Janvier 2004 : anecdotes

 

Le milliardaire dans le kop

Au début de ce mois, le record d'affluence en deuxième Bundesliga allemande a été battu. 6200 spectateurs ont assisté au match Crimmitschau-Schwenningen, dont 600 supporters visiteurs venus par train spécial ! Quelques jours plus tôt, le derby de Basse-Bavière entre Straubing et Landshut, toujours en deuxième division, s'était déroulé à guichets fermés devant 5100 spectateurs. Ces chiffres ont été obtenus dans des patinoires de tradition allemande, avec essentiellement des places debout. Pendant ce temps, en France, plusieurs clubs ont des affluences "officielles" ne prenant en compte que les places assises, chiffre maximal autorisé pour raisons de sécurité, et ridiculement bas en comparaison.

Mais si le choc culturel est grand d'une rive à l'autre du Rhin, il l'est aussi pour un Américain qui traverserait l'Atlantique, car le fait de rester debout pour assister à ce qui est pour lui un "spectacle sportif" n'est pas dans sa mentalité. Ce choc a été expérimenté ce mois-ci, et pas par n'importe qui, par le milliardaire Philip F. Anschutz, propriétaire (entre autres) des Los Angeles Kings et des Eisbären Berlin. Il est venu à Berlin pour confirmer aux autorités municipales qu'il tient toujours à son projet de grande patinoire de quinze mille places près de l'Ostbahnhof, grande gare récemment rénovée. Mais en attendant, il a assisté à un match de "son" club dans le vieux Wellblechpalast, enceinte de cinq mille places qui date de l'ex-RDA, et qui dégage une atmosphère inégalable.

M. Anschutz a été très impressionné par l'ambiance. Au début du deuxième tiers-temps, il a même voulu l'expérimenter de l'intérieur, et s'est rendu dans le kop, derrière les buts ! Rassurez-vous, il était accompagné de deux gardes du corps pour ce bain de foule, mais l'image de ce baron du capitalisme au milieu des supporters de Berlin-est qui chantent toujours leurs hymnes au "Dynamo" - le nom du club à l'époque de l'Allemagne de l'est - valait sûrement le coup d'il ! Cela a dû lui plaire, en tout cas. Il a en effet fait savoir à Detlef Kornett, le directeur de la branche européenne d'AEG (Anschutz Entertainment Group), que la prochaine fois, il irait s'y "asseoir" pendant toute la partie. Kornett, incrédule, lui a finalement lâché : "Mais, Phil, on reste debout dans cette tribune." Quelle sera la morale de cette histoire ? Anschutz fera-t-il installer des strapontins dans le kop lors de sa prochaine visite ? Ou alors pliera-t-il devant "l'exception culturelle" et se décidera-t-il au contraire à aménager une tribune debout derrière les buts dans sa future patinoire, comme il en existe même à la Kölnarena, la plus grande patinoire d'Europe ?

Révolution dans le hockey letton

Pendant qu'en France certains s'interrogent sur la possibilité de sortir le hockey sur glace de la coupe (sombre, pour ce qui est du budget) de la FFSG, le hockey letton est entré en révolution. Une "Alliance" s'est formée, dirigée par Viesturs Koziols, le président du HC Riga 2000. Elle regroupe presque tous les clubs et dénonce les manquements de la politique fédérale en matière de formation des entraîneurs et arbitres, le manque de résultats des équipes nationales de jeunes, l'absence d'une ligne politique unie, et la structure peu démocratique de la fédération de hockey sur glace dirigée par Kirovs Lipmans. Cette Alliance espère unir tout le hockey de la république balte et organiser dès la saison prochaine l'ensemble des championnats, aussi bien en senior que chez les jeunes. Mais Lipmans reste persuadé que l'IIHF ne dédiera pas sa fédération officielle et que cette rébellion est donc vouée à l'échec.

Les vérités qui fâchent

L'EIHL, la nouvelle ligue élite britannique, est de nouveau tourmentée, cette fois par les déclarations de Grant Charman, un des trois directeurs de Coventry, un club qui a intégré l'élite cette année en faisant confiance à dix joueurs britanniques, là où ses rivaux n'en ont que deux ou trois. Avant le match contre le leader Sheffield, qui n'en compte qu'un, Charman, directeur de la formation dans son club, déclara au micro : "Sheffield a le meilleur programme de hockey mineur du pays avec deux équipes en moins de 19 ans et deux en moins de 16 ans, et pas un seul de ces joueurs n'obtient sa chance de jouer en élite." Le club s'est officiellement excusé envers ses visiteurs, mais Charman n'en démord pas : "Je n'ai pas à m'excuser pour avoir dit la vérité. Ce sport doit enfin trouver une solution pour que de jeunes joueurs britanniques en nombre significatif puisse pratiquer leur sport". Dégoûté, il a démissionné de son poste.

Milan retrouve ses couleurs

Historiquement, les couleurs du club de hockey milanais étaient le rouge et le bleu. Mais la dernière équipe héritière de cette longue tradition, le HCJ Milan, n'avait plus le droit de les porter, en raison d'un bras de fer entre l'actuelle direction et l'ex-président du HC Milano 24, sur les cendres duquel est né le club actuel. Il a finalement retrouvé ses couleurs dans un match riche en histoire contre Cortina, et a fêté l'évènement par une victoire 3-0, plus difficile que ne l'indique le score, mais qui lui a permis de conserver la tête du classement.

Mon légionnaire

René Fasel, le président de l'IIHF, la fédération internationale de hockey sur glace, a reçu la légion d'honneur des mains de Jacques Chirac, qui a salué sa formidable action en faveur du sport et de la francophonie.

Correctionnelle

Un autre homme a reçu presque au même moment l'usufruit de tout le "bien" qu'il a fait au hockey français. Christophe Geoffroy, président du club de Lyon (qu'il avait fait connaître dans toute l'Europe comme destination à éviter à cause de son traitement des joueurs étrangers qu'il jetait comme de vieilles chaussettes) de 1996 jusqu'au dépôt de bilan de 2001, a été condamné jeudi 29 à un an de prison ferme et trois avec sursis pour ses malversations financières et pour la confusion qu'il entretenait entre les comptes du club et ceux de ses diverses sociétés. Ayant déjà passé quatre mois de détention préventive, il a obtenu la liberté pour le reste de sa peine s'il rembourse les 200000 euros qu'il doit aux diverses personnes qu'il a lésées.

 

 

Les citations du mois

 

"La NHL est une ligue horrible. J'en ai discuté un jour avec Joe Sakic et Peter Forsberg, et nous étions tous d'accord pour dire que ça n'a pas de sens de continuer à jouer ainsi. Les joueurs de talent se voient obligés d'envoyer le palet au fond pour ne pas commettre d'erreurs en tentant peut-être quelque chose d'extravagant. Le hockey est devenu un jeu dans lequel l'important est d'éviter des erreurs au détriment de la créativité. Nous sommes tristes pour les jeunes qui débarquent en NHL aujourd'hui. Le problème est que chacun doit jouer pareil, comme si nous étions tous identiques. Et ne parlons même pas des accrochages, des obstructions et de la prédominance de l'aspect physique. La NHL devrait prendre ses responsabilités, mais j'ai l'impression que ça ne l'intéresse pas. On entend chaque année de grandes théories sur l'amélioration du jeu, mais on se croirait dans un parlement avec des débats sans fin, et rien ne change." Teemu Selänne dans une interview au magazine finlandais Kiekkolehti reprise dans l'Ottawa Sun.

"À chaque fois, j'ai eu l'impression d'avoir affaire à des amateurs et que les tests anti-dopage étaient plus destinés à présenter des chiffres plutôt qu'à pincer d'éventuels tricheurs. Les trois joueurs que j'avais moi-même désignés ont été contrôlés dans une pièce où d'autres étaient en train de se faire masser. Un joueur qui aurait eu quelque chose à se reprocher aurait pu tranquillement changer d'endroit. Ayant travaillé dans un hôpital avec des drogués, je sais comment se déroulent de vrais contrôles. S'il y avait eu un cas positif dans mon équipe, j'aurais suspendu le coupable, mais j'aurais aussi contesté la méthode avec laquelle on fait aujourd'hui les contrôles dans le milieu du hockey." Christer Eriksson, entraîneur de Mulhouse, à l'AFP. Le ministère des sports a réagi à ces propos en envoyant des contrôleurs au match Dijon-Mulhouse.

"Si mes exercices t'ennuient, tu peux t'en aller." Pat Burns, entraîneur des New Jersey Devils, à Igor Larionov, doyen de la NHL à 43 ans, qui l'a pris au mot et a quitté la glace.

 

 

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