explosif qui peut être transcendé par ses émotions, s'est mis à leur niveau et a réussi sa meilleure saison. Par conséquent, l'impitoyable presse tessinoise a rarement eu l'occasion de se déchaîner et a été assez conciliante. Tout se déroulait parfaitement jusqu'à l'ultime match, où il était trop tard pour refaire l'histoire. Ruhnke comme Huras sont bien placés pour le savoir, c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses.

 

Troisième : Genève-Servette. Syndrome de la seconde saison ? Qu'est-ce donc que cela ? À Genève, on n'en a pas entendu parler. On est reparti sur les mêmes bases que l'année de la promotion et on a amélioré le bilan, avec une troisième place en saison régulière confirmée par l'accession aux demi-finales. La main de fer de Chris McSorley régente toujours le club avec sa tactique rigide et son management insolent qui ne fait pas de sentiments, sa notion unilatérale du respect pouvant agacer. Chacun peut être puni ou viré à tout moment, qu'il soit un junior ou un vétéran respecté et apprécié. McSorley veut faire la loi, y compris dans sa feuilletonesque querelle avec l'arbitre Nadir Mandioni. Lors d'une lourde défaite à Rapperswil en décembre, il ne fait rentrer que quatre joueurs lors de deux changements de ligne pour prouver que le zébré est aveugle (mais grand bien lui fasse après tout si l'entraîneur veut jouer avec un homme de moins, il n'a pas à siffler), et en février, après un match à Langnau, il s'emporte contre les représentants de la ligue en cherchant à faire annuler le but décisif accordé aux adversaires, avant de déposer un recours officiel qui sera retiré deux jours plus tard pour "ne pas nuire à la carrière de l'arbitre" (sic), et bien sûr pas parce qu'il n'avait aucune chance d'aboutir. Cette obstination à avoir toujours raison lui vaut des inimitiés, mais le GSHC peut difficilement espérer obtenir de tels résultats sans lui, et il est donc intouchable tant qu'il gagne.

Les bons résultats n'ont donc pas empêché une saison turbulente. Oleg Petrov a ainsi fait plus de pirouettes en coulisses que sur la glace, de démentis en confirmations sur sa signature avec Zoug l'an prochain. Mais on ne peut pas reprocher à l'attaquant russe d'avoir été avare de son talent. Il a avalé les kilomètres et a fait preuve d'une constante exigence envers son jeu. Il s'est ainsi fondu dans une équipe de caractère dont le charismatique Philippe Bozon est toujours le symbole. Mais un symbole lui aussi menacé par les volte-face de l'encadrement à son égard, qui a conclu une saison usante moralement et physiquement par de vrais-faux adieux.

 

Quatrième : Zurich. C'est un pari difficile qu'a réussi le manager Simon Schenk. Rajeunir l'équipe était indispensable pour s'adapter à un contexte financier de transition, mais ça n'avait rien d'évident dans l'exigeante capitale économique de la Confédération. Placer un entraîneur suisse - l'ex-international Christian Weber - au poste le plus difficile du pays n'était pas gagné d'avance. Pourtant, les ZSC Lions sont allés jusqu'en demi-finale et ont même mené trois manches à une face à leur grand rival Lugano (une rivalité qui s'est malheureusement aussi étendue aux franges extrêmes des supporters des deux camps).

La dernière saison dans le vieux et mythique Hallenstadion a donc été une des plus sereines de ces dernières années. Les Zurichois se sont servis de leur équipe-ferme des GCK Lions pour y faire mûrir et y rappeler des espoirs, mais aussi, plus surprenant, pour y récupérer un étranger, Mike Richard, en recours après la blessure de Jamie Heward. L'autre étonnant transfert de la saison a été l'engagement après quelques semaines de championnat de Lonny Bohonos, qui n'était plus en odeur de sainteté à Davos. Il a idéalement remplacé un Christian Matte décevant, renvoyé au GCK et qui est rentré quelques semaines plus tard au Canada après s'être coincé un nerf de l'épaule. Mais la force des Zurichois est la constance de leurs piliers, le gardien finlandais Ari Sulander, imperméable au vieillissement, et le capitaine de l'équipe nationale Mark Streit, qui est le défenseur suisse le plus régulier à haut niveau.

 

Cinquième : Davos. Le HCD a tenté de masquer ses problèmes en mettant en avant son choix de jouer à deux étrangers. Mais il n'a pas duré bien longtemps. Quelques semaines après la séparation "à l'amiable" avec Lonny Bohonos, le club grison est finalement passé comme tout le monde à trois étrangers en recrutant l'adulé et détesté Todd Elik, ainsi que Jonas Höglund, qui allait être le meilleur marqueur suédois lors des championnats du monde. Et en play-offs, il embaucha même un quatrième étranger, Rob Guillet, qui ne marqua d'ailleurs pas le moindre point. Profiter ainsi d'un joueur qui ne s'était pas qualifié pour les play-offs de DEL (avec Krefeld) pour le prendre comme joker pigiste est un procédé douteux qui annihilait pour de bon les prétentions à l'exemplarité.

Car le concept des deux étrangers, sorti du chapeau d'Arno del Curto, était un cache-misère de la situation financière de plus en plus dégradée. Celle-ci avait été portée sur le dos de l'ex-président Rolf Bachmann, mais elle ne s'est pas arrangée pendant une saison marquée par des guerres de succession chez les dirigeants. Les tensions se sont propagées jusque dans les vestiaires, des tensions que les traitements de faveur accordés à certains dans les réductions de salaire imposées l'été dernier (la rémunération pourtant fort conséquente du roitelet banni de l'équipe nationale, Reto von Arx, n'avait diminué que de 5%) ne pouvaient qu'attiser. Qui plus est, les mesures prises étaient insuffisantes puisque le trou s'est encore creusé cette saison. Même avec la rente de la Coupe Spengler, Davos n'avait pas les coffres pour financer les salaires mirobolants offerts à quelques stars suisses, et il faudra resserrer la ceinture de quelques crans encore.

 

Sixième : Ambrì-Piotta. Dans une Vallée de la Léventine qui vit un contexte économique très morose, le petit club de village fait mieux que survivre. On s'inquiétait pour sa santé à l'abord du championnat, mais il a été un des premiers à obtenir sa licence pour la prochaine saison de la LNA. Après plusieurs années tourmentées, il a réussi à se stabiliser autour d'un entraîneur, Serge Pelletier, garant de sécurité. Il franchit ainsi sans encombres les éventuels écueils, le prochain étant le départ du solide gardien Pauli Jaks, qui quitte le club dont son frère Peter est maintenant manager pour tenter la grande aventure chez le champion russe Avangard Omsk. Dès cette saison, le jeune Simon Züger a en effet supplanté le premier gardien suisse à avoir joué (quarante minutes) en NHL pour s'imposer comme un futur n1 crédible.

Mike Gaul n'a malheureusement été qu'une pâle copie du défenseur offensif flamboyant qu'il était à Fribourg, et il est en fin compte rentré au Canada après avoir mis un terme à sa carrière à la suite d'une commotion cérébrale. Par contre, les deux champions d'AHL, le leader Jean-Guy Trudel et son complice qui l'avait suivi Hnat Domenichelli (même s'il fait remarquer par quelques suspensions) se sont bien intégrés à un groupe solidaire. Celui-ci a surmonté un accident en novembre alors que certains joueurs revenaient d'un match dans des voitures, percutées par un automobiliste roulant à contresens. Le plus touché, le défenseur Félicien du Bois, en a heureusement réchappé.

 

Septième : Zoug. Grâce à des autorités volontairement peu regardantes et peu enclines à coopérer avec la justice, le canton de Zoug abrite en toute opacité sociétés off-shore et capitaux douteux du monde entier. Un lieu de rêve pour de très discrets tireurs de ficelles peu portés sur l'éthique tels que les affréteurs de navires-poubelles ou les "patrons voyous" que la France avait dénoncés l'an dernier (affaire Metaleurop et marée noire du Prestige). C'est donc un refuge prisé pour certaines personnes au passé chargé qui n'aiment guère s'appesantir sur leur conscience. Un profil qui pourrait correspondre à celui du teigneux Claude Lemieux, un des joueurs les plus détestés de NHL, mais qui en est aussi une authentique vedette. Est-il le joker idéal pour déstabiliser les arrogants Bernois et le rude Sarault ? Les quarts de finale ont prouvé que non. Il n'a pas vraiment convaincu, comme les trois autres Nord-Américains de l'effectif, au cours de cette saison.

Si Zoug est en matière économique un authentique parasite, qui attire les capitaux extérieurs en pratiquant le dumping fiscal, il n'en est pas de même en hockey sur glace. Il est au contraire un vrai club formateur, dont les juniors ont été champions pour la seconde année consécutive. Le gardien Michael Tobler, à tout juste dix-neuf ans, a même été la révélation de la saison suisse. Il a assumé la fonction de titulaire après la blessure du toujours décevant Patrick Schöpf. Est-ce un concours de circonstances qui ne se reproduira plus, ou bien l'entraîneur Sean Simpson est-il prêt à faire mentir sa réputation et à se montrer patient envers des jeunes qui le méritent ?

 

Huitième : Fribourg-Gottéron. Les Dragons ont vécu une saison bien plus tranquille que la précédente, et cette fois, en plus de clôturer l'exercice sur un bénéfice comptable, ils ont pu disputer les playoffs pour lesquels ils s'étaient qualifiés sur la glace. L'équipe a pu travailler dans une ambiance apaisée et propice à l'intégration de juniors comme Julien Sprunger, dix-huit ans, qui avait découvert le hockey quand son père l'avait emmené voir le Fribourg de Bykov et Khomutov, et dont le sens du but devrait s'exprimer à l'avenir en LNA. La complémentarité des entraîneurs semblait bonne entre un Popikhin qui savait donner confiance aux jeunes et un Bykov qui n'a pas son pareil pour analyser le jeu. Malheureusement, Vyacheslav Bykov repartira. Son contrat n'a pas été reconduit, maintenant que le sponsor Adecco ne prend plus en charge une partie de son salaire, et il relèvera le défi d'un retour au CSKA.

Le bilan est correct compte tenu des blessures. Le potentiel est sûrement là à Fribourg-Gottéron car il ne peut plus arguer d'avoir de faibles étrangers. Le trio nordique a parfaitement tenu son rôle. Thomas Rhodin a tenu la défense, Jukka Hentunen s'est imposé devant la cage, et Mikael Karlberg a distillé de belles passes même s'il marque peu. La petite surprise a été la venue fin janvier du grand espoir suédois Robert Nilsson (Leksand). Il a en effet pu obtenir une licence helvétique pour avoir fait une partie de son hockey mineur en Suisse quand son illustre père Kent jouait en LNA.

 

Neuvième : Kloten. Une année noire peut-elle remettre en cause le modèle de formation de Vladimir Yurzinov ? L'entraîneur russe a lui-même confié qu'il n'était plus certain de pouvoir faire autant confiance aux jeunes que par le passé, car il ressent une pression du résultat de plus en plus forte. Sacrifiera-t-on un système d'intégration des joueurs formés au club qui est salué dans tout le pays pour des nécessités à court terme ? Yurzinov, qui n'a pas apprécié que l'on remette en cause ses méthodes d'entraînements jugées trop dures pour les organismes, a l'air de considérer qu'on ne lui laisse plus trop le choix maintenant qu'il ne paraît plus intouchable. Il est vrai que Kloten est dans une situation financière ardue. Si le déficit à l'issue de la saison a été inférieur à celui qui avait été annoncé dans les bilans prévisionnels, c'est uniquement parce que le président Peter Bossert a mis un million de francs suisses de sa poche pour combler une partie du trou. De plus, le départ de Martin Plüss vers Västra Frölunda sera une perte sportive mais aussi financière. Comme il s'en va à l'étranger et non dans un autre club suisse, le club ne recevra pas en retour une somme de transfert rondelette et bienvenue.

Cette saison que l'on souhaitait favorable restera peut-être comme celle de la fracture. Il serait pourtant déraisonnable de tirer des conclusions hâtives de cet échec qui s'est joué à un rien, puisque les Aviateurs n'ont raté les play-offs qu'à la différence de buts. Or, Kloten a joué de malchance. Yurzinov n'a jamais pu disposer de son équipe au complet et a vu les pépins s'accumuler. La saison d'un des espoirs, Romano Lemm, s'est achevée au bout de seulement deux mois. Le gardien Tobias Stephan n'a tenu qu'un mois de plus avant de devoir être opéré à la hanche. Pour le remplacer, Kloten a fait venir sa doublure dans l'équipe suisse de moins de 20 ans, Daniel Manzato, qui évoluait dans la Ligue de Hockey Junior Majeur du Québec, à Victoriaville. Malheureusement, le joueur formé à Fribourg-Gottéron n'a pas su faire oublier son collègue. Quel meilleur exemple de cette poisse que le cas de l'attaquant canadien Brandon Convery, décevant et écarté à Bâle, et qui n'a ensuite eu le temps de faire qu'un match à Kloten en janvier avant de se blesser.

 

Dixième : Rapperswil-Jona. C'est en toute quiétude que le SCRJ a pu fêter le dixième anniversaire de sa promotion en LNA. Pendant ce laps de temps, il s'est imposé dans le paysage sportif du canton de Saint-Gall, qui a donné son accord pour le financement de la rénovation du Lido, sa patinoire vieillissante. Avec de petits moyens, Rapperswil arrive à être compétitif grâce à la connaissance du monde du hockey de son manager Reto Klaus et à la force de vente de l'homme du marketing Roger Sigg. Ce club fait prévaloir la stabilité, et a connu une saison plus linéaire que d'habitude. Pas de faux espoirs nés en début de championnat, pas non plus de série noire pour finir.

Le calme, la discrétion et le travail, voilà des valeurs toutes finlandaises qui doivent sans doute convenir à l'entraîneur Kari Eloranta. Même la blessure à la cuisse de son leader Dale McTavish n'a pas entamé la sérénité du SCRJ, qui a alors convaincu Dixon Ward, le vétéran de NHL qui avait pourtant l'intention de raccrocher les patins, de venir jouer l'étranger remplaçant comme il l'avait déjà fait à Langnau il y a deux ans. L'ailier de trente-cinq ans y est parfaitement parvenu en marquant près d'un point par match.

 

Onzième : Langnau. Jim Koleff exerce une autorité naturelle qui ne peut s'accommoder d'un autre caractère fort dans l'équipe. Avec la tête brûlée Todd Elik, le conflit était inévitable. Le championnat était commencé depuis moins d'un mois quand l'entraîneur enleva lui-même des vestiaires le casier du héros du village pour lui signifier son départ. Il retrouvera finalement une place à Davos deux semaines plus tard, après avoir été entre-temps remplacé par Ryan Savoia, qui n'a pas plus convaincu que dans ses précédents clubs. Le traitement infligé à Elik aurait pu braquer le public de l'Iflis, mais il aura un réflexe de solidarité en apprenant en décembre la récidive du cancer qui avait frappé une première fois Koleff à la fin de sa carrière de joueur.

La perte du charismatique entraîneur aurait pu laisser un grand vide, mais le club a su poursuivre son chemin comme s'il était encore là, avec l'assistant Dave Chambers comme entraîneur. Sa chimiothérapie ayant été un succès, Koleff sera de nouveau aux commandes l'an prochain, avec toujours autant d'ambition. Les SCL Tigers n'ont pas vraiment décollé cette saison, mais ils la considèrent comme un simple contretemps avant de viser à nouveau le haut du tableau.

 

Douzième : Lausanne. Certes, le LHC a déjà vécu des saisons chaotiques, mais là, c'est le pompon ! Au centre des turbulences, Pierre Hegg. Après avoir grandement aidé le club dans une passe difficile il y a quelques années en y injectant ses propres deniers, le riche forain moustachu a peu à peu placé ses alliés aux postes importants. Il a ainsi pris l'habitude des décisions unilatérales, mais il y en a eu une de trop début novembre, le licenciement de l'entraîneur Mike McParland, incompréhensible même - et surtout - pour le directeur sportif Ueli Schwarz qui remet aussi sec sa démission. Hegg installe alors aux commandes de l'équipe son vieil ami Riccardo Fuhrer, l'homme qui avait fait monter Lausanne en LNA, mais qui avait déjà dû partir alors car ses méthodes dictatoriales ne convenaient pas.

L'ère des monarques absolus dure ainsi trois mois, pendant lesquels la situation se dégrade lentement. La cocotte-minute explose en février 2004, un mois qui restera longtemps dans les mémoires à Malley. C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution ! Les médias, les joueurs - qui se disent dégoûtés du hockey par leur entraîneur - et les supporters demandent tout à tour le départ de Fuhrer, qui n'a plus comme soutiens que Pierre Hegg et ses fidèles, qui représentent encore une légère majorité au conseil d'administration. Tous ceux qui ne cautionnent pas l'attitude de ce clan, qui se barricade sur ses positions en dépit du désastre imminent, se retirent un à un. Le club devient peu à peu une coquille vide, et il se passe encore une dizaine de jours pour que les derniers survivants du palais d'ivoire soient mis devant le fait accompli. Pendant qu'une partie du public rejoint les places réservées aux supporters visiteurs pour montrer sa défiance envers son club, les joueurs de Lausanne sabotent le match contre la lanterne rouge Bâle (1-7) au milieu de banderoles telles que "Un club mythique dirigé par des comiques, arrêtez ce cirque". Il n'est plus possible de continuer comme ça, ou le LHC terminera dernier et finira en LNB. Le soir même, la tête de Hegg tombe, suivie deux jours plus tard par celle de Fuhrer. Celui-ci était jusque là resté impertubable et n'avait pas laissé transparaître la moindre émotion face aux critiques venues de toute part.

Le duo d'entraîneurs Khomutov-Sheehan sauve alors ce qui peut encore l'être. Malgré la spirale négative, Lausanne réussit à conserver une petite avance sur Bâle, et se maintient en LNA en remportant son barrage de maintien contre Bienne. Reste à savoir dans quel état est le club, qui ne sait pas quels seront ses repreneurs et ses futurs dirigeants. En tout cas, Serge Poudrier, un grand monsieur, aurait mérité une meilleure dernière saison. Lui qui était le relais de confiance de McParland a subi comme ses coéquipiers des mois difficiles, d'autant qu'il a été blessé. Son absence a d'ailleurs permis de voir combien il était important pour la défense lausannoise, car l'international slovaque Dusan Milo n'a jamais pu le faire oublier. C'est qu'il ne sera pas facile d'oublier "Poupou" et de se l'imaginer à la retraite. Il se dit d'ailleurs qu'il pourrait finalement rechausser les patins au Québec.

 

Treizième : Bâle. En porte-à-faux dans une LNA à treize équipes dans laquelle il a été promu comme le cheveu sur la soupe, Bâle a comme prévu connu une adaptation difficile. Le manager Paul-André Cadieux a tenté au bout de deux mois de prendre lui-même la place de l'entraîneur Bob Leslie, sans changer grand-chose. Comme le challenge semblait difficile à relever sur la glace, on a alors surtout agi en coulisses pour trouver un moyen d'y obtenir un maintien sportivement compromis. Tout en militant pour une LNA à quatorze clubs, on a surtout demandé à participer au barrage de relégation en arguant qu'il était injuste que le dernier descende directement, ce qui ne se faisait pas habituellement. Mais curieusement, on n'avait pas entendu les Bâlois protester quand ils était montés directement - ce qui ne se fait pas non plus habituellement - en raison de circonstances indépendantes de leur volonté. La majorité des clubs ayant logiquement refusé de modifier les règles en cours de saison, Bâle a payé sa condition de treizième à table dans laquelle il s'était retrouvé par accident.

Certaines déclarations arrogantes ont fait croire que Bâle ferait n'importe quoi pour s'accrocher à sa place, y compris aligner quatre étrangers sur la feuille de match et faire exploser le système suisse encore protégé. Il n'en a rien été, on s'est contenté de recruter un joueur non qualifié pour les play-offs de DEL, le gardien de l'équipe d'Allemagne Robert Müller, mais il était trop tard. Le sursaut d'orgueil de Lausanne a relégué les Bâlois en LNB. Ceux-ci vont néanmoins s'armer pour y revenir. Ils pourront ainsi monter de façon indiscutable, et ils ne seront plus une pièce rapportée comme ils l'ont été dans ce championnat à treize qui a payé les pots cassés du chaos de la fin de saison dernière.

Marc Branchu

 

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