Championnats d'Europe 1910

 

Ces premiers championnats d'Europe sont organisés en Suisse, sur un lac gelé des Avants, au-dessus de Montreux. La surface utilisée est de forme bizarroïde et un petit tas de neige empêche de tirer à gauche de l'un des buts.

Depuis plusieurs semaines, une polémique avait agité pendant le petit monde du hockey européen. Le sujet ? La formule utilisée. Les organisateurs suisses veulent mettre en place un championnat dit "à l'américaine", où tout le monde rencontre tout le monde. Mais ils se heurtent à l'opposition vigoureuse et déterminée de Louis Magnus, farouche défenseur de l'élimination directe. Il souhaite en effet que la formule de la compétition reste inchangée d'une année sur l'autre. Or, un championnat nécessiterait un nombre conséquent de matches, surtout si le nombre de participants venait à augmenter, et il serait alors impossible de libérer autant d'heures de glace dans des patinoires artificielles, qui représentent selon lui l'avenir du hockey sur glace.

Mais les Suisses, eux, soupçonnent Magnus de faire tout ça uniquement pour que le Championnat d'Europe ne fasse pas trop d'ombre à la Coupe de Chamonix qui se déroulera juste après. Ce tournoi qui avait été créé par le Club des Patineurs de Paris, le club de Louis Magnus, a en effet été le premier en Europe à utiliser la formule dite "à l'américaine", et c'est ce qui en fait sa spécificité.

Le dimanche 9 janvier au Kursaal de Montreux, le troisième Congrès de la Ligue Internationale de Hockey sur Glace ne se déroule pas conformément aux attentes françaises. L'assemblée décide en effet d'interdire l'usage des joueurs étrangers dans les équipes nationales, mesure qui paraît comme allant de soi mais qui n'est pas dans les murs. Les tournois internationaux se déroulent en effet le plus souvent avec des équipes de club, qui incluent généralement des Canadiens exilés. Toutefois, cette interdiction ne prendra en effet qu'en 1911, et le Prince's Club pourra donc prendre part à la compétition avec ses Canadiens sous les couleurs anglaises.

Et, surtout, la France est mise en minorité sur le sujet qui tenait tant à cur à Louis Magnus. L'Angleterre, la Belgique et la Suisse votent pour que la formule des championnats d'Europe soit au choix de l'organisateur, tandis que l'Allemagne, qui avait soutenu il y a quelques semaines les positions françaises, s'est abstenue. Magnus, qui pensait "avoir droit à tous les égards" en sa qualité de fondateur et grâce à tout ce qu'il a apporté au hockey européen, est en colère. Il met alors ses menaces à exécution et retire son équipe de la compétition.

Cela aurait été bien mal le connaître que de croire qu'il n'irait pas au bout. Il écrit dans Les Sports d'Hiver : "Le forfait de la France est tombé comme la foudre au Congrès. Pouvait-on en effet prévoir que le Club des Patineurs de Paris aurait le courage d'envoyer son équipe entièrement à ses frais aux Avants avec la mission de déclarer forfait si le Congrès émettait un vote contraire à ses desiderata, fondés uniquement sur le bon sens et la logique ?" Un "courage" qui s'apparenterait plus pour certains à de l'entêtement, et qui traduit le caractère obstiné et susceptible de Louis Magnus. Il aurait pourtant de quoi se consoler que ses idées n'aient pas été retenues car il a été réélu à la tête de la LIHG à l'issue de ce Congrès.

 

Lundi 10 janvier
Suisse - Oxford Canadians 1-8 [hors championnat] 
Angleterre - Belgique 1-1
Angleterre - Allemagne 1-0 (0-0,1-0)
Suisse - Belgique 0-1

Mardi 11 janvier
Allemagne - Belgique 5-3
Suisse - Angleterre 1-5 (1-0,0-5)
Oxford Canadians - Allemagne 4-0 [hors championnat]

Mercredi 12 janvier
Oxford Canadians - Belgique 6-0 [hors championnat]
Suisse - Allemagne 1-9
Oxford Canadians - Angleterre*

* Les Anglais, qui avaient pourtant fait basculer le vote en faveur de l'admission hors compétition des Canadiens lors du congrès, refusent d'affronter l'équipe des étudiants d'Oxford en prétextant le changement d'heure du match qui leur a été imposé.

Classement : 1 Angleterre 5, 2 Allemagne 4, 3 Belgique 3, 4 Suisse 0.

Cette équipe anglaise, première championne d'Europe, est en réalité le seul club du pays, le Prince's Club de Londres, lui-même composé en partie d'étudiants canadiens. Il devance le Berliner SC, qui représente l'Allemagne. Troisième, la Belgique est pour sa part représentée par une sélection. Le BIHC avait initialement proposé un match à la FPB pour déterminer quelle équipe serait envoyée, mais les deux clubs belges se sont finalement accordés pour composer une sélection. Les clubs romands se sont aussi associés pour former l'équipe de Suisse.

La France, pays fondateur de la LIHG qui avait déclaré forfait pour des motifs qui peuvent paraître dérisoires, aimerait prendre sa revanche - par l'intermédiaire du CPP - sur les Anglais lors de la Coupe de Chamonix, histoire de dévaluer leur titre. Elle n'en aura pas l'occasion, car ils déclareront forfait. Le Prince's Club, adepte d'un style physique, a souffert. Macklin a une rotule cassée, Nolan une côte brisée et Duden une jambe endommagée. Les Français ne pourront donc battre que les Allemands et une partie des Belges.

 

 

Les championnats d'Europe suivants (1911)

 

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