Bilan du Mondial de division I, groupe B

 

Championnats du monde IIHF 2003 de division 1, groupe B à Zagreb (Croatie), du 14 au 20 avril 2003.

Croatie, rêves partis

L'équipe de Croatie, toute sympathique soit-elle, était techniquement et tactiquement bien en dessous de ses cinq adversaires. Pour se maintenir, les Croates devaient compter battre l'Estonie, le promu, qui s'est révélé être un adversaire finalement redoutable et beaucoup plus compétitif que la Lituanie du groupe A. La Roumanie ou les Pays-Bas, aussi, auraient été des rivaux sans doute plus à la portée de la sélection Hrvatski. Les joueurs évoluant à l'étranger, l'attaquant Oliver Ciganovic (Wolfsburg, Allemagne) et le gardien Sinisa Martinovic (Heilbronn, Allemagne), ont été les seuls joueurs croates à se mettre en évidence. Rien n'aurait pu sauver cette équipe, hormis une disqualification sur tapis vert des Estoniens, à cause de l'arrivée récente de nombreux joueurs qui ne remplissent pas forcément les critères de qualification. Mais le Canadien de nationalité croate John Glavotta a lui-même obtenu deux années de suite une licence croate en début de saison avant de partir jouer ailleurs, juste pour laisser croire qu'il a effectué les deux années dans le championnat du pays imposées par l'IIHF pour porter un maillot national. La Croatie était donc trop mal placée pour porter réclamation contre les Estoniens, ce que plus personne d'autre n'avait intérêt à faire après que l'Italie avait été écartée de la course à la montée.

 

Grande-Bretagne, gilets de sauvetage

Dans ce groupe relevé, les Britanniques n'auront récolté que l'essentiel : le maintien. Le bilan n'est pas à la hauteur des ambitions, même des plus sages. Sur la seule envie, les Britanniques ne craignent personne. Ils ont toujours disputé des matches serrés, souvent indécis face aux quatre premiers, avec un nul contre la France, deux défaites d'un seul but, dont une contre la Norvège, et une autre avec seulement deux buts d'écart. Les Anglo-saxons ont fait jeu égal, mais toujours trop tard. Abonnés aux courses poursuites systématiques dues à certaines bases trop fragiles et à des palets trop facilement rendus. C'est aussi dans l'avant-match et la tactique employée qu'il faut chercher les raisons de ces échecs successifs aux portes de la victoire. En effet, en étant plus conquérants mentalement et en jouant plus haut dès la mise au jeu, les joueurs d'outre-Manche auraient évité de bien vaines courses-poursuites. Avec un bloc de joueurs de la trempe du gardien Mark Cavallin, des arrières Robert Wilson et Jonathan Weawer, et des attaquants Steve Thornton, David Longstaff et Colin Shields, la quatrième place obtenue n'est pas glorieuse.

 

Italie, la chèvre et le chou

À la fois capables et décevants, les Italiens ont été jusqu'au dernier jour impliqués dans la course à la montée, mais seulement par procuration. Après la défaite inattendue de la "Squadra" contre l'Estonie, remis en marche, malgré beaucoup d'approximations, grâce à une victoire contre les Britanniques, les Italiens ont en effet perdu sans appel contre des Norvégiens vexés, sans pouvoir pour autant gêner la promotion française. Les Transalpins ont connu des problèmes de concentration et de détermination tout au long de la semaine, à l'image de Gunther Hell dans le premier match. C'est sans doute dû au départ annoncé de l'entraîneur, Pat Cortina, remplacé par quelqu'un qui cautionnera la politique de la fédération italienne, qui organisera un camp dans l'Ontario pour recruter des Italo-Américains et Italo-Canadiens qui constitueront leur équipe olympique pour les JO de Turin en 2006. Les joueurs actuels, assis entre deux chaises, n'étaient pas dans les meilleures conditions pour se livrer à fond et préparer un festin auquel ils risquent de ne pas participer.

 

Estonie, bienvenue au club

Vainqueurs de l'Italie le premier jour de la compétition, les Estoniens ont surpris. Leur jeu simple et attentiste consiste d'abord à être bien regroupé devant un gardien de tempérament, Aleksei Terentjev. Ensuite, ils procèdent en contre, grâce uniquement à leur première ligne composée de Toivo Suursoo, d'Eduard Valiulline et d'Andrei Makrov. Une première ligne muette dès que l'adversaire est concentré (France, Norvège), qui a su créer une différence suffisante contre les Italiens et les Britanniques (avant la sortie sur blessure de Toivo Suursoo). Renforcée par l'irruption polémique de nouveaux arrivants en équipe nationale, l'Estonie ne doit pas sa place au hasard. Elle a battu à la régulière ses deux poursuivants qui n'ont pas su aller chercher contre la Norvège et la France les points perdus face aux Estoniens. Leur dernier match contre la Croatie est à qualifier de particulier. Une largesse délibérée ?

 

Norvège, étoiles filantes

Où est donc passé la vitesse individuelle et l'inspiration collective que l'on prêtait à la petite dizaine de stars norvégiennes qui jouent dans deux des plus grands championnats européens, l'Elitserien suédoise et la DEL allemande, sans compter le joueur de NHL, Espen Knutsen ? La faiblesse, déjà connue, des Norvégiens, à savoir leur dimension athlétique, a été continuellement mise à l'épreuve. Leur capacité d'abnégation et de travail n'a pas été à la hauteur. Ils ont de plus évolué sans gardien d'envergure internationale. Joakim Wiberg, aux tics frénétiques, est populaire parce qu'il communique pendant le jeu avec ses supporters, mais c'est là sa seule qualité. Seuls Tore Vikingstad, Espen Knutsen et à un degré moindre Martin Knold, ont entretenu la flamme. Trop peu pour revenir au contact des meilleurs. Les joueurs d'Europe du Nord ont fonctionné en courant alternatif. Quand ils manquaient de force de pénétration et d'accélération, ils ont joué sur leur expérience contre l'Estonie et la Grande-Bretagne. Par contre, à l'inverse, c'est bien l'expérience qui leur a fait défaut contre l'équipe de France en gérant bien mal l'arbitrage capricieux de ce match. Jamais leur supériorité technique n'a su trouver d'équivalence dans l'opportunisme (France, Grande-Bretagne) et le sens du but (Estonie, Italie) nécessaires aux hautes ambitions. Revanchards contre l'Italie, ils ont démontré qu'ils avaient fait preuve de prétention face à leurs précédents adversaires. C'est sans doute là qu'il faut chercher les causes de leur second échec consécutif.

 

France, la seconde invasion

Ils peuvent le faire, à eux de l'inventer... C'est ce que l'on se disait à la nuit tombée sur la route menant de l'aéroport de "Pleso" à Zagreb. Les Bleus l'ont fait... se disait-on sur les 17 km du retour sous un soleil printanier. Un exploit rare, unique. L'équipe de France de hockey promue sportivement (clin d'il au championnat qui n'avait plus connu de promotion-relégation depuis Angers en 1993) dans l'élite mondiale, emmenée par la génération élevée aux "Années Dragons". Éblouissant ! Ces trois trop longues dernières saisons, le hockey passait pour être la maillon faible de la grande fraternité du sport collectif français. Les Bleus du football, handball, rugby, basket et volley jouent sur le toit du monde voici que nos Bachelet, Carriou, Gras, Mortas, Rozenthal et Zwikel les y rejoignent !

L'équipe de France a été solidaire, volontaire et opportuniste. Des qualités presque "canadiennes", adoubées des qualités de technique et de vitesse hexagonales et alliées à l'organisation d'Heikki Leime. Leur jeu, une relance simple, pas de fioritures à l'avant, et un repli ordonné à trois en zone neutre. La force des Bleus, le groupe. Cependant, tout groupe a besoin de leader. Faute d'avoir des joueurs exceptionnels comme Knutsen pour la Norvège, les Bleus en ont eu plusieurs. Chacun dans leurs caractéristiques. D'abord, Fabrice Lhenry a été décisif et, ne se contentant pas d'exploits, régulier. Il a eu, enfin, sa chance et a démontré sa valeur au plus haut niveau. Ensuite, en défense, Vincent Bachet, sur la lancée de sa saison, a été excellent. Sans conteste le meilleur défenseur du tournoi. L'arrière d'Amiens a pris une autre dimension cette année. Jamais en difficulté, sa vision et sa couverture en font désormais l'homme des bases arrières... et le futur capitaine ? Enfin devant, Yorick Treille peut être considéré comme le fer de lance français. À voir le déficit de jeu qu'ont engendré ses trop nombreuses longues pénalités qu'on lui pardonnera tout juste, on n'ose imaginer le résultat s'il avait été suspendu contre l'Italie. Pénétrant, l'ailier fut un éternel danger pour les défensives adverses. Premier attaquant, son aisance technique et sa dimension physique lui fit exploiter les faiblesses défensives adverses. Avec trois buts (contre la Grande-Bretagne, la Croatie et la Norvège) en cinq rencontres, il est un des deux meilleurs buteurs français.

Patrick Rolland a très bien fait le peu qu'il a eu à faire contre la Croatie et aurait mérité un blanchissage. Karl Dewolf a eu certaines difficultés défensives. Par contre, naturellement offensif, le Picard a su prendre sa chance à la ligne bleue. Nous n'oublierons pas de sitôt ses deux buts consécutifs contre la Norvège qui le rendront mémorable. Jean-François Bonnard et Baptiste Amar, futurs coéquipiers à Grenoble, ont eu une activité défensive étonnante. Rarement pris en défaut, le plus ancien allie l'expérience à l'énergie, pendant que le second a conservé un placement naturel lui permettant d'abord de s'acquitter efficacement de son rôle défensif, puis d'être impeccable dans ses relances. On aimerait que ses deux joueurs essayent davantage d'apporter un soutien offensif comme doivent les y encourager leurs buts inscrits en supériorité. Les champions de France, Allan Carriou et Nicolas Pousset, s'ils ne s'impliquèrent pas en attaque, ont formé un bon duo qui, en jouant simplement, a su éviter d'habituelles hésitations défensives et pénalités inutiles. Lilian Prunet, le septième défenseur, n'a pas beaucoup joué. Le Mulhousien n'a rien à se reprocher. Il a su parfaitement remplacer au pied levé Nicolas Pousset contre l'Estonie en fin de premier tiers.

Le trio le plus percutant a été celui d'Anthony Mortas. L'Amiénois, le second meilleur buteur français, a su recouvrer son sens du but profitant du punch et des impulsions de Laurent Meunier et de Yorick Treille. Jonathan Zwikel, moins animateur de jeu qu'à l'accoutumée, a été précieux par son opportunisme et très efficace dans son rôle de passeur. À ses cotés, François Rozenthal a été moins inspiré. L'ailier a eu du mal à s'approcher du but. Approximatif et individualiste, l'Amiénois ne s'est pas montré décisif mais a créer du danger. Son pendant à droite, Brice Chauvel a été combatif avec une belle mobilité.

David est Goliath. L'Angloy David Dostal couvrit beaucoup de glace pour pallier les difficultés de ses ailiers. Il gêna l'adversaire par ses incessantes courses en pointe et après un premier match difficile, il prit toujours une part active dans les constructions offensives de sa ligne. Arnaud Briand, discipliné, placé, toujours disponible, a encadré ses plus jeunes coéquipiers Xavier Daramy ou Yven Sadoun. Le capitaine emblématique a été un joueur de centre salvateur contre la Grande-Bretagne où il fut un des rares à régulièrement gagner les mises en jeu. À défaut de conquérir, ça décharge la défensive. Xavier Daramy, malgré une bonne volonté et de bonnes capacités évidentes, est en phase naturelle d'apprentissage. Le jeune Basque n'a pas encore l'expérience pour combler ses carences tactiques et physiques. Yven Sadoun, puissant mais toujours un peu lent, qui a, tantôt remplacé Yorick Treille pendant ses pénalités majeures, tantôt Xavier Daramy, a fait preuve de courage et d'opportunisme en inscrivant un but malgré son faible temps de jeu dû à son rôle de remplaçant. Deux des meilleurs joueurs du championnat de France, Laurent Gras et Richard Aimonetto, sans doute émoussés par une saison chargée sous le poids de leurs responsabilités en club, ont été moins incisif que d'ordinaire pour l'Amiénois et approximatif pour l'Alsacien. Benoît Bachelet, à l'image de l'équipe de France, a eu un premier match difficile mais a toujours eu une part active dans le jeu dans un rôle ingrat du travailleur de l'ombre.

Les Français ont su trouver le bon compromis entre leur expérience, rompus qu'ils sont aux championnats du monde de Division I depuis deux ans, leur technique et leur audace. Un parfait équilibre qui, n'en déplaise aux pseudo-perfectionnistes, leur a permis de maîtriser en une semaine l'épouvantail Grande-Bretagne, l'inconnue délicate Estonie, la suprême favorite Norvège et le chat noir Italie tout juste redescendu de la cour des grands. Excusez du peu ! En d'autre temps moins plombés, plus honorables, battre la Norvège et surtout l'Italie, que dis-je, les éliminer simultanément aurait été salué avec éloges. Alors, chapeau !

Thierry Frechon

 

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