La mort de l'OHC Viry-Essonne

 

La saison 2000/01 avait été plutôt satisfaisante pour l'OHC Viry-Essonne. Certes, l'équipe avait terminé une nouvelle fois à la dernière place de l'élite, mais elle avait parfaitement mené sa mission de formation, en devenant champion d'Ile-de-France dans toutes les catégories, des poussins aux cadets, et en retrouvant le titre de champion de France juniors avec un effectif au sein duquel de nombreux joueurs ont également bénéficié d'un bon temps de jeu en élite et se sont révélés. Le symbole en était évidemment Sébastien Dermigny : barré à Rouen où les jeunes n'arrivent toujours pas à se faire leur place en élite, il arrivait à Viry et en une saison passa de l'anonymat à une sélection en championnat du monde avec l'équipe de France. Finalement, profitant de la nationalité suisse de sa mère, il était contacté par Lugano en fin de saison et poursuivra sa progression au pays des Helvètes. Elu meilleur espoir du championnat, il aura aussi décroché une accession historique avec l'équipe de France des moins de 20 ans, dans laquelle on retrouvait quatre autres Castelvirois : Becaglia, Rousselin, Vannienwenhove et Lecompère.

Fin juin, peu avant l'assemblée générale du club, l'entraîneur Pascal Ryser (qui avait remplacé en cours de saison un Dusan Ilic pour qui le fait de ne pas parler français s'avérait rédhibitoire) annonçait l'effectif de la saison à venir, où les départs de Roger (Rouen), Brodin (Amiens) et Dermigny (Lugano) étaient compensés par l'engagement de cinq nouveaux étrangers qu'il avait pu contacter par ses relations. D'ores et déjà, certaines voix s'élevaient pour faire remarquer que les renforts en question n'avaient absolument pas les références annoncées et qu'ils n'étaient jamais passés dans les clubs dont ils étaient censés être originaires. Mais tout cela allait vite s'avérer anecdotique au regard des évènements qui allaient suivre.

Les deux semaines où le destin bascule

Le 29 juin, lors de l'assemblée générale du club, l'intervention de l'adjointe aux sports de la mairie, Mme Mathieu, jette un froid. Elle annonce son intention de "négocier sérieusement" la subvention allouée au club, dans la mesure où moins de 40 des licenciés au club sont des Castelvirois. L'argument est évidemment biaisé pour un sport comme le hockey, qui ne bénéficie malheureusement pas d'une patinoire dans chaque ville et attire donc par définition des joueurs d'une région plus vaste. L'élection du président du club est alors repoussée, et le président de l'OHC Viry, Pascal Papaux, prend un rendez-vous pour s'expliquer avec la mairie.

Lors de cette réunion, le maire Gabriel Amard accepte de reconduire la subvention mais pose ses conditions. Il estime tout d'abord que la masse salariale du club de 1,1 million de francs (de très loin la plus faible de l'élite) est devenue trop élevée et que la municipalité désire réorienter sa subvention vers le hockey mineur. Il suggère qu'il appuierait la demande du club auprès du conseil régional afin que celui-ci vienne enfin en aide au porte-flambeau du hockey francilien.

Le 10 juillet, la mairie adresse un courrier officiel qui présente le plan de redressement. Pour Pascal Papaux, il implique que le club n'a plus le choix de sa politique sportive et décide donc de démissionner, suivi par l'intégralité de son bureau. Même si des informations contradictoires se succèdent, le fait est patent : le club n'a plus de dirigeants et est donc mort. Les trois années difficiles passées par le président Papaux à la tête du club, qui traînait comme un boulet une dette de plus d'un million de francs datant du temps de Patrice Pourtanel, n'incitent personne à se lancer dans la périlleuse aventure que consisterait la reprise d'un club endetté et envers qui les collectivités locales entretiennent une politique floue.

Le hockey francilien dans le mur

C'est non seulement l'équipe élite qui disparaît, mais aussi le hockey mineur, et c'est un véritable drame à la fois pour le club et pour tout le hockey francilien. Il y a encore quelques années, Viry atteignait les finales nationales en minimes ou en cadets tout en affrontant une concurrence féroce de quelques clubs. Aujourd'hui, Viry voit sa route barrée par les pôles espoirs de Rouen, Amiens ou Anglet dans ces catégories, et a atteint ses limites au niveau des demi-finales nationales. Mais dans le même temps, l'équipe essonnienne dominait très aisément sa ligue régionale, preuve d'une baisse de niveau dramatique du hockey francilien.

La solution résidait dans la création d'un pôle espoir, qui aurait dû être mis en place à Viry-Châtillon pour la saison 2001-02, avec l'aide du club, du lycée Corot de Savigny-sur-Orge et de la mairie de Viry qui avait appuyé ce projet... pour mieux lâcher le bébé avec l'eau du en provoquant la crise du club. Ce club permettait aux jeunes de pouvoir allier études et un entraînement spécifique de hockey, tout en réintégrant leurs clubs respectifs le week-end pour le championnat. Il aurait ainsi profité à l'ensemble du hockey francilien pour tenter de remonter la pente. Maintenant, c'est une période de vaches maigres qui s'annonce.

A Viry, au cours de l'été, des parents tentent courageusement de sauver ce qui peut l'être malgré le pillage dont certains clubs sont trop contents de profiter. Parviendront-ils à ce qu'un club subsiste ? Déjà, il serait bon que la ligue d'Ile-de-France leur accorde l'autorisation de repartir en poule A dans chaque catégorie, au lieu de devoir recommencer du plus bas niveau, ce qui dégoûteraient certainement bon nombre de jeunes. Mais faut-il faire confiance en une ligue qui n'a pas jusqu'ici fait preuve de beaucoup de solidarité ?

Les responsabilités partagées

A l'heure de chercher les responsables, les dirigeants de la ligue d'Ile-de-France ne doivent en effet pas être épargnés, car personne n'a fait d'efforts pour que le fleuron du hockey régional puisse survivre. Trop nombreux sont ceux qui se sont réjouis de la mort d'un concurrent, perclus dans de stupides conflits d'intérêts et ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez. En attendant, les vautours rôdent, certaines personnes ne tardent pas à lancer des appels pour récupérer le vivier des juniors de Viry au profit de leur club, tandis qu'Evry monte une fusion qui n'a pas de sens, puisqu'elle consiste simplement en un dépeçage du voisin. On a déjà suffisamment peu de patinoires en France qu'on ne va pas en laisser une, en l'occurrence celle de Viry-Châtillon, sans le moindre club ! L'absence de solidarité des clubs d'Ile-de-France se retournera contre eux, comme je l'ai expliqué dans le paragraphe précédent, dans la mesure où une vraie réflexion sur les problèmes fondamentaux du hockey francilien, et sur la difficulté de faire vivre une équipe de haut niveau dans cette région, n'a pas été menée.

Mais revenons maintenant aux principaux protagonistes. Bien sûr, le départ de Patrice Pourtanel, il y a cinq ans, a tout conditionné. Sa tentative de tuer le club fondé par son père Claude aura finalement réussi, a posteriori (Il faut dire que son statut de responsable des sports de la région Ile-de-France lui a permis de s'assurer de l'agonie de l'OHC Viry). Son départ de l'époque pour l'ACBB, en tentant de dépouiller le club de ses joueurs, de pratiquer la politique de la "terre brûlée" et d'embarquer équipement et matériel, lui a déjà valu des poursuites judiciaires sur lesquelles on ne reviendra pas. On se bornera à constater que derrière l'Attila du hockey français, avec Viry, l'ACBB et Orléans, l'herbe a bien du mal à repousser.

Mais que s'est-il passé depuis lors ? Un lent calvaire entretenu par les autorités du hockey français. Les mirages d'une ligue professionnelle indépendante se sont depuis longtemps évanouis, mais les séquelles de cet élitisme ont subsisté. Chaque année, on promettait une réforme des championnats, chaque année, on préférait repousser l'échéance, reculer pour mieux sauter. La mort de Viry aura au moins une conséquence, celle d'atteindre le chiffre magique : 7. Sept clubs en élite, le point de non-retour, même plus assez pour faire des quarts de finale. Même avec des yeux bandés, il est impossible d'ignorer la réalité. Tous les efforts pour former un championnat crédible à dix ou douze clubs, avec une passerelle solide avec le niveau inférieur, devront être entrepris l'an prochain. Cette fois, il ne faudra plus dire "mañana".

Prenant en mains une barque à la dérive, le président Papaux aura courageusement tenté de la maintenir à flots. Mais sa politique de l'ultimatum a trouvé ses limites. A force de crier tous les trois mois "si je n'ai pas d'aide de la région d'ici un mois, le club est mort", il s'est retrouvé dans la situation du petit garçon qui criait au loup. Exagérer les problèmes afin d'exercer une forme de chantage n'est pas la meilleure façon d'inspirer confiance à d'éventuels sponsors. Et lorsque la situation est devenue critique, il s'est heurté à plus têtu que lui avec la municipalité. Son entêtement à ne pas se représenter et à entraîner son bureau avec lui aura finalement ruiné en quinze jours tous les efforts qu'il avait accomplis depuis trois ans. Il a en somme préféré se suicider avec ses généraux plutôt que de se rendre : il est dommage de gâcher ainsi son travail et d'abandonner son œuvre.

Quant à la mairie, son attitude est pour le moins douteuse. Certes, elle a eu le mérite de chercher un compromis, chose que Pascal Papaux a refusé. Mais n'était-ce qu'une illusion ? Quant on propose un plan de redressement, on se donne les moyens de le mettre en œuvre. Si encore elle avait eu la bonne idée de faire un putsch, mais même pas... La municipalité n'avait pas d'hommes à elle à placer à la tête du club, elle n'avait aucune solution alternative à proposer.

Pascal Papaux a raison de s'interroger sur l'attitude d'une municipalité qui a eu quatre fois par an les comptes du club en mains et qui ne s'en est jamais inquiétée, avant d'évoquer les problèmes de dette et de masse salariale au moment opportun. La situation de l'OHC Viry ne présentait aucun caractère nouveau, et ce n'est pas une coïncidence si la crise a éclaté juste après la réélection de l'équipe municipale de Gabriel Amard. La mairie ne s'est jamais penchée sur la politique de l'OHC Viry à long terme, et ce n'est pas à quelques semaines de la reprise qu'on doit subitement remettre tout en cause et changer les orientations alors que l'effectif et le budget de la saison à venir est déjà défini.

Les conditions étaient pourtant idéales puisque la ville, le conseil général et le conseil régional étaient de la même couleur politique. Tout était donc réuni pour que chacune des institutions définisse sans trop d'arrière-pensées politiques son rôle dans l'accompagnement de la seule équipe de hockey sur glace de haut niveau en Ile-de-France. Elle n'a finalement pas levé le petit doigt pour empêcher la mort du club, une épine de moins dans le pied, sans grande conséquence électorale puisqu'il s'agit d'un sport marginal qui n'a aucun porte-parole dans les médias. Chut ! Ici, on assassine en silence...

Marc Branchu

 

PS : Le hockey mineur castelvirois pourra finalement poursuivre son activité et les équipes devraient repartir dans la poule A de leur catégorie. Un bureau a été élu fin août (M. Vigier président, M. Kerneis secrétaire et M. Dermigny trésorier), le club est renommé HCVP (Hockey Club Viry Pole) et Sébastien Roujon a été chargé de former une équipe d'entraîneurs. Pascal Ryser pourrait rester au club pour s'occuper des cadets, des juniors et d'une équipe de division 3, même s'il est annoncé selon d'autres sources à Montpellier. En tout cas, l'essentiel est que le pôle espoir puisse être préservé. Le problème est que Pascal Papaux conteste cette renaissance et prétend maintenant vouloir faire redémarrer l'OHC Viry. Cette initiative semble tardive après avoir jeté l'éponge pendant plus d'un mois et gêne l'officialisation du nouveau club par la fédération.

 

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