Anglet Hormadi ton univers impitoyable

 

Les faits

Le conflit a commencé en début de saison, pour finalement éclater au moment où les joueurs, lors d'une entrevue avec le vice-président Mr Bedeau, l'informent des tensions qu'ils ont avec l'entraîneur, et s'en remettent à son arbitrage.

Ces derniers jugent la qualité de l'entraînement et du travail technique largement insuffisante, le vice-président les enjoint à continuer de tout essayer avec Karlos Gordovil et d'être solidaires afin de faire les meilleurs play-offs qui soient tout en gardant l'affaire sous silence. Ce qui sera fait jusqu'à la fin, même malgré le fait que l'entraîneur ait lâché les joueurs lorsque ces derniers ont décidé de ne pas jouer à fond le premier match face à Reims (en raison de la suspension tardive de Slavomir Vorobel).

L'Hormadi accomplit des play-offs que l'on pourra qualifier d'historiques et se hisse à la deuxième place du championnat ce mardi soir à la patinoire de la Barre. Les joueurs malgré la déception de la défaite se laissent aller à une joie bien légitime, et on a pu observer que Karlos Gordovil était très distant à ce moment-là de ses joueurs.

Le 4 avril, le vice-président, qui s'était fait l'écho des joueurs auprès des dirigeant, pose sa démission qui est entérinée par le conseil d'administration, officiellement parce qu'il ne peut pas œuvrer seul six jours par semaine pour l'Hormadi. Le président Édouard Martinon avoue qu'il n'a effectivement pas consacré beaucoup de temps au club lors de cette saison, mais qu'il compte structurer le club de manière plus professionnelle.

Peu de temps après la démission de Mr Bédère, les joueurs sont entendus par le conseil d'administration pour faire un bilan sur la saison passée et pour faire part de leurs souhaits. Il en ressort d'une manière assez importante que ces derniers souhaitent changer d'entraîneur pour les mêmes raisons que celles évoquées début février. Sans réponse de la part de l'instance dirigeante les joueurs, après s'être concertés, demandent à être entendus, le conseil d'administration refuse de les recevoir. Les hockeyeurs apprennent indirectement que Karlos Gordovil est reconduit comme entraîneur de l'équipe senior, la stupéfaction est grande !

Le jeudi 26 avril, les joueurs font parvenir à la presse et aux dirigeants du club un communiqué où ils annoncent qu'ils ne souhaitent pas reprendre le championnat avec un entraîneur jugé incompétent par les deux tiers des joueurs et que cette décision n'est pas prise à la légère.

La réponse du président est sans appel, il demande à Karlos Gordovil de reconstruire une équipe de A à Z !

Les conséquences

Onze joueurs quitteront le club :

- Lionel Bilbao, l'ancien capitaine basque de l'Hormadi, jouera pour MulhouseManson et Bilbao ne porteront plus le maillot de l'Hormadi (photo Aurélien Léger)

- Jean Michel Larroque jouera pour Angers

- Denis Perez, dont le poste de manager qui devait lui servir de reconversion est supprimé, jouera pour Amiens

- Roberto Baldris jouera pour Angers

- Edouard Manson jouera pour Bordeaux

- Nicolas Carry jouera pour Bordeaux

- Olivier Dimet jouera pour Bordeaux

- Marko Lapinkoski retourne en Finlande (plutôt victime du nombre d'étrangers)

- Slavomir Vorobel retourne à Kosice en Slovaquie (à cause de sa suspension)

- Christophe Latxague prend sa retraite sportive

- Julien Hitze jouera pour Mulhouse (en fait surtout pour le manque de temps de glace)

Neuf arriveront au club :

- Dominique Ducharme (qui portrait déjà les couleurs du club en 99-00) du Canada

- Michal Garbocz (international polonais) du club polonais Unia Oswiecim

- Xavier Daramy (junior) du club des panthères de Saint Jérôme (junior majeur AAA du Québec)

- Géraud Maréchal d'Amiens

- Robert Ouellet de Krefeld

- Christophe Filippin de Caen

- Nicolas Courally de Cergy

- Grégory Dubois d'Amiens

- Miroslav Smidriak du club autrichien de Graz

Les anciens joueurs ont tenu parole et sont partis sous d'autres horizons, et le club a assez bien recruté, mais pas en nombre, et le club souffrira d'un manque de profondeur évident.

L'analyse d'un supporter

Il est évident que la conduite du club vis-à-vis des joueurs est lamentable, ils auraient pu au moins être plus humains vis-à-vis de ceux qui ont su amener l'Hormadi à la seconde place du championnat. Ils ont aussi réagi au mépris de ceux qui constituaient le cœur de l'équipe depuis au moins deux saisons, et surtout ils se sont privés de joueurs importants (comme Perez, Bilbao, Carry et Larroque) tant sur le point du jeu que de l'image qu'ils pouvaient véhiculer au sein du club comme à l'extérieur.

Le recrutement, même si il a l'air alléchant sur le papier, ne compensera pas en valeur le vide qu'a créé le départ des joueurs de l'an passé. L'Hormadi Club, à l'image du hockey français après les Jeux d'Albertville, n'a pas su profiter de l'aura de cette deuxième place inespérée, mais je suis peut-être là un peu pessimiste !

Cependant, alors que l'on voit que la majorité des clubs de Élite a programmé un bon nombre de rencontres d'avant-saison face à des adversaires de qualité, l'Hormadi n'a pas grand chose en réserve si ce n'est (officieusement) une ou deux rencontres face à Cergy (avant-dernier du championnat de Nationale 1). Certes l'an passé les Angloys ne s'étaient contentés que d'une rencontre de préparation face à Grenoble, et cela ne les avait pas empêchés de finir à la seconde place. Mais il ne faut pas oublier que l'Hormadi organisera le second tour de la Coupe Continentale cette année et qu'il faudra être prêt à ce moment-là, car la qualification sera fort difficile.

Pour ce qui est des joueurs, ils auront tenu parole et utilisé la manière forte peut-être au détriment d'une solution peut être plus souple, on peut effectivement difficilement comprendre que ce soit les joueurs qui démissionnent l'entraîneur (surtout si ce dernier dirige une équipe qui n'a cessé de progresser depuis son arrivée, pour finir vice-champion l'année même). Karlos Gordovil a quand même derrière lui une carrière d'entraîneur bien remplie tant en Elite qu'en Nationale 1 avec Bordeaux ou Anglet.

Le mutisme dans lequel se sont terrées les deux parties ne font qu'accroître l'incompréhension des supporters qui étaient encore sur une nuage après l'apothéose de la saison passée. De toute manière la saison a venir sera le meilleur juge et on verra laquelle des deux parties avait raison !

Thierry

 

 

Les points de vue de chacun

Edouard Martinon (président de l'Hormadi) : "Les joueurs sont dans la logique de ce qu'ils avaient annoncé. Quant au Conseil d'Administration, il a choisi de conserver Karlos Gordovil. Nous ne pouvons accepter les conditions des joueurs dans la mesure où le club a déjà vécu une telle situation et pourrait donc être confronté aux mêmes problèmes dans quatre ou cinq mois."

Alain Bédère (ancien vice-président de l'Hormadi) : "J'ai du mal à saisir la volonté qu'il y a derrière. Quel est l'objectif de la Ville ? Qui veut arrêter l'Hormadi ? A quel titre M. Mortalena, adjoint au maire d'Anglet, reçoit-il les joueurs ? Il y a un mélange des genres. L'Hormadi est une SA, pas une annexe de la Ville, ni une association dépendante."

Jean Sablé (ancien président de l'Hormadi) : "Je suis choqué, et désolé, il y en a qui n'ont rien compris, en arriver là, c'est se moquer de tout le monde"

Karlos Gordovil (entraîneur de l'Hormadi) : "Ce qui s'est passé à Reims est à mes yeux inadmissible. Je ne conçois pas que des sportifs disputent un match sans vouloir le gagner. C'est la plus triste expérience sportive que j'ai jamais vécue. On m'a demandé d'être solidaire, je l'ai été, mais cela m'avait aussi conduit à envisager à faire autre chose après ces trois saisons passées à l'Hormadi. Mais les choses ont changé avec ce qui s'est produit. On n'a pas été correct envers moi et cela m'a déterminé à rester et à faire front. [...] Il y a des normes qu'on n'a pas le droit d'enfreindre en sport. Or, la ligne rouge de l'éthique sportive a été franchie dans cette affaire rémoise. Et elle l'a été une seconde fois dans la manière dont j'ai été mis en cause. Il y avait d'autres moyens pour régler des différends. Mais là, on a visé l'homme et, à travers lui, on a fait mal à sa famille. De quel droit ?"

Denis Perez : "Je n'ai rien contre l'homme, qui a au demeurant beaucoup de qualités. Mais j'estime qu'à notre niveau professionnel, il y a trop de manques pour réussir sur le plan sportif. Manque d'entraînement, manque tactique, manque technique, manque de discipline. Les joueurs ont à de maintes reprises essayé de provoquer une discussion pour résoudre ces problèmes, mais en vain. Le divorce a été consommé à Reims, avec la décision du groupe de ne pas jouer le match. Ce jour-là, Karlos nous a lâchés ! Même si la décision n'était pas idéale, elle engageait tout le monde et l'équipe entière devait s'y tenir, par solidarité. Ce que je constate aujourd'hui, c'est que douze joueurs ont préféré partir ailleurs plutôt que de prolonger l'expérience. Certains sont restés malgré tout, en privilégiant leur contrat. C'est un choix qui leur appartient, mais il leur sera difficile de se battre pour un entraîneur qu'ils ont dénigré jusque là."

Edouard Martinon : "On a beaucoup parlé d'une fronde de quatorze joueurs, un chiffre qui m'a toujours laissé sceptique. Toujours est-il que dans ce groupe, il y en a six que nous n'aurions pas repris, dans un souci de faire évoluer le niveau de l'équipe. D'ailleurs, nous avions déjà posé des jalons pour les remplacer".

Denis Perez : "Pour en arriver à ce niveau, il a fallu une très bonne entente entre les joueurs, une confiance et une soif de vaincre infaillibles. Cette alchimie a réellement existé entre nous. C'est une véritable chance que l'on ne peut prétendre recréer avec n'importe quelle équipe. Sans cette sorte de magie, qui fait que chacun de nous a pu se transcender, nous n'aurions pas pu atteindre la finale, peut-être même pas la demi-finale. Mais les joueurs, extrêmement soudés, ne pensaient qu'à une chose : gagner. C'est ce qui a fait leur force. C'est pourquoi aussi je ne peux admettre des allusions sur le fait que les fameux "mutins" étaient des joueurs moyens ou bien qu'ils n'avaient plus le niveau pour continuer à l'Hormadi."

 

 

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