Jeux Olympiques d'Anvers 1920

 

Les Jeux Olympiques d'Hiver n'existent pas encore, et le premier tournoi olympique se dispute quelques mois avant les JO d'été, dans le nouvel Ijspalast d'Anvers. La Ligue Internationale de Hockey sur Glace (LIHG) profite de l'occasion pour admettre en son sein les deux nations nord-américaines, Canada et États-Unis. En revanche, les perdants de la première guerre mondiale, Allemagne et Autriche, sont exclus d'une participation olympique.

Le premier athlète à déclamer le serment olympique est l'escrimeur Victor Boin, qui est aussi un ancien hockeyeur et le fondateur du premier club belge, la Fédération des Patineurs de Belgique.

C'est un producteur de cinéma américain, Raoul Le Mat, arrivé à Stockholm en 1919, qui a l'idée de créer une équipe suédoise de hockey, après avoir assisté à des parties de bandy, sport qui existe en Scandinavie depuis un quart de siècle. Avec son ami suédo-américain Ernest Viberg, ils convainquent le Comité Olympique d'envoyer une équipe nationale. Il n'y a pourtant alors qu'un seul Suédois qui joue au hockey sur glace, Nils Molander, qui vit depuis douze ans en Allemagne et joue au Berliner SC. Les dix autres sélectionnés sont les meilleurs joueurs de bandy du pays, venus de Stockholm, d'Uppsala et de Gävle, et équipés des maillots de l'équipe nationale de football. Le Mat convainc l'équipe américaine de leur prêter de vraies crosses de hockey sur glace. En assistant à l'entraînement des Canadiens et en constatant la force avec laquelle ils envoient le palet, le gardien suédois comprend ce qui l'attend et trouve en urgence des protections rembourrées en coton pour ne pas courir au massacre. Mais finalement, grâce à leurs étonnantes prestations, les "débutants" suédois se verront confier l'organisation des prochains championnats d'Europe.

Comme il y a sept équipes et pour que le tirage au sort ne favorise ou ne lèse personne, on décide de distribuer les médailles selon le "système Bergvall", du nom du président de la fédération suédoise de natation, Erik Bergvall. Du coup, la formule est un petit peu compliquée...

 

Première phase

Quarts de finale (24 avril 1920)

Belgique - Suède 0-8 (0-5,0-3) [le 23 avril]
États-Unis - Suisse 29-0 (15-0,14-0)
Canada - Tchécoslovaquie 15-0 (5-0,10-0)
France exempt

Demi-finales (25 avril 1920)

Suède - France 4-0 (2-0,2-0)
Canada - États-Unis 2-0 (0-0,2-0)

Finale (26 avril 1920)

Canada - Suède 12-1 (5-1,7-0)

Le Canada remporte la médaille d'or. Il est en fait représenté par l'équipe des Winnipeg Falcons, champions amateurs du Canada (Coupe Allan) après avoir battu en finale l'université de Toronto. Comme le Manitoba a connu une importante immigration islandaise à la fin du dix-neuvième siècle, cette formation de Winnipeg comprend de nombreux joueurs d'origine islandaise, comme Frank Sigudor Fredrickson, futur membre du Hall of Fame, Chris Fridfinnson et Konnie Johanesson.

Frank Fredrickson est le meilleur marqueur de cette équipe avec douze buts, juste devant le défenseur Harold "Slim" Halderson, neuf buts. Ces deux joueurs remporteront la Coupe Stanley en 1925 avec les Victoria Cougars, à une époque où le trophée n'était pas encore la propriété de la NHL. Cela deviendra le cas à partir de 1926 et tous deux rejoindront d'ailleurs la NHL. Les champions olympiques canadiens feront ensuite une longue tournée en Europe puis dans leur pays, où ils se verront offrir un banquet dans chaque ville traversé, avant une grande fête pour leur retour à Winnipeg après plusieurs mois d'absence, comme s'ils étaient des marins au long cours.

 

 

Deuxième phase (27 et 28 avril)

Les trois équipes battues par les Canadiens, médaillés d'or, se disputent la médaille d'argent.

États-Unis - Suède 7-0 (5-0,2-0)
Tchécoslovaquie - États-Unis 0-16 (0-7,0-9)

Les États-Unis conquièrent la médaille d'argent, emmenés par Herbert Drury, joueur qui ne déparerait dans l'équipe canadienne au vu de sa vitesse et de sa technique. C'est logique puisque c'est là qu'il a appris le hockey : il est né canadien, à Midland dans l'Ontario, avant de devenir américain. Drury a marqué plus de la moitié des buts de son équipe, 23 pour être exact. Il y a sept Canadiens dans l'effectif américain, qui ont tous émigré au sud pour gagner plus d'argent en pratiquant leur sport.

Mais on y retrouve aussi un authentique pionnier du hockey aux États-Unis, Francis "Moose" Goheen. Cet athlétique défenseur offensif venu du Minnesota aurait pu être la première vedette américaine de NHL s'il n'avait pas toujours refusé de passer professionnel pour ne pas quitter un poste enviable chez lui dans une compagnie d'électricité, un travail qui le conduira aussi à décliner une seconde sélection olympique en 1924. Ce joueur "provincial" est le pendant de l'autre grand hockeyeur américain du début du siècle, Hobey Baker, plus célèbre car jouant sur la côte est où sont tous les médias. S'ils drainaient tous deux les spectateurs dans les patinoires sur leur seul nom et excellaient tous deux aussi au football américain, tout les opposait par ailleurs. Goheen est une idole provinciale dont les exploits n'ont été vus que par une foule locale courageuse bravant les températures glaciales d'une patinoire non chauffée, tandis que Baker est un fils de bonne famille de Philadelphie qui a réalisé ses performances sportives dans le cadre très select de l'université de Princeton, et comptait même le président des États-Unis Woodrow Wilson parmi ses fervents admirateurs. Les Américains auraient aimé pouvoir réunir leurs deux idoles dans cette équipe olympique, mais le pilote Hobey Baker est mort deux ans plus tôt en voulant faire un dernier vol d'adieux non prévu au programme avant de rentrer au pays, alors que la première guerre mondiale venait de se terminer. Son avion s'est écrasé sur le sol français et en a fait une figure de légende, magnifiée par exemple par le romancier Francis Scott Fitzgerald dans son roman De ce côté-ci du Paradis, qui paraît en cette année 1920.

 

 

Troisième phase (28 et 29 avril)

Les trois équipes battues par les Américains, médaillés d'argent, se disputent la médaille de bronze.

Suède - Suisse 4-0 (0-0,4-0)
Tchécoslovaquie - Suède 1-0 (1-0,0-0)

Les Tchécoslovaques conquièrent la médaille de bronze. Ils donnent parfois l'impression de courir comme des athlètes auxquels on aurait mis des patins aux pieds, et s'appuient essentiellement sur des échappées individuelles. Selon le Dagens Nyheter, les Suédois ont dominé ce match 48 tirs à zéro, et ils ont pourtant perdu.

 

 

Les JO suivants (Chamonix 1924)

 

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