Russie 2002/03 : bilan

 

Résultats du championnat russe

 

Le championnat russe a suivi cette saison des rails plutôt prévisibles. Les gros clubs n'ont pas fait faux bond à l'entrée en play-offs, et rien n'a pu arrêter le Lokomotiv Yaroslavl lancé à toute vapeur dans la conquête d'un nouveau titre. Mais c'est surtout la lutte pour la relégation qui a été féroce. Les quatre descentes rendues nécessaires par la réduction à seize ont mis le feu en bas de tableau, et un lobbying est né pour porter au contraire le contingent à vingt équipes, certains n'hésitant pas à retourner leur veste. Ces discussions ont commencé pour la première fois quand le SKA s'est retrouvé relégable, ce qui eût été "inconvenant" pour des raisons politiques en raison du trois centième anniversaire de Saint-Pétersbourg, ville d'origine de Poutine, mais elles ont ensuite été entretenues par les relégables successifs, au risque de contredire leurs positions précédentes. Finalement, les principes votés ont été respectés, et c'est sur la glace que les clubs qui sont en fin de compte descendus devront tenter de remonter. Ils pourront suivre l'exemple de Nijni Novgorod et Voskresensk, remontés cette saison, qui prouvent que les grands clubs ne meurent jamais.

 

Premier : Lokomotiv Yaroslavl. La superbe Arena-2000 de la rue Gagarine est restée le centre névralgique du hockey russe. Malgré les budgets colossaux mis sur la table par certains concurrents, ils n'ont pas réussi à rivaliser avec Yaroslavl, qui a conservé à la fois son ossature de l'an passé et sa culture de la gagne. Andrei Kovalenko a été encore une fois le leader de ce collectif parfaitement équilibré qui se permet même de laisser sur la touche des internationaux en exercice comme le jeune Suglobov.

Reste à savoir quelle part de mérite revient à l'entraîneur tchèque Vladimir Vujtek, responsable de la qualité du jeu pratiqué et de la parfaite gestion des play-offs, et quelle part au président Yuri Yakovlev, ancien capitaine de l'équipe, et qui est l'instigateur de la structuration du club. Sa politique de continuité a en effet fait ses preuves, alors que Vujtek serait plutôt partisan d'une plus grande évolution au sein d'un effectif si on lui laissait le choix. On cernera mieux l'importance de chacun l'an prochain, puisque l'un part et que l'autre reste.

 

Deuxième : Severstal Cherepovets. Selon Dusan Salficky, le gardien tchèque du CSKA, le Severstal est l'équipe "la plus tchèque" du championnat russe, une formation tenace, technique, mais surtout très réfléchie. Il lui voit donc une avance tactique, y compris sur Yaroslavl, qui profite surtout d'un potentiel offensif inégalé. Ajoutez à cela que des joueurs comme Nikitenko et Dobryshkin, qui étaient des seconds couteaux à Kazan, ont connu la meilleure saison de leur carrière, et cela explique que Cherepovets soit arrivé en finale plutôt que les plus riches Kazan et Omsk.

L'entraîneur Sergueï Mikhalev en a été le héros, puisqu'il a "sauvé l'honneur" des tacticiens russes en battant l'Avangard Omsk d'Ivan Hlinka et en évitant une finale entre entraîneurs tchèques, d'où le paradoxe de l'assertion de Salficky... Mais Mikhalev n'a pas eu le temps de savourer longtemps cette consécration. Malgré son naturel enjoué, il faisait déjà de l'hypertension depuis ses débuts comme entraîneur à Ufa. Et, le lendemain de la finale, il a eu des problèmes vertébraux qui ont nécessité une opération. Mais cela ne lui a pas fait perdre le sourire, et il continuera à trouver du plaisir dans sa fonction.

 

Troisième : Lada Togliatti. Le podium obtenu par Togliatti au nez et à la barbe d'effectifs autrement plus impressionnants porte la marque de fabrique de Piotr Vorobiev, cet entraîneur implacable, véritable dictateur dans l'application de sa tactique ultra-défensive. Beaucoup de joueurs qui ont été sous ses ordres ne peuvent plus jamais le croiser. Mais d'autres reconnaissent quand même qu'ils ne seraient pas grand-chose sans lui.

Cette saison, deux joueurs lui doivent beaucoup. Premièrement, le gardien Maksim Mikhaïlovsky, qui a forcément la vie la plus facile avec un système aussi défensif, mais dont le pourcentage d'arrêts reste impressionnant. Il est enfin revenu à un niveau proche de celui qu'il avait il y a dix ans quand il était le titulaire de la sélection russe. Deuxièmement, l'attaquant Igor Grigorenko, indiscutable révélation d'une saison qui l'a vu être élu onze fois meilleur joueur du match en championnat, devenir le meilleur attaquant du Mondial juniors, puis être incorporé sur la première ligne de l'équipe nationale senior !

Avec Piotr Vorobiev, Grigorenko n'aurait pas dû risquer de se muer en enfant gâté. Vis-à-vis de Vorobiev, il se tient effectivement à carreau, mais ce n'est malheureusement pas le cas avec d'autres représentants supposés de l'autorité... Plutôt que de rouler en Lada comme le font naturellement tous les habitants de la ville, où se trouvent les usines du constructeur automobile, le jeune Igor s'est acheté une BMW au retour des championnats du monde juniors. Et lorsqu'il s'est fait arrêter pour excès de vitesse en mars, il s'en est sorti sans amende et avec le sourire en distribuant aux policiers des tickets pour un match de hockey. Bien sûr, on en rigole, et il plaisantait d'ailleurs à loisir de l'anecdote... Deux mois plus tard, la BMW de Grigorenko est sortie de la route et a heurté un arbre, et on en est réduit à espérer que sa sévère blessure à la jambe ne compromettra pas la suite de sa carrière.

 

Quatrième : Avangard Omsk. Pour remporter le championnat, on était allé chercher le gardien n1 de la sélection, Maksim Sokolov, au sortir d'un championnat du monde dont il avait été le héros. On avait recruté un trio tchèque majeur, devenu en cours de championnat quatuor, bardé de titres et internationalement reconnu. Et on avait confié tout ce beau monde à un des entraîneurs les plus prestigieux dans le monde du hockey grâce à sa couronne olympique de 1998, Ivan Hlinka. Mais Sokolov a connu des moments de faiblesse aux moments importants, notamment en demi-finale contre son ancien club de Cherepovets. Parmi les Tchèques, Patera et Vlasak, meilleurs marqueurs en saison régulière, ont été muets les play-offs venus, alors que Prochazka est resté constamment plus en retrait et que le défenseur Slegr a vu sa saison perturbée par les blessures avant de revenir triomphalement (tout comme le buteur russe Sushinsky)... et de se faire naïvement expulser dans le match décisif de l'année en rentrant dans le jeu du "boxeur" Yudin.

Bilan de tout cela, non, Omsk ne va pas recruter Scotty Bowman, comme l'avaient suggéré les mauvaises langues à l'époque de l'engagement de Hlinka en émettant déjà l'hypothèse d'un échec. Le président Anatoli Bardin devrait se calmer un petit moment et arrêter de rechercher seulement des grands noms. Dans l'imitation du champion Yaroslavl, plutôt que copier bêtement la mode tchèque, il ferait sans doute mieux de s'inspirer d'une politique de développement plus en profondeur.

 

Cinquième : Ak Bars Kazan. Yuri Moïseïev a finalement dû prendre sa retraite pour raisons de santé lors de la trêve de fin d'année, et son assistant Plyushchev, déjà entraîneur de l'équipe nationale, s'est retrouvé pour la première fois à la tête d'une équipe de club avec le sentiment d'être doublement observé. Mais les deux hommes ont des vues radicalement opposées sur un point : l'équipe a été constituée par Moïseïev qui fait par tradition confiance à l'expérience, et celui qui en a hérité, Plyushchev, est un adepte de la jeunesse qui n'hésite pas à écarter les vétérans Kvartalnov, Zelepukin et Gogolev.

En janvier, Dmitri Kvartalnov, champion du monde 1989, prévient, presque menaçant, dans le journal Sport-Express : "un printemps terrible attend Plyushchev. Aussi bien en club qu'avec la sélection nationale, ses prédécesseurs ont remporté la médaille d'argent. S'il rend un moins bon résultat, il sera réduit en poudre. Il n'aura pas prouvé sa capacité à prendre de telles responsabilités. Le printemps révélera si sa vision du hockey moderne est fondée ou non. Mais je ferai tout mon possible pour l'aider, que ce soit sur la glace ou au bord de celle-ci, car c'est ainsi que j'ai été éduqué." A posteriori, le constat n'en est que plus cruel, puisque Plyushchev s'est doublement planté en quart de finale, dans le championnat russe puis au Mondial. Mais il a lui aussi son jugement sur Kvartalnov, qu'il accuse de tenir trois discours, un pour l'entraîneur, un autre pour ses coéquipiers, et le troisième pour les dirigeants. Il a donc répliqué en avril (avant d'apprendre son licenciement, et avant son second revers aux championnats du monde) dans le même quotidien : "Kvartalnov a toujours eu des partenaires pour lui offrir le palet sur un plateau et a profité du travail de ses coéquipiers. Et maintenant, il cherche les déficiences chez les autres et pas chez lui-même, se plaignant sans cesse. C'était déjà le cas du temps de Moïseïev, et ne parlons même pas de Krikunov. Je crois que celui-ci avait été licencié à cause d'un conflit avec Kvartalnov, qui avait au moins l'excuse de marquer des buts à l'époque. Ce n'est plus le cas maintenant, mais son influence négative persiste. Il y a trois stades dans la carrière d'un joueur. Un, ils jouent. Deux, ils commencent à parler et ils jouent. trois, ils ne font plus que parler. Le hockey va bientôt se terminer pour lui, et dans la vraie vie, avec son caractère, il connaîtra des problèmes." À la lecture de cet échange, vous comprenez pourquoi ça n'a pas trop fonctionné à Kazan cette saison.

 

Sixième : Metallurg Magnitogorsk. Surnommé affectueusement "Magnitka", le Metallurg a suscité beaucoup de sympathie depuis son arrivée au plus haut niveau russe. Les deux titres européens remportés, et surtout le style très offensif de l'entraîneur Valeri Belousov, n'étaient en effet pas sans rappeler les heures de gloire du hockey soviétique. "Magnitka" fut sans doute le club des années 90. Un de ses symboles est un vrai homme de l'Oural, Sergueï Ossipov, né et formé à Sverdlovsk, puis adopté par Magnitogorsk lorsque celui-ci est devenu le fer de lance du hockey dans la région. Le vétéran vient de battre le record absolu de matches joués au plus haut niveau (russe ou soviétique). D'autres grands noms ont marqué cette époque, notamment les deux frères venus du Kazakhstan, les buteurs-vedettes Evgueni et Aleksandr Koreshkov. Mais dans le cur des supporters, il en est un qui occupe une place spéciale, c'est Gomolyako, ce joueur atypique que son embonpoint ne désigne pas de prime abord comme un athlète. Son retour en cours de saison, en provenance du Mechel Chelyabinsk, a donc été apprécié.

Mais si le respect ne se perd pas à Magnitogorsk, le culte de la victoire a quelque peu dépéri. Le club a ouvert la voie à d'autres nouvelles superpuissances du hockey qui n'ont pas tardé à le dépasser. Il ne peut plus rivaliser financièrement avec l'Avangard ou les Bars, et n'attirera pas les joueurs avec des cartes postales de la ville - une cité industrielle à l'environnement extrêmement pollué. Il doit donc apprendre à faire son deuil du statut de porte-flambeau du hockey russe, ce que sanctionne l'échec logique en quart de finale. Désormais, une page se tourne, avec le retrait programmé du très respecté Belousov et avec l'arrivée d'un entraîneur étranger.

 

Septième : Dynamo Moscou. La réunion du duo Razin-Golts, qui en son temps avait fait des étincelles à Magnitogorsk, a été un flop. Le courant n'est pas passé avec l'entraîneur Zinetulla Bilyaletdinov, et leur ligne avec Savchenkov n'a pas fait long feu, car Golts a été plusieurs fois convié à suivre un match depuis les tribunes. Finalement, Aleksandr Golts a été transféré à Cherepovets à la trêve de décembre, et Andrei Razin a souvent dû manger son pain noir sur la troisième ligne.

On a parlé de regain d'intérêt pour le hockey à Moscou, et le Dynamo en a été le vecteur naturel par sa position de pointe dans la capitale. Mais c'est aussi ce qui a causé sa perte : après avoir gagné les deux premières rencontres à l'extérieur en quart de finale à Omsk, il était dans une position idéale qu'aucune équipe n'avait jamais ratée... et il n'a pas supporté la pression. Il faudra tirer les leçons de cette occasion manquée, car le Dynamo risque bientôt, outre la concurrence des puissants clubs de province, de voir à nouveau planer l'ombre du CSKA, dans laquelle il a trop longtemps souffert. Le Dynamo comptera pour cela sur son jeune prodige Aleksandr Ovechkin, déjà décrit à dix-huit ans comme la star planétaire de demain, et qui devrait prendre de nouvelles responsabilités la saison prochaine.

 

Huitième : Salavat Yulaev Ufa. À l'image de Kazan chez les Tatars, ce qui se passe à Ufa est fortement lié au pouvoir politique de la république autonome de Bashkirie, dont cette ville est la capitale. Cela va parfois jusqu'à l'ingérence dans les affaires du club. Après la deuxième période d'un match contre Khabarovsk début octobre, le premier ministre Raphaël Baïdavletov décida ainsi de but en blanc de licencier le président du club Tagir Daukaïev (qui se prendra une amende quelques semaines plus tard pour avoir agressé un arbitre) et l'entraîneur Sergueï Nikolaïev. Après la fin de la rencontre, le capitaine de l'équipe Vitali Karamnov a alors demandé audience au potentat local et, le lendemain matin, une délégation de sept joueurs a pu obtenir un sursis d'un mois, le temps de revenir dans les huit premiers.

C'est ainsi que l'entraîneur qui est réputé pour être le plus blessant envers ses joueurs, ne trouvant jamais de mots assez acides en public lorsque ceux-ci commettent des erreurs, doit à ses joueurs de l'avoir sauvé, sans que cela ait rien changé à leurs relations et à son autorité. Les hockeyeurs ont bien fait de résister aux caprices du pouvoir politique et de venir plaider la cause de leur impitoyable coach puisque le club a atteint ses objectifs, atteindre les play-offs, même s'il n'a pu faire mieux malgré une belle résistance contre l'implacable Yaroslavl.

 

Neuvième : Metallurg Novokuznetsk. Chacun était bien conscient à Novokuznetsk qu'il ne serait pas aisé de se qualifier pour les quarts de finale. La mission était presque impossible avec sept favoris quasi-assurés de finir dans les huit, plus Ufa en candidat le plus sérieux. Pour se glisser parmi ce cercle très fermé, il aurait en particulier fallu que les gardiens soient sans faille. Malheureusement, Vadim Tarasov, autrefois élu meilleur gardien du championnat russe, n'est pas revenu au même niveau après ses années passées en Amérique du nord. La concurrence avec le gardien biélorusse Sergueï Shabanov n'a permis ni à l'un ni à l'autre de parvenir au niveau espéré.

Personne ne songe donc à accabler l'entraîneur. Pourtant, après la défaite du 6 mars contre Novossibirsk dans ce qui était l'ultime chance d'accéder aux play-offs, Nikolaï Soloviev, homme qui ne rechigne jamais à s'excuser publiquement y compris quand il estime qu'il s'est un peu trop emporté contre un joueur, effectue son auto-critique. Il annonce donc qu'il n'a pas rempli sa tâche et qu'il remet sa démission, laquelle est alors refusée par le président du club - et accessoirement maire de la ville - Sergueï Martin, qui explique à la télévision locale qu'il tient à garder Soloviev. Celui-ci affirme pourtant qu'il n'est pas chez lui à Novokuznetsk, et il semble surtout dégoûté d'entendre des supporters soupçonner le club d'avoir "acheté" les victoires contre les grosses écuries et d'avoir "vendu" les défaites contre des petites équipes, comme si tout résultat contraire à la "logique" est forcément anormal. Tout laisse alors croire à son départ prochain, et la rumeur l'envoie déjà au Spartak, qui peut regretter de l'avoir laissé partir la saison dernière, mais on ne tient pas chez les Moscovites à revenir sur les mêmes chemins que par le passé. Par conséquent, l'émotif Nikolaï Soloviev reste finalement pour deux saisons, moins désabusé mais toujours responsable de ses actes. Il bénéficiera d'un assistant, Dmitri Kuroshin, qui s'occupera spécifiquement des gardiens, le point noir de la saison.

 

Dixième : CSKA Moscou. Quels qu'aient été les bouleversements politiques, Viktor Tikhonov a toujours la même philosophie du hockey et n'a pas beaucoup changé ses méthodes. Le mot "surcharge" ne fait pas partie de son vocabulaire, il le considère presque impossible à atteindre. Pendant la dernière trêve de février, ceux qui ont assisté à son camp d'entraînement en Finlande ont estimé qu'il risquait de griller ses joueurs par le sur-entraînement, et que l'équipe risquait de ne plus avancer dans ses derniers matches. Finalement, le CSKA a fait une fin de saison en boulet de canon, bien aidée il est vrai par son gardien tchèque Dusan Salficky, et a presque failli accrocher les play-offs. Sur l'ensemble de la saison, le bilan a été très nettement positif. Quand on se rappelle d'où revient le CSKA, entre les relégations et la dissidence, on peut parler d'une renaissance. Tikhonov a ainsi retrouvé son prestige au point de redevenir incontournable dans le hockey russe.

Si cette résurrection est remarquable, c'est qu'elle a été réussie avec l'équipe la plus jeune du championnat. Son plus célèbre joyau, Nikolaï Zherdev, a été une vraie attraction pour les spectateurs, mais ce talent brut n'est pas forcément le plus facile à gérer pour Tikhonov, par rapport à certains de ses coéquipiers plus dociles. Il a montré son manque de maturité dans la prise de responsabilités et doit encore progresser dans sa lecture du jeu et dans son travail collectif, mais c'est compréhensible pour un joueur de dix-huit ans. Sa ligne avec un autre ailier prometteur, Shkotov, et le centre expérimenté Leshchev a été la plus créative, même si sa cohésion est perfectible.

 

Onzième : Amur Khabarovsk. L'évolution récente de ce club est typique de la situation actuelle du sport russe, souvent soupçonné de servir de paravent pour le blanchiment d'argent sale : il y a huit ans, le gouverneur de Khabarovsk s'est entretenu avec les différents patrons des grosses industries de la région (pétrole, gaz, et prospection minière) de l'avenir des clubs sportifs, que l'état décomposé ne pouvait plus financer. L'entreprise d'extraction de métaux précieux Amur a choisi de prendre en charge le hockey sur glace, qui était un club de l'armée (SKA) à l'époque soviétique. Les joueurs sont des salariés du cartel (ce qui selon ses dirigeants rend impossible l'existence d'une caisse noire puisqu'ils sont déclarés dans les comptes). Comme dans tous les clubs du pays, ce financement se fait sans retour sur investissement, puisque les recettes générées par les équipes de hockey sur glace correspondent à peine à 20% de leur budget. La volonté de se maintenir à tout prix dans l'élite, même si cela gêne les autres clubs qui se passeraient bien du long déplacement à Khabarovsk, est farouche. La raison officielle est que cela donne une distraction dans un Extrême-Orient russe où les conditions de vie ne sont pas toujours faciles.

L'Amur a effectivement une équipe solide, avec trois premières lignes équilibrées, des leaders comme Krivokrasov et Spiridonov, ainsi que le vétéran Yakasov qui a un des lancers les plus puissants du championnat. De plus, le gardien américain Alex Westlund, qui trouve dans la pratique du yoga un moyen d'améliorer sa concentration, a réussi à succéder à Plouffe, dont la cote a chuté au Spartak de Moscou.

 

Douzième : Neftekhimik Nijnekamsk. Il y a eu du mouvement à Nijnekamsk en cours de championnat, notamment parce que la greffe slovaque n'a pas pris. Le centre Richard Sechny et le défenseur Stanislav Jasecko, rarement titularisés, sont ainsi repartis dès la fin octobre en accord avec le club. Quant à l'ex-capitaine, le défenseur Aleksandr Titov, il a été lâché à la mi-février. Pourtant, la saison du Neftekhimik a été plutôt calme, à l'image de son leader incontesté Rinat Kasianov, lui-même Tatar (mais de Kazan), un des centres les plus réguliers du championnat.

L'équipe de Vladimir Krikunov a longtemps été exemplaire de constance, montrant un niveau de jeu tout à fait appréciable. Malheureusement, au classement, elle s'est contentée de naviguer entre deux eaux. Elle a souvent eu les play-offs en point de mire, mais sans qu'on l'a laisse s'installer dans ce compartiment réservé. Et en fin de saison, alors qu'elle était dans le "ventre mou" et qu'elle affrontait des adversaires plus motivés par des enjeux cruciaux, elle a un peu reculé vers une douzième place sans doute conforme à son niveau.

 

Treizième : SKA Saint-Pétersbourg. Le vieux Nikolaï Puchkov n'a finalement tenu qu'un mois à la tête du SKA. Boris Mikhaïlov, qui est très vieille école mais qui à 58 ans a connu quatorze printemps de moins que son prédécesseur, a alors retrouvé une place. Il n'aura pas été au chômage très longtemps après sa mise à l'écart de l'équipe nationale, qu'il est le seul à avoir conduit sur le podium depuis que la Russie joue sous ses propres couleurs. En tant qu'entraîneur, Mikhaïlov a ses partisans et ses détracteurs, et leur avis n'a aucune raison de changer. Les uns vanteront ses résultats, les autres pointeront du doigt la manière informe et sans éclat de les obtenir. Encore une fois, l'ancien brillant attaquant, recordman - à vie - des buts marqués en championnat du monde, a avant tout fait en sorte que son équipe n'en encaisse pas. Mais pour une équipe menacée de relégation comme le SKA, c'est exactement ce qu'il fallait pour réussir à se maintenir.

Même ce jeu peu spectaculaire n'a pas dissuadé le public de venir, bien au contraire. L'objectif de faire grimper la popularité du hockey n'a pas été atteint, il a été dépassé. Les records d'affluence sont tombés les uns après les autres, jusqu'à ce match décisif pour le maintien face au Spartak qui a réuni plus de douze mille personnes. La patinoire de Saint-Pétersbourg ne restera pas une coquille vide. Même si elle avait été inaugurée par des championnats du monde catastrophiques pour les Russes, ces vieux démons sont aujourd'hui chassés, et cette enceinte est désormais liée à un club, le SKA, qui peut de nouveau espérer se faire une place dans le hockey russe.

 

Quatorzième : Sibir Novossibirsk. À l'heure où des clubs plus cotés ont laissé des plumes dans la "roulette russe" de ce championnat à quatre relégations, le Sibir Novossibirsk, bénéficiant de la régularité de son gardien canadien Christian Bronsard, a surpris en restant constamment hors de la zone rouge.

Son principal atout, c'est son public. Alors que beaucoup de clubs russes ont des patinoires vieilles et exiguës, le Sibir a au moins l'avantage de la capacité. Son enceinte, où le club se refuse à mettre la moindre publicité, contient officiellement 7400 personnes, et en a déjà accueilli jusqu'à douze mille l'an passé lors de la rencontre décisive pour la montée. Au cur de la Sibérie, le hockey sur glace est ancré dans la culture de la ville, les spectateurs sont fidèles et le club est même un des seuls à dégager des recettes conséquentes avec ses entrées aux guichets (de quoi payer les déplacements, les repas et les logements des joueurs, tout de même pas les salaires). Dans ce royaume des connaisseurs, on applaudit les défaites à la fin du match lorsqu'on a vu du beau hockey et que l'équipe locale a tout donné.

 

Quinzième : Spartak Moscou. Combattant sur la glace, Boris Maïorov a conservé son tempérament sanguin dans son poste de président, ce qui a peut-être incité certains joueurs à faire leurs valises, via des demandes d'augmentation faramineuses, à l'intersaison. Surtout, Maïorov a été le principal promoteur de la réduction de la Superligue à seize équipes, une mesure dont son club a finalement été lui-même victime. Le Spartak s'est rapidement retrouvé dans la zone des relégables, et on a donc procédé à un grand nettoyage dès la première trêve de novembre : le président Maïorov, l'entraîneur Kaneïrykin ainsi que plusieurs joueurs ont pris place tous ensemble dans la charrette.

Comme cela a presque toujours été le cas dans la tradition des rouge et blanc, la solution interne a été privilégiée, et le poste d'entraîneur a donc été confié à un homme qui connaît bien les rouages du club, en l'occurrence Sergueï Shepelev. De même pour la place de président, une autre légende du club, Vyacheslav Starshinov, a succédé à Maïorov, avec qui il formait dans les années soixante la ligne-symbole du Spartak. Shepelev n'était d'abord qu'intérimaire, et n'est devenu officiellement entraîneur qu'en obtenant un bilan positif lors de son premier mois de présence. Mais cette résurrection, à laquelle ont grandement contribué les frères Rybin, n'a pas été suffisante au bout du compte.

 

Seizième : Mechel Chelyabinsk. Le principal fardeau du club a certainement été les longues tergiversations pour savoir qui en serait le propriétaire. Mais la holding qui en a finalement eu le contrôle a cherché les responsabilités ailleurs, décidant à distance depuis Moscou de procéder à un grand chambardement. Le président Aleksandr Ivanyuk a été remplacé par Sergueï Grigorkin le 2 décembre, et deux jours plus tard, malgré la fin d'une série de six défaites, c'était au tour de l'entraîneur Sergueï Paramonov de sauter avec tout son staff.

Son successeur Vladimir Vassiliev, qui n'avait plus été en fonction depuis un an et demi, a établi le diagnostic que les attaquants avaient tout à fait le niveau, mais qu'ils étaient plombés par les problèmes défensifs. Il n'a pourtant réussi à les résoudre que le temps d'une première victoire. Il faut dire que, peu après la prise de fonction de Vassiliev, une quinzaine de joueurs envoyèrent une lettre à la direction pour demander son départ et le retour de Paramonov. Vassiliev eut vent de la chose, et le clash inévitable provoqua le départ de nombreux vétérans. Finalement, après onze défaites de suite, le comité directeur du conglomérat métallurgique Mechel résolut de se dédire en février et rappela en urgence Paramonov. Rattraper le temps perdu était alors une mission impossible, même si on ne peut pas affirmer que le club aurait réussi à se maintenir sans cette pratique nuisible du siège éjectable.

 

Dix-septième : Molot-Prikamie Perm. La relégation a été prise avec plus de sérénité à Perm qu'ailleurs, parce que chacun savait dès le début qu'il serait bien difficile d'y couper, et qu'on sait dans cette vraie ville de sport que cette simple descente ne sera pas catastrophique pour l'avenir du hockey local. Celui-ci est d'ailleurs habitué à passer au second plan, car s'il est dans une "ville de sport", c'est aussi parce qu'il n'y est qu'en troisième position derrière le foot et le basket.

Mais le Molot-Prikamie prépare le futur avec assurance, en continuant à faire confiance au staff en place, et en prévoyant déjà un rajeunissement de l'équipe pour repartir sur de nouvelles bases.

 

Dix-huitième : Krilya Sovietov Moscou. Les problèmes des Krilya Sovietov ont commencé bien avant le début de la saison. Pendant l'été, de nombreux joueurs sont partis parce qu'ils n'ont pas obtenu les augmentations de salaire réclamées. Les dirigeants ont dû investir deux millions de dollars dans de nouvelles installations de production de froid, afin de rénover une patinoire d'un autre âge dont on se demande comment elle faisait pour fonctionner encore. Les problèmes financiers ont obligé le club à déclarer forfait pour le tournoi de pré-saison de Cherepovets, puis les joueurs se sont mis en grève au lieu de jouer un match amical contre le CSKA pour protester contre les salaires impayés.

Néanmoins, le club a échappé à la banqueroute, et il a effectué un début de saison correct. Mais tout ce qu'il pouvait faire pendant les périodes de transfert de novembre et de décembre, c'était bouleverser l'effectif en apparence en changeant notamment la quatrième ligne. Après la première trêve, en novembre, les défaites se sont enchaînées l'évidence s'est imposée quant à l'épilogue du championnat. On a reproché à cette équipe son manque de combativité, mais avait-elle les moyens d'empêcher l'inévitable descente ? Sans doute pas. L'avenir du club est flou ; on sait en tout cas qu'il se fera sans Sergueï Kotov, à qui il a dédié trente ans de sa vie de joueur et d'entraîneur, mais qui ne voulait pas continuer dans une telle incertitude.

 

Et en Vysshaya Liga... Ce sont deux clubs historiques du championnat soviétique qui ont réussi à remonter en Superligue, Nijni-Novgorod (ville qui s'appelait à l'époque Gorki), où on a assumé l'étiquette de favori, et Voskresensk, qui s'est trouvé un vrai leader avec le puissant ailier Roman Oksiuta, qui avait développé ses talents de buteur dans le club avant de partir plusieurs saisons en NHL. Ces deux équipes étaient un ton au-dessus, et avaient déjà marqué leur territoire en se détachant dans le groupe ouest, clairement le plus fort. Ils y ont été accompagnés par les deux "Neftyanik" (clubs de l'industrie pétrolière) de Tatarie, entre qui l'émulation a bien fonctionné. Lorsque celui de Leninogorsk s'est glissé dans le groupe de tête, celui d'Almetievsk a changé son entraîneur pour ne pas être en reste. Le nouvel homme en place, Rishat Gimaïev, s'est fixé comme objectif le podium de la poule finale, objectif qu'il n'a raté qu'à la différence de buts. La montée n'est pas forcément à l'ordre du jour, mais la république des Tatars toujours avide de reconnaissance accueillerait volontiers un troisième club dans l'élite.

À l'est, la lutte pour la qualification dans la poule finale à huit a été plus serrée, même si le Traktor Chelyabinsk a déçu en ne s'y mêlant pas. C'est finalement l'Energiya Kemerovo, toujours régulier, qui a viré en tête grâce à la bonne saison de son gardien Sergueï Podpuzko. Mais la poule de promotion a été un très gros morceau, et un humiliant 0-9 face au Khimik Voskresensk a scellé son sort. Kurgan ne se faisait pas trop d'illusions, car il ne pouvait plus compter sur l'aide d'Omsk qui lui avait prêté quelques joueurs. En revanche, son voisin Tioumen, qui avait fait un détour en Italie en janvier pour remporter les Universiades d'hiver pour le compte de la Russie après une première moitié de saison moyenne, a finalement joué dans la cour des grands. Emmené par son entraîneur-joueur-buteur Nikolaï Babenko, il a gêné les favoris d'entrée, mais ceux-ci ont retenu la leçon au retour. Il a dû ainsi se contenter d'un match nul éliminatoire lors du duel décisif de l'avant-dernière journée contre Voskresensk.

Marc Branchu

 

 

Retour à la rubrique articles