Bilan du Super 16

 

La page du championnat de France 2002/03 de Super 16

 

La première saison du Super 16 a confirmé ce à quoi on s'attendait, à savoir que la grande reconstruction du hockey français était sur la bonne voie, mais que le chemin était encore long avant que les réformes décidées l'été dernier puissent porter leurs fruits. Vestige d'un mode de gestion à court terme qui utilise l'équipe première pour faire mousser un club sans structures solides, le forfait prématuré de Besançon rappelle qu'il faudra encore des efforts supplémentaires pour faire changer les mentalités, et pour que tout le monde se sente impliqué dans les projets de Luc Tardif qui visent à se débarrasser enfin des maux récurrents du hockey français.

Les différences de niveau ont été moindres que ce que l'on pouvait craindre, et la grande surprise créée par Dijon et son équipe qui a fait la part belle aux jeunes Français a prouvé qu'il était possible de faire progresser des jeunes au contact du haut niveau, objectif avoué du niveau championnat. Le succès populaire a également été au rendez-vous dans la plupart des villes du Super 16, qui a maintenu une moyenne de spectateurs proche de celle de l'élite avec beaucoup plus de clubs. Néanmoins, les affaires qui ont trop souvent fait vacillé le hockey français n'ont pas disparu. Des règlements incertains, souvent mal connus de ceux qui doivent les respecter, mais aussi, plus inquiétant, de ceux chargés de les faire appliquer, prouvent que les organes de la fédération, tout comme les clubs, ne deviendront pas responsables d'un seul coup. Rome ne s'est pas bâtie en un jour...

 

Premier : Rouen. Même s'il partait avec l'étiquette de favori, Rouen a connu une première phase très mouvementée. Pas sur la glace, hormis les blessures qui l'ont handicapé en Coupe Continentale, mais en coulisses. L'intersaison avait été marquée par les discussions sur la limitation des étrangers à huit par équipe, un gentleman agreement qui n'avait pas pu être appliqué du fait de l'opposition de Brest, Tours et Besançon. Rouen s'y était conformé sans problèmes, mais tout le monde avait alors oublié un vieil article qui limitait à quatre le nombre de joueurs venant de pays n'appartenant pas à l'Union Européenne et n'ayant pas d'accord d'association avec elle (soit, en matière de hockey, quasi-exclusivement l'Amérique du nord) qui peuvent être alignés dans un match. Sûrs de leur bonne foi, les Rouennais n'ont même pas cru l'arbitre M. Bocquet lorsqu'il leur a signalé le problème lors de la rencontre Dunkerque-Rouen.

C'était déjà la troisième rencontre que le RHE jouait avec six Canadiens, et il apprit dans la semaine suivante qu'il risquait de les perdre toutes les trois sur tapis vert. S'ensuivit une interminable polémique sur les conditions particulières de chacun de ces matches, à cause des habilitations différentes de chacun des organes fédéraux appelés à entériner les résultats ou à étudier les recours, à cause d'un problème de licences qui s'était greffé sur l'affaire (il serait temps que les licences soient contrôlées en amont pour éviter ces problèmes ridicules en début de saison), etc... Rouen ne savait combien de points il allait perdre, entre zéro et neuf, et se sentait menacé dans la qualification pour le poule finale. Il prit sa revanche en gagnant donc toutes ses rencontres de la poule nord, même s'il dut en laisser le commandement à Amiens du fait des points perdus administrativement.

Cette affaire affecta également l'effectif rouennais. Comme on ne pouvait pas faire tourner six joueurs pour quatre places, il fallait se séparer de l'un d'eux, et on assista ainsi au départ crève-cur de David Bahl. D'autant plus crève-cur quand on apprit début janvier qu'un autre Canadien, François Bourdeau, avait choisi de rentrer au Québec, et que, si on s'en était douté plus tôt, on aurait pu éviter de renvoyer chez lui un joueur qui voulait, lui, rester. Rouen recruta également deux jokers, le physique Franco-Canadien Pierre Allard, et le polyvalent Finlandais Sami Karjalainen, presque aussi travailleur sur la glace que la référence Alain Vogin, et qui rendit bien des services à l'équipe en jouant attaquant ou défenseur selon les besoins. Or, les besoins de l'équipe étaient variables du fait d'un effectif restreint, qui conduisit par ailleurs l'entraîneur Franck Pajonkowski à rechausser les patins - et à marquer au passage son millième point avec le maillot des Dragons.

Après la première phase triomphale, la deuxième phase fut plus difficile. On attendait la confrontation avec l'invaincu de l'autre poule, Mulhouse, mais les défaites arrivèrent quand on s'y attendait le moins, à Villard, à Grenoble et contre Amiens. Les adversaires avaient donc repris espoir et Rouen paraissait prenable à l'approche des play-offs. Cela n'en rendit la victoire finale que plus belle...

Ce septième titre ponctue la fin d'un cycle, celui du buteur Éric Doucet, meilleur compteur du championnat magnifié par le passeur David Saint-Pierre, et de son partenaire Guillaume Besse. Quel meilleur symbole que Besse pour le RHE, un club auquel il s'identifiait comme le prouvent ses déclarations anti-amiénoises qui ont beaucoup fait parler avec la finale. C'est quand il a été blessé que Rouen a connu ses défaites, c'est quand il est revenu que la route vers le titre s'est rouverte. Tout à fait à l'aise à Rouen, mais jamais en équipe de France dont il a finalement claqué la porte, Guillaume Besse a choisi de mettre le hockey entre parenthèses afin de vivre une nouvelle vie au Canada, un pays avec lequel le hockey rouennais est culturellement très lié.

 

Deuxième : Amiens. Après avoir récupéré les anciens de Reims, les Gothiques sont devenus l'anti-chambre de l'équipe de France avec leurs nombreux internationaux, sans compter ceux qui le deviendront peut-être bientôt. Il n'y a que deux étrangers dans cette équipe, mais ils sont de haut niveau avec le bon attaquant finlandais Arto Kulmala et l'excellent défenseur suédois Frederik Bergqvist. Même si Amiens n'a pas autant bâti son jeu sur lui que l'an passé, Bergqvist a encore été extrêmement précieux. Il sera donc regretté puisqu'il retourne en Suède parce que sa femme, qui ne parle pas français, souhaite retravailler.

Les Amiénois ont vécu la finale comme un choc des cultures, entre leur équipe qui démontre la valeur de la formation française, et le club de Rouen où prime la "culture du résultat", comme l'a résumé Denis Perez qui a connu les deux. La défaite dans cette finale, qui s'est jouée à si peu de choses si l'on songe notamment aux tirs au but qui ont scellé trop vite le sort du deuxième match, a été d'autant plus frustrante pour les Gothiques.

Elle ne saurait toutefois oublier que cette finale est déjà un accomplissement exceptionnel. Cette équipe d'Amiens a en effet connu nombre de contre-performances au cours de la saison, notamment la défaite à domicile contre Angers, mais aussi celle contre Brest qui a un temps fait douter certains de la qualification des Picards pour les play-offs. Trop irrégulière, elle a subi de nombreuses critiques, y compris de ses supporters, persuadés qu'elle était capable de mieux. Mais, en play-offs, elle a pratiqué du beau jeu chaque soir et a complètement convaincu. Antoine Mindjimba, souvent montré du doigt pour ses coups de sang, a été impeccable quand la finale était en jeu. Antoine Richer a ainsi fait mentir cette fois les principaux reproches qui étaient adressées à ses équipes, qui n'exprimaient pas pleinement leur potentiel et défaillaient dans les moments décisifs. Le collectif a été solide jusqu'au bout, et la place en finale est une belle récompense pour cette équipe dont certains doutaient.

Si les prestations d'Amiens ont parfois été jugées avec sévérité, c'est que son statut de réservoir de l'équipe de France a également fait monter le niveau d'exigence requis. On préfère en effet voir les piliers des Bleus donner eux-mêmes l'exemple en évoluant à haut niveau à chacun match, donnant ainsi la voie à suivre à tout le hockey tricolore. Son porte-drapeau pour la saison aura finalement été cet infatigable patineur qu'est Laurent Gras, élu meilleur joueur français du championnat par les entraîneurs du Super 16.

 

Troisième : Mulhouse. Les Alsaciens montent pour la première fois sur le podium national, et ce n'est que justice au vu de leur superbe saison. Ils avaient tout d'abord engrangé les victoires dans la poule sud comme à l'époque de la Nationale 1, mais ils restaient prudents, en sachant que la poule nord était présumée plus forte. Mais, une fois, en Coupe Magnus, les nuls obtenus à Amiens et surtout à Rouen dans le choc au sommet entre deux équipes alors invaincues avaient confirmé leurs prétentions. Mais l'entraîneur Christer Eriksson savait que cette invincibilité, qui a duré plus longtemps que celle de Rouen, était fragile, et il n'a pas été surpris outre mesure, à son retour de Lettonie où il accompagnait l'équipe de France féminine aux championnats du monde de division I, de retrouver une équipe qui venait de connaître trois défaites.

Il faut dire que les Mulhousiens avaient été handicapés par la blessure de pièces maîtresses. La saison s'est en effet terminée prématurément pour Olivier Coqueux, partenaire privilégié du buteur slovaque Juraj Faith dont le jeu a donc également été affecté par la fracture de la clavicule de son complice sur la glace, et pour Miikka Ruokonen, pilier de l'organisation défensive mulhousienne dont on n'a cessé de vanter les mérites,. Mais ce qui a fait défaut en play-offs, c'est surtout autre chose : l'expérience. Là où les Amiénois ont su se transcender en play-offs et où le Coliseum s'est de nouveau enflammé, l'environnement mulhousien a forcément paru plus timide, pas encore habitué à vivre ce genre d'évènements. Cela viendra petit à petit, et ce podium obtenu pour une deuxième saison au plus haut niveau est déjà très encourageant. Un petit bémol au sujet d'Eriksson : au lieu de répéter à l'envi à la presse tout le bien qu'il pense de ses jeunes joueurs (Croz, Bergamelli, Bringuet...), il serait bon de passer des paroles aux actes et de prouver qu'il a confiance en eux en les faisant monter sur la glace plus souvent, car ils ont passé l'âge de cirer le banc.

Il est par ailleurs dommage que la fin de saison ait été légèrement ternie par la suspension de patinoire d'un match, applicable pour le début de la saison prochaine après les incidents du match Mulhouse-Rouen. En fait d'incidents, ceux-ci étaient en fin de compte restés légers, puisque le bilan se limitait au sentiment d'insécurité d'un joueur et à un jet de rouleaux de papier toilette sur la glace. Mais la sanction s'est surtout voulue préventive, afin qu'on ait jamais à statuer sur des problèmes plus sérieux. Le groupe des Ultras de Mulhouse a en effet cristallisé sur lui les inquiétudes de nombre d'amateurs de hockey, qui ne voulaient pas que ce sport à l'ambiance fraternelle et sympathique connaisse les mêmes dérives que le football. On espère que la polémique née à ce sujet ne s'enflammera pas inutilement et que ce problème pourra être résolu en interne et en toute sérénité. Il ne faudrait pas que l'inspiration de certains supporters renommés du hockey suisse, géographiquement naturelle à Mulhouse, conduise également à copier certains débordements.

 

Quatrième : Grenoble. Il n'y a jamais eu d'adhésion envers Dimitri Fokine à Grenoble. Tout juste les critiques à l'encontre de l'entraîneur russe se sont-elles tues par moments quand les résultats suivaient, mais elles ressurgissaient à chaque contre-performance. Ces signes ne trompent pas, et c'est donc sans surprise que les Brûleurs de Loups auront un nouvel entraîneur l'an prochain. Les reproches formulés par les supporters et les observateurs envers le Grenoble version Fokine tenaient essentiellement dans la disparition progressive du jeu collectif.

Cette saison n'a pas rattrapé les précédentes. Trop souvent incapables de prendre la partie à leur compte et d'imposer leur jeu, les Isérois se sont trop souvent reposés sur le talent individuel de Benoît Bachelet, Jesse Saarinen et surtout Josef Podlaha, le Tchèque capable de claquer trois voire quatre buts dans un même match. Mais quand ce même Podlaha joue diminué à cause de douleurs aux adducteurs, comme lors des play-offs, c'est toute l'équipe qui prend l'eau, incapable d'éviter un naufrage collectif face à une équipe rouennaise contre laquelle elle avait fait illusion lors de la Poule Magnus.

Grenoble n'a jamais paru sûr de soi et maître de son hockey. Doutant de leur capacité à atteindre les play-offs, les Brûleurs de Loups ont joué la carte du recours juridico-administratif pour effacer leur contre-performance contre Dijon, et récupérer sur tapis vert des points qu'ils ne méritaient sans doute pas, quand bien même la prolongation s'était étrangement jouée à trois contre trois. Le tout pour un bénéfice nul et une image bien peu fair-play donnée au monde du hockey. Les Grenoblois valent beaucoup mieux que ça, mais le potentiel reste intact pour être toujours un des fers de lance du hockey français, que ce soit au niveau des structures dont bénéficie le club ou de la qualité de ses jeunes joueurs.

 

Cinquième : Brest. L'effectif brestois était impressionnant, et ce n'est donc pas une surprise de le trouver à cette position. La principale interrogation concernait le poste de gardien, et elle a été levée, moins par le joker Jean-Baptiste Dell'Olio, qui n'était après tout que le seul choix possible du moment, mais par la révélation Gabriel Bounoure, qui a fini titulaire et qui a prouvé par ses performances qu'il le devait à bien autre chose qu'à son statut de fils du président. Un retour inespéré pour un joueur qui avait été cloué au lit pendant deux mois à l'été 2001 en raison de graves problèmes de dos. Le seul problème de Gaby Bounoure, c'est qu'il souffre régulièrement de crampes quand arrive le troisième tiers... ce qui a permis au cadet Florent Uguen de jouer deux matches de Super 16, pendant respectivement trois et quatre minutes.

Pourtant, la qualification pour les demi-finales n'a été envisageable que brièvement, parce qu'une très mauvaise ambiance régnait dans cette équipe. Des joueurs qui reconnaissent eux-mêmes publiquement que l'ambiance est déplorable, des adversaires qui le ressentent sur la glace, on avait rarement vu ça à ce point. Mais c'était une équipe que rien ne rassemblait, composée de joueurs qui n'avaient pas de vécu et de valeurs en commun. Ce n'est pas en rassemblant des talents que l'on crée un collectif soudé.

L'un des points de friction qui ont dégradé l'ambiance dans les vestiaires des Albatros est le sort réservé aux jeunes joueurs français recrutés en grande pompe, qui se sont en fait retrouvés à cirer le banc ou à jouer en division 3, ce que leurs compatriotes ont parfois assez mal supporté. Plus encore que Mulhouse, Brest avait un effectif fourni. Mais, contrairement aux Alsaciens, les Bretons n'ont même jamais essayé de jouer à quatre lignes, même épisodiquement. Et la mise au placard de certains a été mal vécue. C'est dommage, car on a vu de bonnes choses dans cette équipe, notamment chez Daniel Kysela en défense et chez la première ligne d'attaque, dont les performances ont permis le retour en équipe de France des frères Sadoun.

 

Sixième : Anglet. L'Hormadi est resté en retrait des autres anciens pensionnaires de l'élite, même si l'un d'eux a connu une saison bien pire. Anglet n'a jamais paru en mesure de rivaliser sérieusement avec les meilleurs, sauf lorsque ceux-ci connaissaient un jour sans. Certes, les Basques ont rempli leur objectif - peu difficile à atteindre - en se qualifiant pour la poule Magnus, et se sont offert un bonus avec la finale de Coupe de France. Mais la défaite aux tirs au but face à Villard-de-Lans résume le goût d'inachevé que laisse cette saison, qui à un tir près aurait pu être réjouissante. Jamais non plus dans la course aux demi-finales, Anglet a seulement flirté avec le succès.

La première ligne a brillé à l'image du jeu complet de son centre polonais Michal Garbocz, mais le collectif n'a pas toujours suivi. Il est vrai qu'il est encore jeune et perfectible. Il n'était pas prévu que cette formation casse la baraque cette année, mais elle a une belle marge de progression si on la laisse travailler dans la sérénité. Pour cela, il faudra que l'encadrement du club fasse moins de vagues et que les transitions soient négociées en douceur, comme cela a été le cas pour le passage de témoin au poste d'entraîneur de Karlos Gordovil, devenu manager, à Robert Ouellet.

 

Septième : Villard-de-Lans. Le double champion de division 1 n'aurait pas pu rêver meilleur scénario pour son retour au plus haut niveau. Il s'est qualifié pour la poule finale et n'y a pas été du tout ridicule, assumant parfaitement son rôle de trouble-fête, par exemple en infligeant sa première défaite à Rouen. Qu'aurait-on raisonnablement pu lui demander de plus ? La victoire en Coupe de France, bien sûr. Voilà une épreuve idéalement taillée pour les ambitions villardiennes, et le trophée a donc pris la direction du petit village du Vercors, qui a joliment enrichi son palmarès.

La recette du succès a été défini par Dennis Murphy : un tiers d'étrangers, un tiers de Villardiens et un tiers de Grenoblois. Ce cocktail a fait le délice de tous les palais - et palets - et a valu à l'entraîneur américain d'inaugurer le titre de coach de l'année. Les étrangers, à part peut-être Karhula, n'ont pas déçu, et se sont parfaitement fondu dans l'esprit du club, dont les Villardiens ont encore été les garants, tandis que les joueurs issus de la formation grenobloise ont voulu prouver combien ceux qui ne leur avaient pas donné leur chance de jouer dans l'équipe première des Brûleurs de Loups avaient tort. Tous n'ont cessé de progresser au cours de l'année, notamment la ligne Billieras-Goncalves-Bourgey qui a fait une très belle fin de saison.

 

Huitième : Dijon. Indubitables révélations de la saison, les Dijonnais ont pris la quatrième place d'une poule nord, dite "de la mort", pour laquelle on les croyait trop tendres. À l'heure où leurs adversaires recrutaient en masse des étrangers de seconde zone, Dijon a pris le contre-pied de cette tendance en donnant leur chance à de jeunes joueurs français. On saluait le courage de cette politique qui permettait de construire sur le long terme et d'épouser l'esprit des réformes du hockey français, mais on ne pensait pas qu'elle donnerait aussi des résultats si rapidement.

À la vérité, cette incroyable remontée vers la quatrième place qualificative au nord doit surtout beaucoup à deux Slovaques revanchards qui avaient mal digéré les circonstances dans lesquelles ils avaient été écartés de l'élite par leur ancien club, Mulhouse. Le gardien Frantisek Neckar, exceptionnel dans les deux duels décisifs contre Tours, et l'attaquant Miroslav Pazak, buteur à surveiller comme le lait sur le feu, avaient une bonne raison de rejoindre la poule Magnus : pouvoir rencontrer Mulhouse et prouver ainsi à MM. Bauer (pour Neckar) et Eriksson (pour Pazak) qu'ils ont leur place au plus haut niveau. Ils ont récompensé Dijon de la confiance portée en eux par leur fidélité envers ce club, qu'ils ont accompagné dans sa progression et dans sa montée en Super 16.

Mais... Car il faut bien un "mais" dans ce tableau trop idyllique. Après l'imbroglio administratif de l'affaire Rouen, et surtout après la victoire "morale" à Grenoble dont ils se sont sentis volés par un recours juridique (devant le Comité National et Olympique et Sportif Français, organe on ne peut plus indépendant de la FFSG et des réseaux du hockey français), le staff dijonnais a entonné la complainte du petit nouveau qui dérange, martyrisé par les clubs établis de l'élite qui tiennent à leur pouvoir... Ce genre de paranoïa caractérisée et infondée, c'est exactement ce dont le hockey français n'a vraiment pas besoin alors qu'il tente de faire coexister les intérêts de chacun.

 

Neuvième : Tours. Robert Millette avait prévu le coup en annonçant ses objectifs : soit la qualification en poule Magnus, soit la victoire dans la Poule Nationale. Le premier a été manqué de peu, et on s'est donc rabattu sur le second, atteint avec brio. En faisant le carton plein dans cette Poule Nationale, Tours a montré qu'il pouvait nourrir des ambitions légitimes pour l'avenir. Il n'a pas été possible d'aller plus haut cette année à l'issue d'une première phase perturbée par un exil forcé. L'état de la glace de la patinoire tourangelle était en effet si déplorable qu'il a fallu la fermer temporairement pour rétablir une surface de jeu praticable. Mais cette nouvelle intervention d'urgence n'épargnera pas d'effectuer cet été les travaux de fond qui auraient dû être faits depuis longtemps.

Le potentiel est intact à Tours au niveau du public, et si les structures et la gestion du club suivent, il n'y a aucune raison que cette équipe ne compte pas parmi les meilleures de l'Hexagone. Ceci dit, les joueurs qui la composent ont pris de la valeur, et ils n'admettront pas tous de passer une année de plus dans des conditions de logement relativement précaires pour une rémunération minimale. Malgré ses réseaux, Bob Millette ne pourra pas forcément constituer chaque année un tel effectif à un prix si bas, et l'exemple de Besançon doit servir de garde-fou. Que Tours rejoigne le championnat junior élite (qui deviendra bientôt junior tout court vu ce qu'il reste du championnat junior excellence) est donc rassurant, car les derniers joueurs du cru restants sont maintenant trentenaires.

 

Dixième : Clermont-Ferrand. Les Sangliers Arvernes sont sans doute l'équipe qui a le mieux su profiter de la formule du championnat en deux phases. Après des débuts en Super 16 très difficiles et quelques humiliations à domicile, contre Gap ou encore en coupe contre Nice, Clermont-Ferrand s'est rattrapé dans la deuxième moitié du championnat en faisant oublier les errances passées et en donnant du plaisir à ses supporters. La Poule Nationale a donc mis un terme à toute morosité en Auvergne et a permis au club de se relancer dans un esprit plus conquérant.

Cette transformation n'est pas seulement due aux retouches dans l'effectif, dues à des cas de force majeure puisqu'il a fallu recruter les défenseurs américains Kenneth Eddy et Ryan Skaleski pour pallier les départs de Hammer et Naesset, même si ces adjonctions ont permis à une défense qui souffrait de sous-effectif de respirer. C'est surtout en attaque qu'a eu lieu la métamorphose. Face à des adversaires plus abordables, Sami Ryhänen et Stefan Sjödin, restés dans l'ombre de Kukla & co en début de saison, s'en sont donné à cur joie. C'est sur cette seconde moitié de saison réussie que l'on compte bâtir pour l'an prochain.

 

Onzième : Dunkerque. Arrivé du ventre mou de la division 1, le HGD n'a pas renié sa politique de sagesse et s'attendait à une saison difficile. Malgré les premières défaites cinglantes, le potentiel de l'équipe de Stéphane Sabourin était déjà perceptible selon les entraîneurs adverses, et il a fini par se traduire en résultats. Les joueurs venus pour la plupart de la D1, emmenés par le lutin finlandais Jussi Haapasaari, se sont fait une place dans le Super 16. La poule Nationale a finalement récompensé la patience dunkerquoise avec un podium tout symbolique, mais surtout une onzième place dans la hiérarchie nationale, ce qui égale la meilleure performance de l'histoire du club.

Dunkerque a parfaitement su profiter de l'avènement du Super 16. La visibilité au plus haut niveau a permis l'afflux de nouveaux sponsors, et les collectivités locales ont accompagné la tendance en augmentant les subventions en début d'année. Si la présente saison a été jouée presque sans moyens supplémentaires, on s'attelle déjà à la suivante pour présenter une formation plus compétitive. Longtemps, Dunkerque suivait de loin, depuis la D1, la carrière en élite des joueurs formés au club. Bientôt, leur retour ne sera peut-être plus du domaine de l'utopie et les Nordistes pourront récolter les fruits de leur travail de formation.

Douzième : Briançon. C'est de justesse que les Diables Rouges ont conclu cette saison avec l'objectif minimum, la suprématie départementale, obtenue pour un tout petit point d'avance par rapport à Gap. On attendait un écart plus grand entre les deux clubs des Hautes-Alpes, mais Briançon n'a pas réussi à faire le Grand Chelem, perdant le quatrième et dernier derby au programme. Le bilan est donc plutôt décevant, et certains pointes du doigt Julien Figved. C'est oublier combien le jeune gardien a été précieux en début de saison pour que Briançon prenne pied dans le Super 16.

Ensuite, il a contracté une mononucléose, maladie évidemment très handicapante pour un sportif de haut niveau. Difficile dès lors de lui reprocher sa baisse de performance... En tout cas, Sébastien Muret a su saisir sa chance pour s'affirmer dans les cages à un niveau qu'on ne lui soupçonnait pas. Parmi les autres bonnes surprises, on note un attaquant qui retrouvait l'élite, Éric Blais, et un autre qui la découvrait, Cédric Boldron.

 

Treizième : Angers. Une saison noire comme celle-là, c'est quelque chose de rare. En tout cas, on l'espère à Angers car on n'a pas du tout envie d'en revivre une autre. On savait que les Ducs étaient l'équipe de l'ex-élite la plus en danger en première phase, notamment à cause du jeu physique de Tours qui ne lui convenait pas. Mais qui eût cru à l'époque que ce serait à Dunkerque ou contre Dijon qu'Angers perdrait la face ? Lorsque les défaites se sont enchaînées, rien n'a pu enrayer le cycle infernal, même pas la mise à l'écart de l'entraîneur Derek Haas, dont le style ne convenait plus du tout.

Sous la conduite de Grégory Girardot reconverti au coaching, Angers était censé se relancer, mais la poule de consolation est devenue elle aussi poule de désolation. Démotivée à l'image de son capitaine Benoît Pourtanel, l'équipe a subi les évènements contraires comme les blessures de Juho Jokinen ou Christophe Burnet. Les Ducs ont même laissé passer la chance de sauver la saison par la Coupe de France, et le bilan est aussi incroyable qu'humiliant. Dire que c'est cette même équipe qui s'était imposée au Coliseum... Le potentiel était là, pas de doute, mais beaucoup de joueurs sont restés bien en dessous de leurs possibilités. Les déceptions les plus manifestes ont été Paulin Bordeleau junior et surtout Chris George, qui a peut-être conclu là sa jeune carrière de joueur drafté en NHL, une ligne sur son CV à laquelle on avait sans doute attaché trop d'importance et qui n'a jamais compensé sa lenteur de jeu et de patinage.

 

Quatorzième : Gap. Même si le forfait de Besançon a débarrassé Gap de la préoccupation du maintien, il l'a aussi privé d'un point très précieux obtenu en Franche-Comté, qui aurait pu lui permettre de ne pas terminer lanterne rouge. Cette place, on leur avait prédit, mais personne n'aurait mis un kopeck sur le fait qu'il aurait fallu pour cela les départager à la différence de buts particulière avec Angers...

Avec ses petits moyens, Gap a en effet joué à merveille son rôle de trublion. Il a gêné de nombreux adversaires par son jeu physique et défensif, regroupé autour de son excellent gardien Radek Lukes. Les jolis coups isolés que les Rapaces pouvaient espérer ont bien eu lieu, et Clermont-Ferrand a notamment été piégé deux fois à domicile par les contre-attaques gapençaises.

 

Quinzième (forfait général) : Besançon. Difficile de dissocier dans le cas bisontin la faillite financière de la faillite sportive. Même si chacun a renvoyé la faute sur son voisin, il ne peut pas y avoir qu'un seul coupable après un tel désastre, entre ceux qui ont caché la réalité et ceux qui ont fermé les yeux. Le président a fui ses responsabilités en quittant le navire avant que celui-ci coule, et le trou alors découvert dans la coque a conduit le club a déclarer forfait pour le reste de la saison. Quant à la caution bancaire qui avait finalement décidé la commission de contrôle de gestion à valider le dossier du club en tout dernier ressort, elle avait entre-temps disparue.

Encore une fois, la perspective de succès à court terme a aveuglé un club qui n'a pas voulu écouter ceux qui doutaient de sa politique, qualifiés de médisants ou de jaloux, mais qui avaient tout simplement un fort sentiment de déjà vu. Monter de toutes pièces une équipe de haut niveau n'a pas attiré les foules dans la patinoire Lafayette, et a encore moins permis d'attirer de nouveaux licenciés. La politique élitiste a également fait des ravages dans le hockey mineur, où des joueurs "pas assez bons" ont été stigmatisés par l'entraîneur Alain Pivron, comme si Besançon allait d'un coup devenir une pépinière de talents. Quand on ne respecte pas ceux qui pratiquent le hockey quel que soit leur niveau, comment peut-on espérer devenir un club formateur ? Si Besançon était une modeste équipe de D2 il y a trois saisons, c'est que cela reflétait sa base.

En recrutant intégralement une équipe, on s'expose forcément à des déceptions. En ne conservant pas une base de joueurs issue du club, on s'expose aux conséquences de la moindre blessure dans un effectif réduit. En voulant faire monter artificiellement un club qui n'en a pas les moyens, on s'expose à de cruelles désillusions. Pour avoir oublié ces vérités fondamentales, le BHC s'est brûlé les ailes. Et il a prouvé par l'absurde la nécessité de continuer le processus de structuration du hockey français.

Marc Branchu

 

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