Présentation des championnats du monde

 

Les championnats du monde disputés pendant les années olympiques sont généralement bien mornes, mais le pari fou de Jaromír Jágr et de la formation tchèque pourrait magnifier ceux-ci. L'identité du pays organisateur contribue également à en aviver l'intérêt, puisque la prestation suédoise sera particulièrement attendue après la cataclysme de Salt Lake City. Entre les équipes en quête de rachat (Suède, Suisse, Slovaquie) ou de confirmation (Allemagne, Ukraine), tous attendent ce tournoi... Tous, sauf les Nord-Américains, pour qui ils revêtent peu d'enjeu après leur grande finale olympique. On sent cette faible motivation à la lecture de leurs effectifs, et il n'est pas sûr que la fin du premier tour de play-offs change beaucoup la donne. Pour la première fois, les "petits" sont bien répartis entre les groupes et semblent donc promis à une poule de maintien (Japon, Pologne, Slovénie et Italie) qui promet d'être disputée. Mais on a déjà vu comment des surprises peuvent intervenir lorsque tout peut se jouer sur un seul match...

Voici la présentation des équipes groupe par groupe (sans les effectifs définitifs, toujours pas connus la veille de la compétition, ce qui ne facilite pas la médiatisation de celle-ci, point sur lequel l'IIHF devrait réfléchir) :

 

Groupe A

La grande attraction de ce championnat du monde est la République Tchèque, lancée dans une double quête historique : collective tout d'abord, en étant championne du monde quatre années de suite, ce que seul les Soviétiques honnis ont réussi jusqu'ici ; individuelle ensuite, puisque Jaromír Jágr veut devenir le premier Tchèque à rentrer dans le club très fermé des joueurs ayant remporté à la fois les Jeux Olympiques, la Coupe Stanley et les championnats du monde. L'arrivée du meilleur buteur au monde, qui n'avait pu être des précédents titres puisqu'il participait aux play-offs de NHL avec Pittsburgh, injecte de la confiance chez une équipe tchèque un peu dépitée par la perte de son titre olympique, mais qui n'a nullement l'intention de laisser échappée son trophée mondial. Ce n'est qu'après un accord de l'assurance de l'équipe tchèque (pour un montant de 165000 dollars, payés au deux tiers par un sponsor tchèque, Eurotel) que la participation de Jágr a été définitive. La police habituelle du champion tchèque le couvre en effet uniquement pour la saison de NHL, où il a un contrat de sept ans et 77 millions de dollars. Cette condition était exigée par les Washington Capitals, franchise très hostile aux championnats du monde et déjà soupçonnée l'an passé d'avoir forcé la main à plusieurs joueurs pour qu'ils refusent de participer. Jaromír Jágr mènera une première ligne complétée par Hrdina et Hlinka alors que le deuxième bloc sera composé de grognards, le vieux couple Patera-Procházka dont la séparation n'aura pas duré bien longtemps, et le buteur du titre 2001, David Moravec. Après une saison moyenne Viktor Ujcík sera de nouveau associé à Petr Cajánek avec qui il s'était rêvé l'an dernier, ce duo étant bien encadré par Vlašak. En défense, Špacek et Kubina devront prendre leurs responsabilités et être plus intraitables qu'aux Jeux. Les Tchèques n'ont pas effectué une préparation classique : alors qu'ils devaient disputer le tournoi Karjala, dernière étape de l'Euro Hockey Tour, reportée à cette date tardive pour cause de JO en février, ils ont fait un pied de nez aux trois autres "grands d'Europe" en n'y envoyant qu'une équipe B, à peine consolidée par le gardien Dušan Salfický. L'équipe A, pendant ce temps, disputé un match de prestige pas loin de chez elle, à Nuremberg, auquel assistait notamment le ministre allemand Otto Schilly.

Après avoir eu l'honneur de voir Jágr à l'śuvre, l'Allemagne aura l'occasion de le retrouver puisqu'elle évoluera dans le même groupe que les tenants du titre. Elle reste sur deux places parmi les huit meilleurs (Mondial et JO) et n'est plus dans la position du prédateur mais dans celle du chassé. Et elle n'aura pas la partie facile ! Marco Sturm est retenu par les play-offs avec San José, Jochen Hecht s'estime hors de forme, Olaf Kölzig a renoncé pour raisons familiales, Thomas Daffner a la clavicule cassée, Heiko Smazal a une infection virale, Christian Künast est grippé, Thomas Greilinger s'est fait opérer de l'épaule, Marcel Goc s'est cassé le doigt et Daniel Kunce s'est blessé en amical contre la Lettonie... N'en jetez plus, la coupe est pleine ! Hans Zach, qui voulait renouveler l'équipe après les JO (les vétérans Wayne Hynes, Mark MacKay et Jörg Mayr ont pris leur retraite), est plus que servi. Il va avoir l'occasion de vérifier par un test grandeur nature si le réservoir de joueurs allemands de niveau international s'est effectivement élargi depuis que la DEL a commencé à réduire le nombre d'étrangers.

Elle aura fort à faire pour s'opposer à une équipe de Suisse revancharde qui n'a pas oublié la défaite de Cologne l'an passé. Après l'échec des Jeux, Ralph Krueger abat sa dernière carte à la tête de l'équipe helvétique. Plus intransigeant que jamais, il n'a plus d'autre choix que de poursuivre sa ligne, et tant pis pour les joueurs trop individualistes qui ne s'adapteraient pas dans le système, comme Michel Riesen, qui a déclaré forfait par "manque de motivation". Krueger persévère dans ses convictions, et ce n'est donc pas une surprise que Michel Demuth et Goran Bezina aient une nouvelle fois été écartés. En revanche, la mise à l'écart d'André Rötheli a bluffé même les plus blasés. Le meilleur marqueur de l'équipe nationale cette saison a été l'un des seuls à revenir des JO la tête haute, mais Krueger estime qu'il ne s'intègre pas à son système défensif. Un système défensif qui a déjà prouvé par le passé qu'il pouvait gêner les grandes nations du hockey mondial, mais dont l'efficacité face à une équipe comme l'Allemagne reste encore à démontrer. Krueger ayant élagué dans les rangs, les lignes arrières sont composées pour moitié de débutants en championnat du monde. Avec une moyenne d'âge de 23 ans, elles ne comptent qu'un seul joueur expérimenté, Marin Steinegger. De même, Jean-Jacques Aeschlimann est le seul trentenaire d'une attaque très jeune, où Sandy Jeannin, un centre défensif comme Krueger les aimes, va prendre de nouvelles responsabilités.

Face à des adversaires d'un tel calibre, que peut espérer le Japon ? Pas grand-chose a priori, si ce n'est de retrouver une poule de maintien plus abordable, où il pourrait enfin obtenir sa première victoire à ce niveau. C'est encore une fois une équipe de vétérans qui est alignée, où seuls les joueurs ayant pris leur retraite l'an dernier ont été remplacés. Le gardien Iwasaki est ainsi suppléé par Jiro Nihei (dont chaque Suédois pourra ainsi constater qu'il est bel et bien japonais, ce dont seuls quelques dirigeants distraits de Djurgården pouvaient douter - ce qui leur a coûté une forte amende après avoir risqué dix points de pénalité pour l'avoir propulsé deuxième gardien alors qu'il était étranger surnuméraire). La défense asiatique est pourvue en agilité (Yukata Kawaguchi), en technique (Daniel Daikawa), en vitesse (les jeunes Kengo Ito et Makato Kawashima), et même en bons gabarits (avec Tatsuki Katayama et surtout Hiroyuki Miura), mais quand même au point de rivaliser avec les attaquants adverses, ce qui a tendance à leur faire commettre des fautes pour compenser leur retard. Quant à l'attaque, qui enregistre le retour de Taro Nihei, le frère jumeau de Jiro, elle comptera avant tout sur le duo Kuwabara-Yule.

 

Groupe B

Le sujet du gardien est toujours un problème sensible pour la Finlande, et les trois hommes choisis cette année n'ont pas une grande expérience à ce niveau. Mais Jussi Markkanen a été remarqué à chacune de ses apparitions en NHL avec Edmonton, Kari Lehtonen est déjà une star à dix-huit ans, et le membre de la minorité suédoise Fredrik Norrena est un recours sûr. La Finlande devrait aligner comme d'habitude une défense à sept aux duos assez variables. Il faudra donc que chacun réponde présent. Si on ne se fait pas trop de souci pour les "Nord-Américains" Kimmo Timonen, Toni Lydman, Janne Niinimää et du revenant Jere Karalahti, dont la puissance (pour les charges comme pour les tirs) sera un atout précieux, Marko Tuulola (HPK Hämeenlinna) et Tom Koivisto (Jokerit Helsinki) sont débutants en championnat du monde malgré leur âge respectable (31 et 27 ans), alors que Petteri Nummelin est passé à côté de sa saison à Lugano. Mais on sait qu'Aravirta ne fait que peu de cas des soucis de ses joueurs en club quand ils ont déjà prouvé leur valeur en sélection. C'est ainsi que, même relégué en AHL par Dallas, Niko Kapanen a été rappelé, au même titre qu'un autre ancien membre de la ligne HPK, le centre Timo Pärssinen. Si les absences de Selänne et Lehtinen, ou même du duo Sami Kapanen - Juha Ylönen, décisif l'an passé, les handicapent grandement en attaque, où aucun joueur ne se démarque vraiment, les Finlandais devraient toujours être capables de jouer le podium avec des valeurs sûres comme Kallio, Jokinen, Lind, Aalto, des hommes en forme comme Janne Ojanen ou Antti Miettinen... et bien sûr le vétéran Raimo Helminen, toujours fidèle au poste à trente-huit ans, et dont on ne pourra plus dire qu'il ne doit sa sélection qu'à un cadeau visant à lui faire battre le record de participations olympiques... Ah, pardon, les mauvaises langues me signalent que c'est pour prendre le record de sélections internationales de l'Allemand Udo Kiessling (320). [Note : ne vous étonnez pas de ne pas voir Perez ou Richer comptabilisés, d'une part la fédération française ne connaît pas le compte exact de leurs "capes", et d'autre part elles comprennent des rencontres face à des équipes nationales B ou des clubs, qui peuvent difficilement passer pour des matches internationaux.]

Malgré le désastre olympique, il n'y a pas eu de révolution en Slovaquie, et Jan Fílc et Peter Stastny sont toujours aux commandes. On joue désormais la carte de la prudence et on se refuse à annoncer des objectifs, si ce n'est retrouver de la confiance. L'attaque sera encore le point fort des Slovaques avec un vrai leader en la personne de Miroslav Šatan et un pur buteur avec Petr Bondra. Marián Gáborík ne sera pas du voyage en raison d'une déchirure abdominale, mais Ronald Petrovicky pourrait être finalement rappelé au dernier moment pour remédier à la pénurie de centres. S'il n'y a pas trop de souci à se faire à l'avant où les solutions existent, c'est moins le cas à l'arrière, où les absences du grand Zdeno Chara (retenu pour les play-offs avec Ottawa) et du vétéran Lubomír Sekeráš risquent de peser lourd. Les habituels Martin Štrbák, Richard Lintner, Richard Pavlikovský et Dušan Milo ont de quoi gérer, mais pas au point de pouvoir remédier à l'habituelle faiblesse du poste de gardien, où, faute de Rybár, Ján Lašák devra être particulièrement constant.

L'Ukraine a prouvé à Salt Lake City que sa performance de l'an dernier contre la Lettonie n'était pas un coup de pot. Ce collectif au jeu travaillé sait en effet qu'il est capable de rivaliser avec des nations de haut niveau, comme il l'a su le faire avec la manière à Salt Lake City contre la Suisse. Pour cela, l'attaque, qui compte dans ses rangs un récent champion de Russie avec Vadim Chakhraïtchouk (Yaroslavl), devra confirmer ses récents progrès. L'Ukraine s'est ainsi permise d'aller mener 3-2 après deux tiers-temps à Moscou en amical, avant d'être battue 5-4. En s'appuyant sur cette base solide, pourquoi pas essayer d'aller chercher un résultat vraiment marquant, à savoir une place en quart de finale ?

Le retour de la Pologne est à saluer et montre que des pays de hockey (ou plutôt des régions dans le cas présent, car le hockey polonais devra se propager hors de Silésie pour s'établir durablement dans l'élite) ne meurent jamais. Néanmoins, cet évènement est loin d'avoir éveillé l'intérêt de la Pologne, dont l'équipe nationale risque de disputer ses Mondiaux dans une relative indifférence. Il n'y a pas eu de mobilisation générale, pas au point par exemple de convaincre le vétéran Jedrzej Kasperczyk, coéquipier de Patryk Pysz (fils de l'entraîneur Wiktor et un des meilleurs joueurs de l'équipe) chez le champion de Bundesliga 2 allemande, Bremerhaven, de revenir en sélection. Néanmoins, les matches amicaux terminés invaincus contre l'Italie et l'Autriche ont de quoi éveiller de l'espoir. Avec l'Ukraine, les coéquipiers de Michal Garbocz (Anglet) ne sont pas tombés sur l'adversaire de poule le plus facile qui soit, mais ils n'ont après tout rien à perdre. La Pologne pourra compter sur un renfort de NHL (en attendant Czerkawski si les Islanders sont éliminés), Krisztof Oliwa, l'attaquant des Pittsburgh Pinguins qui a passé son adolescence à travailler dans les mines de charbon de Silésie. Il faudra y aller, au charbon, et son imposant gabarit lui fera sans doute jouer un rôle très défensif, rôle dont l'ensemble de l'équipe devra probablement se contenter.

 

Groupe C

La Suède n'a jamais été championne du monde à domicile. Après la contre-performance historique de Salt Lake City, après des années de mauvais résultats dans les compétitions internationales, pourquoi devrait-il en être autrement cette année ? Peut-être parce que l'équipe, malgré la violente campagne médiatique ayant suivi la défaite contre le Belarus, n'a pas implosé. Tommy Salo a eu le courage, malgré les coups bas d'une partie de la presse, de revenir au pays pour ces championnats du monde à domicile, et Hardy Nilsson est fidèle au banc et à ses idées. Les attaquants seront les premiers défenseurs... et les défenseurs, les premiers attaquants ? Avec Pierre Hedin, l'arrière qui a marqué huit buts en play-offs, il disposerait de ce point de vue d'un joker. Mais il peut également compter sur des joueurs dont les qualités défensives sont prédominantes, comme l'excellent Daniel Tjärnqvist ou le solide vétéran Ronnie Sundin. En attaque, l'équipe scandinave sera une nouvelle fois bien fournie, autour du duo de Färjestad, Jörgen Jönsson et Mathias Johansson. De nombreux jeunes talents se bousculent toujours au portillon : Mathias Weinhandl, Kristian Huselius ou encore Henrik Zetterberg, qui a finalement réussi à maintenir Timrå en Elitserien après un championnat difficile. Il manque tout de même un vrai leader offensif, un homme capable de prendre ses responsabilités lorsque l'équipe commence à douter et à tourner en rond. Mats Sundin est bien sûr le plus à même de tenir ce rôle, mais il est impliqué dans les play-offs de NHL avec Toronto.

L'entraîneur de la Russie, Boris Mikhaïlov, a décidé de limiter le nombre de joueurs de NHL à cinq, et elle ne s'en portera probablement pas plus mal. Andreï Kovalenko, le vétéran qui a amené Yaroslavl au titre, Maksim Suchinsky, le toujours présent buteur d'Omsk, et des joueurs comme Valeri Karpov, Ravil Gusmanov et Andreï Razin, ont les moyens de mener la vie dure à plus d'une défense, d'autant qu'ils seront appuyés par Afinogenov (Buffalo). En revanche, les lignes arrières très inexpérimentées auraient grand besoin de renforts comme Sergueï Gonchar. Mais ce dernier a finalement dû décliner la sélection pour une bonne raison, puisque sa femme vient d'accoucher. Quant à Nikolaï Khabibulin, il serait décisif dans les buts, mais n'a pas l'intention de venir. On s'en remettra donc à Igor Podomatsky ou Maksim Sokolov, excellents dans un championnat russe assez défensif, mais encore tendres au niveau international.

L'Autriche n'a plus le Japon comme adversaire du premier tour, et la bataille pour le maintien s'annonce déjà plus délicate. Pour sa sixième et dernière année à la tête de l'équipe, Ron Kennedy avait l'intention de rajeunir l'équipe. Les circonstances l'ont finalement poussé à le faire encore plus qu'il ne l'aurait voulu. C'est à la position de centre qu'un grand vide se fait sentir : Simon Wheeldon a dû rentrer au Canada à cause d'un décès dans sa famille, Gerald Ressmann s'est blessé en amical contre la Pologne, et Andi Pusnik doit passer un examen. De plus, Wolfgang Kromp et Günther Lanzinger sont retenus pas leurs obligations professionnelles d'électricien et de facteur. C'est donc Philipp Lukas (Linz) qui a été promu au centre de la première ligne, où il sera encadré par Christoph Brandner (Krefeld) et Dieter Kalt (Färjestad), deux joueurs qui jouent au plus haut niveau européen et qui doivent devenir des leaders en équipe nationale. L'Autriche n'aura en effet pas pléthore d'arguments en attaque : Christian Perthaler, Mario Schaden, voire Matthias Trattnig (qui n'a que 23 ans mais a déjà pas mal bourlingué et joue à Djurgården, ce qui est en soi une référence), sont les seuls autres joueurs expérimentés de l'équipe, avec l'Américain naturalisé Kent Salfi, qui aura pour compagnons de ligne Oliver Setzinger et Thomas Pöck, deux jeunes qui ont déjà des responsabilités à prendre. Pour le reste, ce sont des "pieds-tendres". La défense a heureusement un peu plus de vécu, puisqu'elle compte dans ses rangs quatre joueurs de DEL. La puissance des tirs de Dominic Lavoie et Gerhard Unterluggauer en particulier est redoutable. Le danger est que ses lignes arrières soient un peu trop tournée vers l'offensive. Elles peuvent être très concentrées sur leur travail, mais peuvent aussi parfois se laisser aller. C'est d'autant plus embêtant que Reinhard Divis, occupé avec Saint Louis comme... troisième gardien (!), ne sera pas là, et que le vétéran Claus Dalpiaz devra donc absolument faire preuve de constance dans les cages.

La Slovénie participe pour la première fois à l'élite, chance à laquelle même l'ex-Yougoslavie (dont elle formait l'ossature) n'a jamais eu droit, hormis un championnat du monde 1939 où faisait figure de faire-valoir (53 buts encaissés en 3 matches). Faire-valoir, voilà un mot que les Slovènes ne veulent pas entendre. Ils veulent faire bonne figure pour leurs premières rencontres face à deux grandes nations européennes, mais surtout ils ont une carte à jouer face à l'Autriche pour ne pas dépendre d'une poule de relégation aléatoire. Elle reste sur une victoire 5-1 contre l'Italie qui lui a permis d'emmagasiner la confiance nécessaire à un tel grand rendez-vous. La Slovénie s'appuie toujours sur les mêmes hommes, les Vnuk, Zupancic ou Kontrec, et n'a pas changé de style, et les formations qui ont croisé l'Olimpija Ljubljana (lui aussi entraîné par Matjaz Sekelj) en coupe d'Europe peuvent s'en faire une idée : un jeu offensif, rugueux et accrocheur. La défense est le point d'interrogation de cette formation. Elle est certes bien dotée physiquement mais devra se discipliner pour répondre aux exigences de l'élite. Il y aura un autre élément qui fera cruellement défaut aux Slovènes : leur public. Jusqu'ici, ils n'ont réussi leurs performances que dans la très chaude ambiance de Ljubljana. C'est dans une atmosphère plus calme qu'ils procèderont à leur lutte pour le maintien.

 

Groupe D

On est bien sûr très loin des JO (dont seulement deux joueurs sont rescapés : Smyth et Brewer), et le forfait de Jarome Iginla, le meilleur marqueur de la saison régulière, est symptomatique de la difficulté qu'ont eu l'entraîneur Wayne Fleming et le manager général Lanny McDonald à attirer les stars de NHL pour un tournoi bien moins médiatisé que les Jeux outre-Atlantique, et où, contrairement à l'an dernier, l'argument de la présence de Wayne Gretzky ne peut plus servir. Le Canada a donc fait avec mauvaise fortune bon cśur et a pris appui principalement sur les joueurs d'Edmonton, la meilleure équipe parmi les non qualifiés en play-offs. Ils ne seront pas moins de cinq : les attaquants Ryan Smyth, Mike Comrie et Daniel Cleary, et les défenseurs Eric Brewer et Steve Staios, rappelé au dernier moment pour remplacer Darryl Sydor (Dallas), rentré au pays pour une urgence familiale. Ce départ est un coup dur pour une défense à qui il apportait de l'expérience. On comptera donc pour cela exclusivement sur James Patrick, le vieux lion de Buffalo. Outre le duo Smyth-Comrie, deux autres attaquants évoluent en première ligne en NHL : Brenden Morrow à Dallas et surtout le prometteur Dany Heatley, possible "rookie of the year", à Atlanta. Deux gardiens en devenir, Jean-Sébastien Giguère (Anaheim) et Marty Turco (Dallas), se disputeront le poste de titulaire. Trois places ont été laissées libres pour d'éventuels renforts éliminés au premier tour des play-offs. Il faudra que ce soit des grands noms pour faire de ce Canada un candidat au titre. Ceci dit, cet absence de vedettes peut être bon signe si elle permet à la mayonnaise de prendre plus facilement que d'habitude.

C'est un joueur de Salt Lake City qui sera le leader offensif dans l'équipe des Etats-Unis. Attention, ne vous méprenez sur mes propos : il ne s'agit pas d'un des finalistes olympiques, mais d'un attaquant né dans la capitale de l'Utah, Steve Konowalchuk des Washington Capitals. Il était déjà dans l'effectif il y a deux ans, alors qu'il ne reste de l'an dernier que Mark Eaton de Nashville, dans une défense où l'on retrouvera notamment Chris Tamer (Atlanta). Pour le reste, ce sont d'illustres inconnus, joueurs de troisième ou de quatrième ligne en NHL ou bien venus des ligues mineures ou du championnat universitaire. Devant ce tableau peu réjouissant, le directeur général de l'équipe, Don Waddell, a accepté de renier le nombrilisme américain en sélectionnant deux joueurs évoluant en Europe, Derek Plante, le vétéran auteur d'une bonne saison à Munich, et Chris O'Sullivan, de Kloten. Sur le papier, cette équipe américaine est très nettement en dessous de la formation canadienne. Ces dernières années, elle a souvent compensé son handicap par un travail collectif bien meilleur. L'étalonnage entre les deux voisins sera intéressant pour savoir ce qu'il en est.

La Lettonie a l'intention de répéter sa performance de l'an passé en battant les Américains. Mais cette fois, il ne faudra pas tout gâcher par excès de confiance au match suivant. Capable du meilleur comme du pire, elle devrait quand même battre l'Italie si elle joue sur sa valeur. Ensuite elle n'aura plus rien à perdre et ne sera donc capable que du meilleur... La défense a vu partir Sejejs et Maticins et on verra donc de nouvelles têtes comme Krisjanis Redlihs (21 ans) aux côtés des nouveaux patrons Lavins et Tribuncovs. En attaque, Pantelejevs, Cipruss, Zholtoks ou Macijevskis seront les fers de lance de cette équipe, qui ne bénéficiera pas de la présence rassurante d'Arturs Irbe dans les buts. Le vieux Sergejs Naumovs devra donc enfin "tuer le père", comme Martin Gerber avait su le faire avec Aebischer aux JO, et prouver qu'il peut pallier l'absence du gardien adulé.

L'Italie s'est finalement sortie d'une situation intenable et a enfin entrepris de se rajeunir. Le problème, c'est qu'elle a dû le faire par la force et de façon brutale. Peu après les derniers Mondiaux, les "oriundi", menés par Bruno Zarrillo, se sont mis en grève de la sélection pour protester contre le fait qu'ils étaient considérés comme étrangers dans leur championnat national mais comme Italiens quand il s'agissait de porter le maillot de la sélection. La cure de jouvence a donc été des plus sévères. Ses effets en sont plus spectaculaires que ceux de la DHEA : la moyenne d'âge est passée de 32 à 27 ans. Mais les joueurs montés d'un coup manquent évidemment cruellement d'expérience, et le choc risque d'être rude. Quelques-uns des oriundi sont quand même revenus encadrer ces jeunes : Sacratini et Busillo en attaque, Bartolone et Mansi en défense, et surtout Mike Rosati au poste de gardien. Cette fois, l'Italie n'a pas d'adversaire facile dans son groupe. Il n'est donc plus question d'employer la même stratégie, et l'entraîneur Pat Cortina en est conscient : "nous ne pouvons plus nous permettre de concentrer toutes nos forces sur un seul match comme les années passées, mais nous devrons bien gérer notre énergie physique et mentale". Il ne se fait pas d'illusions et sait que l'unique objectif est le maintien. Les matches de préparation n'ont pas été programmés contre la Pologne et la Slovénie par hasard. Ce sont ces nations que l'Italie s'attend à retrouver en poule de relégation.

Marc Branchu

 

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